Quinton Byfield et Tim Stützle
Quinton Byfield et Tim Stützle

Choix des Sénateurs au repêchage: Byfield ou Stützle?

On risque de passer les prochains mois à débattre, intensément. Si les Sénateurs d’Ottawa avaient remporté la loterie du repêchage, on ne se poserait pas de questions. Les marchands d’articles de sport vendraient des maillots d’Alexis Lafrenière à profusion. Mais Lafrenière ne viendra pas. On doit donc se tourner vers l’avenir et penser au joueur que l’équipe pourra obtenir avec la troisième sélection du premier tour.

Deux candidats se distinguent. Il y a d’abord Quinton Byfield, un centre ontarien de six pieds et quatre pouces, qui vient de connaître une saison de 82 points en 45 parties dans le junior majeur. On croit qu’il possède tous les outils nécessaires pour devenir un bon centre numéro un dans la Ligue nationale de hockey. Son principal rival se nomme Tim Stützle. Il peut aussi jouer au centre, mais on pense qu’il a davantage de chances de faire carrière en tant qu’ailier, en Amérique du Nord. Ses statistiques n’ont pas été aussi impressionnantes que celles de Byfield, cette saison. À sa décharge, il jouait dans une ligue professionnelle, contre des joueurs bien plus expérimentés, dans son pays d’origine, l’Allemagne. Pour tenter de lancer le débat, nous avons interrogé deux personnes qui ont eu la chance de suivre les deux jeunes hommes de près. Cory Stillman, l’entraîneur de Byfield chez les Wolves de Sudbury, a répondu à nos questions. Brent Aubin, un attaquant d’expérience dans le hockey européen, nous a parlé de Stützle. 

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QUELQUE PART ENTRE STAAL ET LECAVALIER

Rares sont les joueurs de 17 ans qui portent une lettre, sur leur poitrine, dans le hockey junior majeur canadien.

On a cousu un « A » sur le chandail de Quinton Byfield, cet hiver, à Sudbury.

L’entraîneur-chef des Wolves, Cory Stillman, n’a pas pris cette décision parce que le gros centre est un espoir de premier plan.

Byfield a été obligé de mériter cet honneur, au même titre que tous les autres.

« Quand il arrive à l’aréna, Quinton n’est pas le plus bavard, explique Stillman, au téléphone. Quand il saute sur la patinoire, on comprend très rapidement qu’il est là pour gagner. »

« Je n’ai jamais eu besoin de lui pousser dans le derrière pour qu’il patine. Il est toujours très motivé quand il se présente pour nos séances d’entraînement. Il aime s’entraîner. Et quand il se met à patiner, il se détache très rapidement du reste du groupe. »

Quinton Byfield

Stillman, on pourrait l’oublier, a déjà porté les couleurs des Sénateurs. Il est arrivé à titre de joueur de location, vers la fin de la saison 2007-08. Il a fait un boulot honnête. En tant que centre numéro deux, il a récolté 19 points en 24 parties.

Il avait remporté la coupe Stanley à deux occasions, dans les années précédentes. En 2004, il jouait derrière Vincent Lecavalier, à Tampa. Deux ans plus tard, il jouait derrière Eric Staal, en Caroline.

« Je dirais que Quinton se situe quelque part entre ces deux joueurs », dit-il, aujourd’hui.

« J’ai joué avec Staal et Lecavalier. J’étais un vétéran. Ils étaient tous les deux très jeunes. Quinton possède, comme eux, cet intéressant mélange de vitesse et d’habiletés naturelles. Il est capable de patiner et il peut réussir de bons jeux à haute vitesse. »

Staal et Lecavalier ont tous les deux réussi à faire le saut dans la LNH à 18 ans.

Stillman est convaincu que Byfield pourrait faire de même.

Staal et Lecavalier ne sont cependant pas devenus des vedettes du jour au lendemain.

À sa première saison, Lecavalier a récolté seulement 28 points.

Staal a réussi à franchir, de justesse, le plateau des 30 points.

« Quinton près déjà 210 livres, souligne Stillman. Parfois, dans les rangs juniors, on voit des grands gamins qui mesurent six pieds et trois pouces, mais qui pèsent seulement 180 livres. Quinton est en avance. Il est gros, il est solide. Il est capable d’encaisser des coups. »

« Le hockey de la LNH, c’est d’abord mental. Il y aura des hauts des bas. Ceux qui sont prêts à travailler surmontent les épreuves plus rapidement. »

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STÜTZLE NE SE LAISSE PAS IMPRESSIONNER

Brent Aubin s’est frotté à Tim Stützle à quelques occasions, au cours de la dernière saison. Il se souvient d’un affrontement, en particulier, où il y avait de l’électricité dans l’air.

Ce soir-là, on trouvait deux spectateurs de marque dans les gradins. Le directeur général des Red Wings de Détroit, Steve Yzerman, s’était déplacé pour voir à l’œuvre l’espoir de premier plan. Son homologue des Blackhawks de Chicago, Stan Bowman, était lui aussi présent.

« Dans le warmup, quand on s’est rendu compte de ça, on s’est dit que Stützle avait intérêt à se donner. Quand le match a commencé, il a pris la rondelle à sa propre ligne bleue, il a traversé la glace et il a complètement déculotté notre défenseur. Je pense qu’il a gardé la rondelle pendant 25 secondes consécutives. »

« Et c’était juste sa première présence sur la patinoire », raconte-t-il avec admiration.

Tim Stützle

Aubin est âgé de 34 ans. L’ancien des Huskies de Rouyn-Noranda et des Remparts de Québec joue depuis 2012 dans la Ligue d’élite allemande.

Il estime que le calibre de jeu, là-bas, se compare à celui de la Ligue américaine.

« Souvent, dans la Ligue américaine, on joue trois matches par fin de semaine. Quand arrive le dimanche, on voit que les gars sont fatigués. En Allemagne, les équipes jouent 52 matches. Le calendrier est plus équilibré. L’intensité est presque toujours au rendez-vous. »

Dans le contexte, il n’est pas facile pour un adolescent de 17 ans de faire sa place.

Stützle, au cours de la dernière année, a inscrit 34 points en 41 parties en affrontant des adultes.

« S’il jouait pour une petite équipe et qu’il avait produit en évoluant au sein de la première unité de l’attaque massive, ce serait déjà bien », dit-il.

« Il a joué à Mannheim, avec les champions de la saison 2018-19. C’est un des plus gros clubs au pays, avec un gros budget d’opération. Il a joué dans le même trio que Ben Smith, un type qui a remporté la coupe Calder avec les Marlies de Toronto. Souvent, Smith et les autres sont surpris par les passes savantes de Stützle. Ils reçoivent la rondelle quand ils ne s’y attendent pas ! »

« Stützle est extrêmement confiant quand il a la rondelle. Il n’a pas peur de faire des jeux. Souvent, ça fonctionne. Quand ça ne fonctionne pas, il ne se laisse pas impressionner. Il un bon coup de patin, une bonne vision du jeu et une certaine arrogance. Il aura un très bon impact dans la LNH. »