Nouvellement assis dans le siège du président des Sénateurs d'Ottawa, Tom Anselmi croit que la construction du futur amphithéâtre dans le centre-ville devrait contribuer à attirer une plus grande clientèle francophone provenant de l'Est ontarien et de l'Outaouais.

Anselmi: occupé et à l'écoute

Le nouveau président des Sénateurs, Tom Anselmi, est un homme très occupé.
Quelques heures après son entrée en fonction, la semaine dernière, il s'est envolé vers Los Angeles pour assister au Match des étoiles de la LNH. Il a reçu « entre 500 et 600 » messages de partisans qui voulaient le féliciter ou encore lui faire part de leurs observations et commentaires. Il n'aura pas le temps de répondre à tout le monde, mais il a trouvé une quinzaine de minutes de son temps, à son retour en ville, pour s'entretenir avec le quotidien francophone de la capitale. 
QUESTION : Vous n'aurez pas le temps de répondre à tout le monde ?
RÉPONSE : Non. Je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas. J'ai pris le temps de répondre à nos commanditaires, à nos partenaires. Certains échanges sont toujours en cours. Vous allez bientôt apprendre à me connaître. Quand je serai à l'aréna, je serai visible et accessible. J'aime développer des relations avec les clients. C'est un des trucs que j'apprécie dans le monde du sport. On développe des liens avec les clients, qui sont des fans. Les fans sont passionnés. On joue un grand rôle dans leur vie.
Q : Croyez-vous que la relation entre les clubs sportifs et ses fans a beaucoup changé au cours des dernières années ?
R : Les médias sociaux ont bousculé nos habitudes. Les attentes du public sont différentes, maintenant. Les fans ont désormais des outils qui leur permettent de s'adresser à nous. Ils peuvent nous dire clairement ce qu'ils aiment, ce qu'ils aiment moins. Ils s'investissent davantage. C'est merveilleux. Ça crée de nouvelles demandes, mais c'est merveilleux.
Q : Peut-on vous demander de nous parler des messages que les partisans des Sénateurs vous ont lancé dans la dernière semaine ?
R : D'abord, ils ont été très accueillants. Les gens sont emballés. Nous venons de compléter un cycle de 25 ans. Un nouveau cycle de 25 ans va débuter. On parle beaucoup du futur amphithéâtre. Les gens ont des idées très arrêtées au sujet de notre image de marque, des uniformes que nous portons sur la patinoire... Ce fut magnifique. Les dirigeants de clubs sportifs qui ne sont pas à l'écoute de leurs partisans ne font pas long feu, c'est ce qu'on m'a toujours dit. Je cherche donc à comprendre quelle place occupent les Sénateurs dans leur marché. Chaque formation sportive a son identité bien particulière.
Q : Vous parlez de l'image de marque, des uniformes... Avez-vous l'impression que les fans ont envie de changement ?
R : Oui, je crois. J'ai parlé de l'image de marque durant ma première conférence de presse. J'en ai aussi parlé avec Eugene (Melnyk). Quand l'opportunité de relever ce nouveau défi professionnel s'est présentée, c'est le désir de travailler à Ottawa qui m'a tout de suite attiré. C'est la capitale de notre pays. Ce pays célèbre cette année son 150e anniversaire. Le hockey est né ici. Nous sommes donc dans le berceau du hockey. Ça m'intrigue. Nous ne sommes pas à Montréal, nous ne sommes pas à Toronto. Nous sommes coincés en sandwich entre deux géants de notre sport. J'aime ça. Nous avons l'opportunité de nous distinguer. Nous ne pouvons pas être aussi gros, mais nous pouvons devenir tout aussi bons. Nous pouvons incarner Ottawa, notre pays, le hockey, de façon très crédible. Ça m'allume.
Q : La comparaison constante avec Montréal et Toronto a-t-elle freiné la croissance des Sénateurs en tant qu'organisation ?
R : D'abord, nous comprenons que les familles d'ici ont des liens avec le Canadien et les Maple Leafs. Nous devons continuer à travailler fort pour les convertir à notre cause. Cela dit, je comprends que nous devons leur donner de bonnes raisons de se rallier à nous. Ça commence avec le produit que nous offrons sur la patinoire. Il faut aussi se donner une identité forte autour de laquelle tous peuvent se rallier. Pour moi, ça passe le Canada. Nous sommes le club de hockey de la capitale. Personne d'autre ne peut prendre cette place. Nous avons du travail à faire.
Q : Avez-vous des idées concrètes ? Par quel bout voulez-vous commencer ?
R : Peut-être... Je vais quand même prendre mon temps. Je ne suis pas du genre à précipiter les choses. Je n'ai pas fini de rencontrer tous les gens qui font partie de notre équipe. Je veux prendre le temps de les écouter. Écouter et comprendre. Voilà ma priorité.
Q : Vous travaillez maintenant dans un marché bilingue. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
R : Je dois d'abord reconnaître que je ne parle pas très bien français. Je parle « un petit peu ». Je suis capable de comprendre des textes écrits, mais je ne suis pas très habile dans des conversations. J'ai besoin de travailler là-dessus. Je comprends que 25 % de la population de notre marché est francophone. Ça ne se reflète malheureusement pas dans nos abonnements annuels. Nous devons donc travailler plus fort pour attirer une clientèle qui provient de l'est d'Ottawa et du Québec. La construction d'un amphithéâtre au centre-ville devrait nous aider. Parler dans la langue des gens, c'est important. Savoir choisir les bons mots, c'est aussi très important. Il faut rejoindre les partisans du Canadien et les anciens fans des Nordiques. Il doit bien y avoir des moyens de les attirer chez nous.
Q : Le temps file. Je voudrais qu'on parle de vous, aussi. On a écrit que vous préférez les jeans aux cravates. On dit aussi que vous êtes un homme de plein air. Est-ce que tout ça paraît dans votre façon de gérer vos affaires ?
R : Les jours de match et lors de nos activités officielles, je porterai toujours une cravate. Je suis très à l'aise avec les cravates. Je demanderai toujours à mes employés des ventes de porter la cravate dans leurs interactions avec nos clients. C'est la moindre des choses. Nous demandons à nos joueurs de porter la cravate lorsqu'ils se rendent aux matches, après tout. Lors des autres journées, j'opte généralement pour la tenue d'affaires, mais décontractée. Sinon, oui. J'aime le plein air. Je suis un grand amateur de motoneige. J'adore l'hiver, comme j'aime l'été. Nous vivons dans un superbe pays, nous sommes choyés. J'aime aussi les gens, beaucoup. La réussite, dans notre domaine, ce n'est pas sorcier. Il suffit de mettre l'humain devant. Le bien-être du client doit passer avant tout. Il faut avoir de bonnes valeurs, faire les bonnes choses, travailler fort. Il faut créer un bel environnement de travail dans lequel les gens auront envie d'évoluer. Les gens qui font tout cela vont toujours connaître du succès.
Q : En terminant, qu'aimeriez-vous que les partisans des Sénateurs sachent sur vous alors que votre règne débute ?
R : Je suis un grand amateur de hockey. Nous avons donc les mêmes préoccupations. Je veux leur offrir un club compétitif et une belle expérience lorsqu'ils choisissent de venir passer une soirée parmi nous. Quand nous allons gagner, ensemble, ce sera super. Ce sera incroyable. Je peux concevoir à quel point le printemps 2007 a été magique à Ottawa. J'ai assisté à une finale de la coupe Stanley durant mes années à Vancouver. J'ai vécu la Série mondiale à Toronto avec les Jays. J'ai atteint la demi-finale à quelques occasions. Remporter la coupe, c'est ce que je veux accomplir. Je crois que nous pouvons y parvenir, ici, à Ottawa. Nous avons une bonne petite équipe. De bons jeunes joueurs vont se greffer à nous dans les prochaines années. Les cinq prochaines années seront intéressantes. Et amusantes.