L'ancien capitaine du Rouge et Noir, Patrick Lavoie
L'ancien capitaine du Rouge et Noir, Patrick Lavoie

Préparer la vie après le Rouge et Noir

La deuxième semaine des camps d’entraînement de la Ligue canadienne de football tirerait déjà vers sa fin. Cinq matches hors-concours auraient déjà été disputés.

Les Alouettes de Montréal auraient visité le Rouge et Noir à la Place TD. Les Roughriders de la Saskatchewan auraient affronté les Stampeders à Calgary.

En raison de la COVID-19, joueurs et entraîneurs ont plutôt passé ces deux dernières semaines à la maison, non loin de l’air climatisé ou même d’une piscine. « Je ne m’ennuie pas du camp d’entraînement par une journée comme celle-ci », avoue Patrick Lavoie au bout du fil.

L’entrevue avec l’ancien capitaine du Rouge et Noir devenu membre des Roughriders se déroulait mercredi après-midi. La température ressentie atteignait les 38°C à Montréal, où il habite avec sa famille.

« Ça serait chaud sur le terrain, surtout avec toutes ces granules en caoutchouc que tu retrouves sur les surfaces synthétiques. Ça brûle les pieds. »

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Reste à voir si Lavoie et les autres joueurs auront l’occasion de fouler un terrain, synthétique ou naturel, en 2020. Le commissaire de la LCF, Randy Ambrosie, a déjà indiqué que les premiers matches n’auront pas lieu avant le mois de septembre, si saison il y a.

Lavoie comptait bien jouer au football une dernière année avant de prendre sa retraite, l’hiver prochain. Mais peut-être que son dernier match en carrière a déjà été disputé.

L’athlète âgé de 32 ans est bien conscient qu’il pourrait être envoyé à la retraite de façon prématurée. Même chose pour d’autres vétérans dans cette ligue où le salaire minimum est de 65 000 $.

Si c’est le cas, Patrick Lavoie ne se retrouvera pas les mains vides. Le joueur originaire de Saint-Flavie a déjà placé ses pions afin d’entamer une nouvelle carrière professionnelle qui l’amènerait encore à travailler dans des conditions chaudes.

Le centre-arrière participe en ce moment à un processus d’embauche de nouveaux pompiers à Montréal. Il s’est déjà tapé les divers tests médicaux.

« Quand j’ai fini mes trois ans d’études à l’école de pompiers du Campus Notre-Dame-de-Foy (CNDF), avant d’arriver à l’université Laval, j’étais convaincu que je ferais ce métier. Je ne pensais pas de jouer 10 ans au football. Mon plan B est alors devenu mon plan A », raconte Lavoie.

Ce dernier a enseigné au CNDF durant quelques saisons mortes de la LCF. Ce ne fut pas le cas à l’hiver 2018 quand il a dû soigner une blessure au dos.

« J’ai été chanceux d’une certaine façon, car cette blessure m’a poussé à me poser des questions, à savoir ce que je ferais si je ne pouvais pas jouer à nouveau au football en 2019. J’ai pu commencer la transition sans trop de stress. J’étais encore payé par l’équipe.

«Ce n’est pas tout le monde qui a cette chance. Des fois, tu te retrouves sans emploi du jour au lendemain. Et tu n’as pas le choix d’accepter n’importe quel emploi sans savoir si ça t’intéresse parce que tu dois faire vivre ta famille.»

Selon lui, la pandémie motivera plus de joueurs à préparer immédiatement le prochain chapitre de leur vie. «De te poser des questions à savoir quels sont tes points d’intérêt à part le football, au lieu de passer trop de temps à jouer aux jeux vidéo durant ta journée», dit-il.

Retour aux études

Des membres actuels du Rouge et Noir ont décidé de retourner aux études.

Jean-Philippe Bolduc fait partie du lot, s’inscrivant en ligne à un cours de gestion du sport en vue de la rentrée automnale de l’Université de Montréal. «La pandémie fait accélérer les démarches et les réflexions en vue de ton après-carrière. Cela dit, je ne pense pas avoir fini de jouer. Je me dis qu’il me reste encore quelques bonnes années, précise le demi défensif québécois âgé de 29 ans.

Le demi défensif, Jean-Philippe Bolduc

«Je me suis rendu compte que je suis un passionné du sport, que j’aimerais travailler un jour au sein des opérations football d’une équipe, sinon d’une organisation sportive comme l’UFC.»

Bolduc a toujours occupé un emploi durant l’hiver. L’an dernier, il enseignait au programme football-études de l’école secondaire Nicolas-Gatineau.

Depuis le déconfinement, il se retrouve sur un chantier de construction, donnant un coup de main à un de ses amis des Alouettes de Montréal, Félix Faubert-Lussier, qui possèdent quelques logis.

«Je n’ai jamais arrêté de travailler. Ça me permet de voir ce que j’aime et ce que je n’aime pas, explique le maraudeur québécois qui a passé les quatre dernières saisons avec le Rouge et Noir.

«J’ai plusieurs amis plus vieux qui ont joué dans la LCF. J’ai pu voir les deux côtés de la médaille. Quand ça va bien, c’est le fun. Mais tu ne sais jamais quand ça va finir. C’est important de se préparer, car on ne fait pas assez d’argent pour prendre trois ou quatre ans pour réorienter notre vie.»