La mascotte du Rouge et Noir, «Big Joe Mufferaw».

Le Rouge et Noir a échappé le ballon

Ca devait être le moment de fêter un autre bon coup du Rouge et Noir.
La nouvelle équipe d'Ottawa dans la Ligue canadienne de football (LCF) dévoilait, vendredi après-midi, le nom de sa mascotte, un bûcheron aux allures de personnage de dessin animé. Elle avait décidé de tenir l'événement médiatique dans une école élémentaire francophone de Kanata.
Beaucoup d'enfants qui crient, qui veulent toucher une mascotte, ça donne des bonnes photos dans les journaux, de belles images pour les réseaux de télé. Surtout, ça donne encore de la visibilité dans les médias à une formation professionnelle qui doit se battre contre les Sénateurs et le Fury, ce club de soccer qui doit effectuer ses débuts dans la NASL.
Sauf que le Rouge et Noir a trouvé le moyen d'échapper le ballon en nommant sa mascotte «Big Joe Mufferaw».
C'est le nom que les anglophones ont donné au fil du temps à Jos Montferrand, ce légendaire homme fort francophone à travers la vallée d'Ottawa et de l'Outaouais dans les années 1800. «Mufferaw», c'était plus facile pour eux à prononcer que Montferrand.
Immédiatement après l'annonce, certains ont parlé d'une claque sur la gueule des francophones, d'ignorance, de méconnaissance de l'histoire du coin.
Voilà quelques réactions recueillies à chaud ici et là en faisant des appels à des amis.
Il serait facile de crier que le Rouge et Noir vient de plaquer sa clientèle francophone. Ce serait avoir une mauvaise mémoire. On ne parle pas ici des SkyHawks, qui voulaient s'appeler initialement les TomaHawks, faisant fi de la communauté algonquine. Ce n'est pas non plus les défunts Renegades qui se foutaient des amateurs francophones de Gatineau et d'Ottawa. Un de leurs propriétaires avait même suggéré au Rouge et Noir de ne pas perdre leur temps avec les francos.
Ce serait aussi mal connaître Jeff Hunt, un des hommes d'affaires derrière le retour du football dans la capitale. Ce dernier s'est montré sensible depuis le jour 1 aux amateurs de langue française. Sa conjointe est d'ailleurs originaire d'Aylmer.
Plusieurs bons coups
Hunt et ses partenaires ont pris le soin de donner deux noms à la formation, les RedBlacks en anglais et le Rouge et Noir en français. Ajoutez à cela l'embauche d'un directeur général franco-ontarien en Marcel Desjardins.
En décembre, l'organisation a décidé d'annoncer la mise sous contrat du receveur gatinois Simon Le Marquand au complexe Branchaud-Brière, du côté québécois de la rivière des Outaouais. Il y a quelques jours, elle était en visite dans une école de Cantley.
La liste des bons coups comprend la nomination d'un directeur des communications francophile et une entente pour la diffusion des parties de l'équipe en français à 94,5 Unique FM.
Le coeur est à la bonne place chez le Rouge et Noir. Les efforts sont très louables.
«Le but n'était pas d'offenser la communauté francophone, s'il y a des gens qui ont été offensés par notre choix», soutient Hunt.
3500 suggestions
Le Rouge et Noir avait demandé aux amateurs de soumettre leurs suggestions de noms pour la mascotte. Il en a reçu plus de 3500.
«Plus de la moitié des gens a avancé l'idée de Big Joe Mufferaw, ajoute Hunt, qui a ensuite offert une confession.
«La seule chose que je connaissais de Big Joe Mufferaw au début, c'était la chanson de Stompin' Tom Connors qui portait son nom. Mais en fouillant, j'ai découvert la légende de ce personnage qui touchait la communauté canadienne-française de la région. Je trouvais que la suggestion devenait encore plus intéressante pour nous. Je me disais que ce serait un très bon choix, que ce serait une nouvelle positive.»
Puis, ajoute-t-il, «Big Joe Mufferaw» était le personnage d'une série de livres pour enfants du raconteur bien connu dans la vallée d'Ottawa, Bernie Bedore, durant des années. Ses aventures étaient inspirées de la légende de Montferrand, qui aurait affronté seul une bande fiers-à-bras sur le pont des Chaudières en 1832.
Un livre en français
Le Rouge et Noir a notamment conclu une entente avec la famille de Bedore afin de produire une nouvelle série de livres pour enfants dans laquelle la mascotte de l'équipe se retrouvera. «C'est notre intention d'avoir un livre rédigé en français», fait valoir Jeff Hunt, qui se dit ouvert aux suggestions.
Pourquoi pas tout simplement appeler la mascotte «Big Jos»? Ou le «Grand Jos»?
Hunt sait une chose. «On s'est déplacé dans une école francophone et il y avait plus de 500 enfants qui étaient très heureux aujourd'hui de voir notre mascotte.»