L’entraîneur Rick Campbell a su motiver ses troupes au bon moment pour mener le Rouge et Noir à la Finale de la Coupe Grey.

Le discours qui a réveillé le Rouge et Noir

Le receveur Brad Sinopoli n’avait jamais vu son patron se fâcher de la sorte. Même chose pour le maraudeur Antoine Pruneau.

Une rare crise piquée par l’entraîneur-chef Rick Campbell aura secoué le Rouge et Noir. Mais surtout, elle aura modifié l’allure d’une saison qui culminera par une troisième participation en quatre ans au match de la Coupe Grey, dimanche prochain, contre les Stampeders de Calgary, à Edmonton.

Le club se pointera en Alberta avec une séquence de quatre victoires de suite depuis ces quelques minutes houleuses survenues dans le vestiaire de la Place TD. Plus précisément à la mi-temps d’une partie contre les Tiger-Cats de Hamilton, le 19 octobre.

Ayant perdu deux matches consécutifs et montrant une fiche de 8-7, l’équipe locale était alors dominée par les visiteurs dans cet affrontement pour le premier rang de la division Est. Les joueurs avaient retraité au vestiaire sous les huées de la foule. Ils avaient multiplié les erreurs sur le terrain.

« Probablement le moment décisif de la saison », reconnaît Sinopoli, finaliste au titre de joueur canadien par excellence dans la LCF.

« Le coach nous a botté le derrière. Notre attitude faisait défaut. Il nous l’a dit. »

Campbell jugeait que ses joueurs étaient trop gentils avec leurs adversaires. « Durant les parties, ils ne sont pas vos amis », avait-il lancé.

Un type poli et peu flamboyant, le vétéran entraîneur a multiplié les mots d’église durant son intervention qui n’avait rien d’une prière.

« Il y a quelques mots que je ne peux pas répéter », avoue le directeur général Marcel Desjardins, qui assistait à la scène.

Les joueurs étaient peu habitués à se faire sermonner de la sorte, dit-on.

Avant même de se pointer devant eux, Campbell avait déjà perdu son calme durant sa traditionnelle entrevue de mi-temps avec un journaliste de la radio de TSN. Le type lui avait demandé de commenter le record que venait d’égaler le botteur recrue Lewis Ward.

« Les records m’importent peu en ce moment. Je veux juste qu’on gagne ce match-là », avait-il répondu.

Le ton était donné pour la suite des choses.

« Il a dit aux gars : ce que vous donnez en ce moment, ce n’est pas assez bon. Je pense qu’on prenait peut-être certaines choses à la légère jusque-là. Depuis ce temps, nous jouons très bien dans toutes les phases du jeu, ajoute Desjardins.

« Tu as des entraîneurs qui vont crier tout le temps, rappelle pour sa part Pruneau. Tu finis par arrêter de les écouter à un certain moment.

« Le nôtre n’est pas ce genre. Il reste habituellement neutre et en contrôle de ses émotions, que ça aille bien ou moins bien. Mais la fois qu’il se fâche, tu le prends au sérieux. C’est ce qui est arrivé.»

À leur retour sur le terrain, le Rouge et Noir s’est mis en marche, marquant 21 points en route vers une victoire de 35-31. Depuis cette crise, la défensive a alloué seulement deux touchés en 14 quarts de jeu.

Les amateurs ont eu droit à des victoires convaincantes de 30-13, 24-9 et 46-27.

Ottawa ne ressemblait plus à cette boîte à surprises qui gagnait deux parties de façon éclatante pour ensuite perdre deux matches contre des équipes plus faibles.

Le principal intéressé, lui, n’a pas le goût de jaser de cet épisode, un mois plus tard. « Je veux juste rappeler ce que j’affirme depuis le début du camp d’entraînement. Il y a quelque chose de spécial avec ce groupe-ci, affirme-t-il.

« Je suis incapable de mettre le doigt dessus... C’est peut-être l’énergie qu’on y retrouve... Le mérite revient aux joueurs pour les succès actuels.»

Reste à voir si la bande à Rick Campbell pourra maintenant coller une cinquième victoire de suite pour remporter la coupe Grey pour la deuxième fois de sa jeune histoire. L’entraîneur-chef et ses joueurs ont soulevé le trophée en 2016, battant ces mêmes Stampeders à Toronto.

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Le vétéran secondeur Kyries Hebert

UN CLIN D'OEIL AUX RENEGADES

En entrant dans le vestiaire après la victoire de son équipe en finale de l’Est, Kyries Hebert s’est dirigé vers son casier. Il tenait à enfiler une pièce de collection.

Le vétéran secondeur a conservé une casquette de son premier séjour dans la capitale nationale en 2004-2005. On y aperçoit clairement le logo des défunts Renegades d’Ottawa, l’équipe pour laquelle il a effectué ses débuts dans la Ligue canadienne de football. « Je ne suis pas venu ici pour me contenter de participer au match de la Coupe Grey... Je suis venu ici pour la gagner », a lancé Hebert d’un ton fort, s’assurant que ses jeunes coéquipiers l’entendent à travers la musique qui jouait à tue-tête.

Le finaliste au titre de joueur défensif par excellence de la LCF en 2017 le répète depuis son arrivée chez le Rouge et Noir au printemps. Il veut devenir champion pour la première fois de sa carrière dans la ville où tout a commencé pour lui.

Il s’agira d’une première participation au match de la coupe Grey depuis 2007.

« Je suis arrivé avec ça en tête. Je voulais aussi être un leader pour cette équipe-ci. Mais les choses ont mal commencé avec deux suspensions », a reconnu Hebert.

Plusieurs analystes et mêmes anciens joueurs ont réclamé que le Rouge et Noir largue l’athlète âgé de 38 ans. On le qualifiait de joueur salaud et dangereux sur le terrain.

« Mais Marcel Desjardins ne m’a pas abandonné. Coach Campbell et coach Thorpe non plus, tout comme ma famille. Je dois beaucoup à ces gens-là », a rappelé Hebert, visiblement émut. Sa voix s’est mise à trembler.

« Tout ça, c’est authentique. »

Il y a un truc sur lequel il a insisté.

Le Rouge et Noir ne s’est pas mis en tête de gagner la coupe pour lui.

« Il y a des recrues qui la veulent autant que moi. Je pense à un gars comme Avery Williams », a fait valoir Kyries Hebert en regardant vers les casiers des nombreux joueurs de première année en défensive.