Les membres de la « French Mafia » du Rouge et Noir s'amusent beaucoup ensemble sur le terrain et loin du stade également. On aperçoit Mathieu Dupuis (43), Antoine Pruneau (6) et Jean-Philippe Bolduc (20). Derrière eux se trouvent Jason Lauzon-Séguin (58), Anthony Gosselin (45), Louis-Philippe Bourassa (50), Patrick Lavoie (81) et Arnaud Gascon-Nadon (41).

La «French Mafia» d'Ottawa

Antoine Pruneau et Scott Macdonell avaient invité leur coéquipier Patrick Lavoie à prendre une bière sur leur terrasse, non loin de la Place TD. Entre deux gorgées, une idée a été lancée.
Pourquoi ne pas trouver un surnom pour désigner le groupe grandissant de joueurs francophones chez le Rouge et Noir ? La « French Mafia » allait voir le jour.
Ça se passait au début de la deuxième saison de la jeune franchise en 2015. Le sobriquet a été vite adopté par le reste de l'équipe. Il est prononcé souvent et toujours à la blague dans l'entourage des champions en titre de la coupe Grey.
« Les anglophones ont trouvé ça très drôle et c'est resté. Ils aiment bien nous niaiser avec ça »,  avoue Lavoie, un centre-arrière qui entame sa sixième saison dans la Ligue canadienne de football (LCF).
Les autres francos l'ont désigné « parrain » de cette « French Mafia ». « En raison de sa date de naissance », blague Pruneau en parlant du sixième joueur le plus vieux de l'équipe.
« Il y a une fierté dans le vestiaire d'être autant de francophones. Il fallait trouver une façon de faire briller ça », explique le maraudeur québécois sur un ton plus sérieux.
« On est choyé ici, avoue le bloqueur Jason Lauzon-Séguin, qui a grandi dans l'Est ontarien. Je pense aux gars qui se ramassent dans l'Ouest canadien et peuvent être parfois le seul francophone de l'équipe. »
Va-et-vient
Au début du camp d'entraînement, ils étaient 10 joueurs francophones chez le Rouge et Noir. C'était avant le renvoi du receveur Macdonell et du demi défensif Mikaël Charland.
Il reste les Lavoie, Pruneau et Lauzon-Séguin, tout comme l'ailier défensif Arnaud Gascon-Nadon et le secondeur Jean-Philippe Bolduc. Les recrues Anthony Gosselin, Mathieu Dupuis et Louis-Philippe Bourassa espèrent percer l'alignement dans les prochaines heures.
« Les francophones sont aimés ici. Tu n'as pas de rôle de figurant. Et si tu parles aux joueurs francophones dans les rangs universitaires, ils vont te répondre qu'ils tiennent à venir ici », confie Gosselin.
Les recrues et lui ont eu droit à un discours du « parrain » avant un récent match hors-concours. C'était pour les calmer dans leur langue maternelle, mais aussi les encourager. Qu'ils avaient leur place chez les pros.
« Nous ne sommes pas une tonne de francophones dans la ligue. Il faut s'aider entre nous, fait valoir Lavoie. Les gars qui commencent ne l'ont jamais facile avec l'anglais. Il y a toujours une petite barrière au début en raison de la langue. »
Le « Manoir »
Le lieu de rencontre de la « French Mafia » s'avère le nouveau domicile d'Antoine Pruneau, surnommé le « Manoir ».
Ça jase de tout et de rien lors des soirées là-bas. L'idée d'un tatouage pour tous les membres du groupe alimente notamment les discussions.
Ça joue aussi aux jeux vidéo au « Manoir ». Beaucoup même. Plusieurs tournois y sont organisés.
Tout le monde y participe. « Sauf Patrick Lavoie », note Pruneau, sourire en coin.
« Jouer au PlayStation, c'est un peu moins de sa génération. Tsé, il est de la trentaine... Lui montrer comment jouer aux jeux vidéo, c'est un peu comme expliquer à tes grands-parents comment utiliser un iPhone... »
C'est un peu ça la « French Mafia ». C'est une boutade après l'autre.
Un autre exemple ? Le mois dernier, le Rouge et Noir tenait sa remise de bagues de champion de la coupe Grey.
Pruneau était incapable d'ouvrir la boîte contenant sa version personnalisée du bijou. Ce qui a fait rire Bolduc, assis à la même table que lui.
« Ça paraît qu'il n'est pas habitué. Il n'en a pas gagné de bagues durant ses années universitaires chez les Carabins de l'Université de Montréal », a lancé le produit du Rouge et Or de l'université Laval.
Ces joueurs qui étaient jadis des adversaires sont maintenant des coéquipiers. Encore mieux, des amis.
« Le groupe s'entend tellement bien, confirme Gascon-Nadon. Les autres Canadiens et les Américains remarquent à quel point nous avons du plaisir, autant sur le terrain qu'à l'extérieur. On est souvent ensemble, même une fois la saison terminée. »
Enseigner et célébrer
Cette camaraderie s'avère contagieuse chez le Rouge et Noir. « Même les anglophones veulent se joindre à nous », souligne Jason Lauzon-Séguin.
Au même moment, à quelques pieds de lui, deux autres membres de la « French Mafia » refilent une expression québécoise à leur coéquipier Ryan Lindley, un quart-arrière originaire de la Californie. « Un char », lui font-ils répéter.
« Chaque jour, on lui apprend un nouveau mot, une nouvelle phrase. Ce n'est pas tout le temps des choses qu'on voudrait qu'il répète par contre en entrevue », concède Lauzon-Séguin.
La « French Mafia » sait enseigner, mais aussi fêter. Une célébration a retenu l'attention l'an dernier durant un match à Edmonton. Gascon-Nadon a fait semblant d'abattre un arbre en compagnie de Pruneau après un touché de sûreté.
Une scène que le « parrain » de la « French Mafia » a adorée. « Ça serait le fun de refaire ça », affirme Patrick Lavoie, le premier francophone à se joindre au Rouge et Noir en décembre 2013 après deux saisons chez les Alouettes de Montréal.
« Je n'aurais jamais pu m'imaginer avoir autant de plaisir en arrivant à Ottawa. Je ne pensais pas que tu pouvais t'amuser comme ça chez les pros. Pas que mes années à Montréal étaient plates. C'était juste différent. »
Ottawa, c'est le nouveau « Petit Québec » de la LCF. C'est surtout le domicile de la « French Mafia ».