Toronto était l'hôte de la 104e coupe Grey le 27 novembre 2016.

La conquête du Rouge et Noir revisitée [PHOTOS]

Henry Burris sera assis dans son salon avec ses deux ados, les yeux rivés sur le petit écran. Même chose pour Antoine Pruneau avec son nouveau-né, Charles Henri, bien au chaud dans ses bras.

Plusieurs autres de leurs coéquipiers de l’édition du Rouge et Noir en 2016 risquent d’en faire de même.

TSN rediffusera vendredi soir, sur le coup de 19h, le match de la coupe Grey remportée par Ottawa, il y a trois ans et demi, au stade BMO de Toronto. Une victoire de 39-33 en prolongation contre les Stampeders de Calgary qui mettait fin à une disette de 40 ans sans championnat de la Ligue canadienne de football (LCF) dans la capitale nationale.

«C’est sûr que je vais regarder cette partie... encore. Je possède ma propre copie ici à la maison, avoue Burris, qui avait été nommé joueur par excellence de cette finale.

«En fait, je pense que ce match-là va être diffusé à mes funérailles! Qu’il va jouer en boucle dans le mausolée où mon cercueil se trouvera. Ce fut de loin une des finales les plus divertissantes de l’histoire.»

Henry Burris

Une joute qui a été le point d’exclamation à sa brillante carrière de 18 saisons en sol canadien.

Il y a eu de tout lors de cette soirée du 27 novembre 2016. De Burris qui a joué sur une jambe, à la main d’Abdul Kanneh qui a évité un touché victorieux à Calgary, à la jonglerie d’Ernest Jackson pour le touché décisif aux larmes d’Arnaud Gascon-Nadon et Patrick Lavoie durant les célébrations. Et même aux quelques pas de danse du directeur général Marcel Desjardins dans le vestiaire, une heure après la conquête.

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Une victoire à forte saveur canadienne

«Ce fut la victoire d’une équipe qui était les négligées», répète Burris, le quart-arrière gagnant qui avait complété 35 de 46 passes pour 461 verges et trois touchés.

«Nous n’étions pas nerveux pour ce match. Il n’y avait aucune attente envers nous. Tout le monde donnait Calgary comme les vainqueurs», rappelle Pruneau, qui est toujours le maraudeur du Rouge et Noir.

Antoine Pruneau et sa mère Suzanne

«En fait, tous les experts à la télé se disputaient, non pas à savoir qui gagnerait, mais plutôt sur le score final en faveur des Stampeders», relate Lavoie, qui était alors capitaine des unités spéciales.

Le genou de Burris

Les champions de l’Ouest n’avaient perdu que deux fois en saison régulière. Le Rouge et Noir, lui, avait remporté le titre de la division Est malgré une fiche perdante de 8-9-1.

«Toute la semaine, tout le monde vantait Calgary. Ça nous motivait. Nous en parlions durant nos réunions d’équipe. Ça nous avait piqué l’orgueil», avoue Lavoie, qui allait marquer le deuxième touché des siens dans cette conquête.

Le centre-arrière québécois avait capté une passe de six verges de Burris pour donner une avance de 16-7 au Rouge et Noir au milieu du second quart.

Patrick Lavoie

Un ballon que le quart-arrière américain n’a failli jamais lancer. Ce dernier s’était blessé au genou gauche vers la fin de la période d’échauffement.

À quel point le bobo était-il sérieux? L’équipe ottavienne s’était pointée sur le terrain sans sa vedette lors de la présentation des joueurs.

Burris était demeuré à l’infirmerie. Le substitut Trevor Harris s’était même fait dire qu’il entamerait le match.

«Les coaches dans le vestiaire essayaient du mieux qu’ils pouvaient de cacher ce qui se passait. Mais les gars commençaient à comprendre que Henry ne se sentait vraiment pas bien, explique Pruneau.

«Je me rappelle d’avoir dit au médecin qu’il était hors de question que je ne joue pas, confie pour sa part Burris. Il avait alors sorti la longue aiguille. Il m’avait piqué dans la jambe puis remis l’orthèse de mon genou en place.»

On connaît la suite.

Henry Burris

Le numéro 1 était arrivé sur le terrain tout juste avant le botté d’envoi, courant tout en souriant et brandissant un poing vers le ciel. Une entrée digne d’un lutteur de la WWE.

«Ça m’avait surpris de le voir arriver, avoue Marcel Desjardins. Quand j’avais quitté le vestiaire, je ne m’attendais vraiment pas à le voir jouer. Les thérapeutes s’occupaient de lui.»

À 41 ans, Henry Burris allait devenir le quart-arrière le plus âgé à mener un club à une victoire dans un match de la coupe Grey.

«Je vais être honnête. Sans Henry, je ne nous vois pas gagner ça», concède Antoine Pruneau, qui avait réussi un solide plaqué sur le premier jeu du match.

Le ton avait été donné.

«C’est une des choses dont je vais toujours me souvenir. Calgary était reconnu comme l’équipe la plus physique de la LCF. Mais ce soir-là, c’était nous qui étions le club qui frappait le plus fort, qui était le plus agressif», affirme Burris.

Kiennan Lafrance plaque Roy Finch.

Ottawa avait intercepté le quart-arrière Bo Levi Mitchell à trois reprises en plus de réussir trois sacs et forcer deux ballons échappés.

«Tous les gars faisaient des jeux, souligne Desjardins. C’était beau à voir.»

Piqué au vif en prolongation

Le Rouge et Noir, qui menait par 20 points à un certain moment, avait quand même vu Calgary forcer la tenue de la prolongation.

«Mais nous étions confiants de trouver une façon de gagner, affirme Pruneau. Nous l’avions fait chaque fois dans les semaines auparavant.»

C’est sans compter que Burris avait été piqué à vif lors du pile ou face au milieu du terrain avant la prolongation.

Patrick Lavoie s’en souvient. «J’étais là à côté de lui. Des joueurs des Stampeders lui avaient dit des choses pour tenter de l’écoeurer, de le déconcentrer, relate-t-il.

«Tu ne fais pas ça à Henry. Je lui avais dit de ne pas s’inquiéter, qu’on allait gagner. Je me souviens de son regard. Il avait de gros yeux et m’avait répondu: Oh que oui.»

Burris allait compléter sa dernière passe en carrière à Jackson. Un jeu de 18 verges qui allait s’avérer le touché victorieux du Rouge et Noir. Le receveur américain avait quand même jonglé avec le ballon trois fois avant de réussir à le maîtriser en entrant dans la zone des buts.

Ernest Jackson

«C’est comme si Ernest jonglait avec notre coeur sur ce jeu, image Burris en riant.

«On savait qu’il allait réussir le jeu, ajoute Pruneau. Ernest n’avait jamais échappé une passe de l’année.»

Trois jeux défensifs plus tard, le maraudeur québécois et ses amis étaient déclarés champions, soulevant la coupe Grey.

«C’était comme gagner à Ottawa tellement il y avait de nos partisans sur place à ce match, mentionne Henry Burris. J’avais l’impression que la Place TD avait été déménagée dans le sud de l’Ontario! Cette énergie nous avait aidés ce soir-là.»