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 Jean-Philippe Bolduc
 Jean-Philippe Bolduc

Deuxième printemps d’incertitude dans la LCF

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
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Le mercure a grimpé dans la dernière semaine et demie. La neige a fondu sur les terrains synthétiques à Ottawa, Montréal, Régina et ailleurs au pays. Les journées rallongent.

« En temps normal, ça devrait sentir le football », avoue le vétéran du Rouge et Noir, Jean-Philippe Bolduc, au bout du fil.

Sauf que pour un deuxième printemps de suite, ça sent plutôt l’incertitude pour ses collègues et lui à travers la Ligue canadienne de football (LCF). Pour un deuxième printemps de suite, les joueurs s’entraînent sans savoir s’il y aura bel et bien une saison.

En 2020, ils ont dû attendre à la mi-août avant d’apprendre qu’ils ne fouleraient finalement pas la surface de jeu.

Dans les dernières semaines, les dirigeants des neuf équipes ont assuré qu’il y aurait une saison. « Nous allons jouer », a lancé le président des Blue Bombers de Winnipeg, Wade Miller.

« Je suis optimiste que nous jouerons du football ici à la Place TD en 2021 avec des partisans. Je ne sais juste pas quand ça commencera et combien de spectateurs seront permis », a ajouté son vis-à-vis chez le Rouge et Noir à Ottawa, Mark Goudie.

« C’est facile de dire ça quand tu es payé à 90 % de ton salaire. C’est toujours la même cassette. Mais il n’y a aucune garantie qui nous a été offerte », fait remarquer Bolduc, un des deux représentants des joueurs chez le Rouge et Noir.

Les camps d’entraînement devraient ouvrir le 10 mai. Une dizaine de jours plus tard, des matches hors-concours auraient lieu, dont un entre les Alouettes de Montréal et le Rouge et Noir au stade Percival-Molson.

Bolduc n’y croit pas. Il ne gagerait pas un billet de 20 $ là-dessus.

« Je pense que les camps vont ouvrir plus au milieu de l’été en juillet. Puis c’est correct. La ligue fonctionne avec les revenus aux guichets. On le comprend comme joueurs. On demande juste à la ligue d’être honnête et transparente. »

Anthony Gosselin (centre)

La LCF, qui laisse entendre avoir perdu entre 60 à 80 millions $ en 2020, a ouvert un peu son jeu en milieu de semaine. Elle a demandé aux joueurs d’accepter une baisse salariale de 20 % si la prochaine saison commence devant des gradins vides à la mi-juin.

Les joueurs toucheraient ensuite leur pleine rémunération au fur et mesure que les partisans reviennent dans les stades, si la santé publique permet la présence de spectateurs.

Sans surprise, cette proposition a été mal reçue. Plus particulièrement chez les vétérans qui ont été nombreux à avoir déjà accepté en janvier une réduction de leur chèque de paie en vue d’une saison 2021. « Une autre baisse serait dévastatrice pour plusieurs joueurs et leurs familles », a avoué le secondeur étoile du Rouge et Noir, Don Unamba, sur les médias sociaux.

Son coéquipier Anthony Gosselin, lui, est devenu papa pour une deuxième fois, il y a neuf mois. Sa conjointe et lui s’étaient acheté aussi une maison à Saint-Hyacinthe tout juste avant la pandémie.

« En ce moment, je travaille 40 heures par semaine pour un service de livraison de tapis et de céramique tout en suivant deux cours à l’Université de Sherbrooke pour compléter mon baccalauréat multidisciplinaire. Et je continue à m’entraîner. Je n’ai jamais arrêté l’entraînement depuis un an et demi. »

Sauf que le moral en prend un coup ces jours-ci.

« Sérieux, je ne sais pas s’il va y avoir une saison. Je n’y crois plus vraiment. Et s’il y a une saison, ce sera à quelles conditions ? On ne sait rien. On ne nous dit rien », déplore Gosselin, qui fêtera ses 29 ans en juillet.

« Mon travail en ce moment, ce n’est pas ce que je veux faire plus tard, mais j’en retire quand même un plaisir. Je suis prêt à continuer cet emploi pendant une autre année. Mais ma patience a des limites. Je commence déjà à préparer mon plan de carrière. »

Il n’est pas le seul. Plusieurs autres joueurs ont placé des pions dans la dernière année.

Le centre-arrière William Langlais, des Stampeders de Calgary, s’est acheté une ferme dans le Pontiac, en Outaouais. Quant au demi de coin américain du Rouge et Noir, Corey Tindal, il a obtenu son permis pour conduire des camions semi-remorques aux États-Unis.

Depuis l’automne, Jean-Philippe Bolduc occupe un poste de négociant chez le grossiste en bois d’œuvre Boscus. « Je suis content d’avoir trouvé quelque chose qui me passionne. Je n’ai pas besoin d’attendre chaque jour pour des nouvelles de la ligue canadienne de football », explique l’athlète âgé de 29 ans.

Le receveur Marco Dubois est conseiller en ressources humaines depuis une dizaine de mois chez Breton Tradition 1944, une compagnie d’élevage porcin en Beauce.

« Toute l’incertitude ne fait qu’accentuer énormément la remise en question de la poursuite de ma carrière. Je trouve ça plate de faire ça à 26 ans. Je ne pourrais pas être en meilleure forme et aussi vite que je le suis en ce moment. C’est triste que je ne puisse peut-être pas poursuivre mon rêve pour un deuxième été de suite, surtout quand je regarde autour de moi. Tous les athlètes des autres ligues professionnelles ont recommencé à jouer sauf nous. »

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