Jacques Bolduc et Denis Beaulieu sont deux des nombreux parents des joueurs francophones du Rouge et Noir qui ont fait le voyage à Edmonton pour encourager leur garçon, dimanche, au match de la Coupe Grey.

Ça criait en français à Edmonton

EDMONTON — Ils étaient 55 000 personnes à occuper les estrades du stade du Commonwealth. Un coin détonnait des autres. Ça parlait français et surtout, ça encourageait le Rouge et Noir.

La section en question ? Les premières rangées de la « X ».

Parents et amis de la « French Mafia » du Rouge et Noir avaient fait le voyage dans l’Ouest canadien. Ils étaient flanqués des familles des autres joueurs de l’équipe.

« Ne sois pas inquiet. Nous allons faire du bruit. Ça va taper. Je ne pourrai pas parler après le match », a lancé en riant Denis Beaulieu. Il portait fièrement le numéro 46 de son fils Jean-Christophe, centre-arrière partant de l’équipe.

« J’ai mon manteau aussi et ma tuque du Rouge et Noir », a-t-il précisé.

Le reste de la famille se trouve en Mauricie. « Devant la télé avec leurs chandails à regarder la partie », a-t-il ajouté.

Les Beaulieu doivent être des partisans récemment convertis. Jean-Christophe s’est joint au Rouge et Noir par voie de transaction, l’hiver dernier. Il jouait auparavant chez les Alouettes de Montréal.

Il était hors de question pour le paternel de rater ce match. « J’aurai été n’importe où, même à Vancouver », a ajouté M. Beaulieu.

Même chose pour Jacques Bolduc qui était accompagné de sa conjointe Ody Giroux.

Il louangeait l’organisation du Rouge et Noir qui a facilité la venue des familles à Edmonton. Tout ce beau monde a été logé dans le même hôtel au centre-ville en plus d’avoir accès à des navettes, dont une qui a reconduit les mamans au West Edmonton Mall samedi.

« Nous avons eu droit à une allocation de voyage. C’est super. Ce que Jean-Philippe me disait, ce ne sont pas toutes les équipes qui font ça », a soutenu M. Bolduc, visiblement ému.

Ce dernier a raté peu de parties de fiston, qui est capitaine des unités spéciales chez le Rouge et Noir.

« Je pense que ça lui fait chaud au cœur d’être ici », a soutenu Jean-Philippe Bolduc en parlant de son père.

« Il a lu tous les textes à notre sujet cette semaine. Quand j’étais petit gars, il m’amenait souvent voir des parties des Alouettes de Montréal. C’est lui aussi qui m’amenait à toutes mes pratiques de football les jeudis soir quand j’avais neuf ou dix ans, même quand il pleuvait à boire debout. »

Jacques Bolduc s’en souvient encore très bien.

« Tous les parents font ça, que ce soit au hockey, au football ou au théâtre. Ça fait partie d’avoir des enfants. On le fait parce que nous voyons que la personne a une passion. Nous ne faisons pas ça pour avoir une médaille. »

Une famille qui se promettait d’être bruyante aussi ? Celle du secondeur américain Anthony Cioffi. Plusieurs de ses cousins d’origine italienne avaient fait le voyage du New Jersey. Même chose pour papa Gerry et maman Josephine, qui enseigne l’espagnol et le français.

« Nous avons encouragé Anthony dans divers matches de championnats, que ce soit au niveau pee-wee, à l’école secondaire ou dans les rangs collégiaux. Il est passionné de football et c’est beau à voir », a souligné le paternel.

Son épouse et lui ont fait le trajet entre leur domicile et Ottawa à plusieurs reprises durant la saison. « Six heures de route », a relaté Josephine Cioffi. « Nous lui avons amené chaque fois des repas faits à la maison que nous avions congelés. Ça l’aidait à ne pas s’ennuyer trop de chez lui. »

+

UNE FINALE SUIVIE DES LIGNES DE CÔTÉ

Pour une deuxième fois en trois ans, le Rouge et Noir se retrouvait au match de la Coupe Grey. Pour une deuxième fois en trois ans, le demi défensif gatinois Mikael Charland a dû se contenter d’un rôle de spectateur.

Il faisait partie des 20 joueurs laissés de côté par l’équipe lors de cette 106e finale de la LCF. Certains tels que le plaqueur Daryl Waud et Andrew Pickett sont blessés depuis très longtemps.

Mais aucun de ces athlètes n’a été laissé derrière. Ils ont tous effectué le voyage à Edmonton.

«Je suis très reconnaissant envers l’organisation», a répété Charland à trois reprises.

Pourquoi? Parce que l’année 2018 n’a pas été facile pour lui.

Elle avait débuté avec des tournées dans des écoles. Il représentait alors les Alouettes de Montréal dans la communauté.

Un rôle qu’il adorait durant la saison morte.

Puis en avril, le téléphone a sonné. Les Alouettes lui annoncent que c’est fini. Qu’ils vont le libérer avant le départ de l’équipe vers un mini-camp en Floride.

«Je ne m’attendais pas ça. J’avais accepté une prolongation de contrat quelques semaines auparavant.»

Trois mois plus tard, le téléphone allait sonner à nouveau avec une nouvelle reliée à la LCF. Et encore une fois, elle allait le surprendre.

Le Rouge et Noir, l’équipe qui l’avait repêché en deuxième ronde en 2016 avant de le libérer l’année suivante, lui offrait un contrat.

«Je ne m’attendais vraiment pas à revenir à Ottawa. Mais je suis tellement reconnaissant. C’est une organisation gagnante. Il y a une fierté de jouer pour le Rouge et Noir. Puis ça tombait bien. Mes parents revenaient en ville.»

Charland a joué huit parties, dont sept de suite entre la fin août et la mi-octobre. Il a été utilisé au sein des unités spéciales, prenant la relève de joueurs canadiens blessés.

Des joueurs qui ont retrouvé la santé vers la dernière portion du calendrier régulier. Ce qui l’a renvoyée sur les lignes de côté.

Et l’ancien des Griffons du Cégep de l’Outaouais disait comprendre pourquoi il n’était pas en uniforme contre les Stampeders.

«Tu ne changes pas une recette qui fonctionne», a-t-il soutenu, faisant allusion aux quatre parties de suite remportées par Ottawa en se pointant à Edmonton.

«Ça demeure une belle expérience de pratiquer avec les gars toute la semaine de la Coupe Grey, de les encourager durant le match.»

Charland, 27 ans, n’a aucun plan de remiser casque et épaulette après cette troisième saison chez les pros. Tout le contraire.

«Ma carrière n’est pas terminée. Je suis en santé. Mon but quand j’ai été repêché n’a pas changé. Je veux jouer 10 ans dans la Ligue canadienne de football.»

Gott et le drapeau

À l’instar de Charland, le joueur de ligne à l’attaque Jon Gott n’était pas en uniforme. 

Le populaire vétéran, qui est avec l’organisation du Rouge et Noir depuis 2014, a quand même trouvé un petit rôle à jouer. Il portait le drapeau de l’équipe lorsque les joueurs ont fait leur entrée sur le terrain, durant la cérémonie d’avant-match.