Le plaqueur Harold Brantley, qui a été victime d’un terrible accident de la route il y a trois ans, participe au camp d’entraînement du Rouge et Noir.

Brantley, le miraculé du Rouge et Noir

Il y a trois ans, la voiture conduite par Harold Brantley a effectué des tonneaux. Du même coup, la carrière prometteuse du nouveau plaqueur du Rouge et Noir allait basculer.

Le natif de la Pennsylvanie s’était retrouvé dans un fauteuil roulant pendant quatre mois, ignorant s’il allait jouer à nouveau au football, ou même simplement marcher. «En fait, je suis chanceux d’être en vie», avoue le colosse de 6’3’’ et 280 livres après une autre session éreintante à la Place TD.

Ce dernier sue à grosses gouttes à sa première aventure à un camp de la Ligue canadienne de football (LCF). «Après tout ce que j’ai vécu, je ne me plaindrai jamais d’un entraînement difficile comme celui-ci», fait-il remarquer.

Brantley, 24 ans, n’oubliera la journée en question. «La fête des Pères en 2015», précise-t-il.

Ce dernier venait d’effectuer un dépassement légal sur une autoroute du Missouri quand il a été victime d’aquaplanage. Sa Chrysler Concorde a percuté un garde-fou pour ensuite capoter.

Des pinces de désincarcération ont été nécessaires pour extirper son amie de cœur et lui. Si madame s’en est sortie avec un œil au beurre noir, ce fut tout le contraire de Brantley.

«J’ai subi de multiples fractures à ma jambe gauche. Tous les ligaments possibles du genou gauche ont été déchirés. Six de mes côtes ont été brisées. Mes deux poumons ont été perforés, énumére-t-il.

«J’ai aussi subi une fracture à la colonne vertébrale. Tout le côté droit de mon cou était amoché. Une clavicule était aussi cassée.»

Ajoutez à cela des perforations à l’estomac.

«Grâce à Dieu et de l’appui des miens, j’ai pu retrouver la santé et surtout jouer à nouveau», dit-il.

Il reste que le retour sur le terrain et surtout vers une vie normale a été long. Et surtout inondé d’embûches.

Il y a eu le fauteuil roulant, les béquilles et les nombreuses visites à des cliniques de réhabilitations. C’est sans compter cette dépendance qu’il a développée à des antidouleurs. Un combat qu’il a fini par gagner.

Et le football dans tout ça?

Avant l’accident, Harold Brantley était une machine à frapper dans la NCAA chez les Tigers de l’Université du Missouri. Il a réussi 54 plaqués et cinq sacs en 2014, année durant laquelle ses coéquipiers et lui ont gagné le Citrus Bowl.

À quel point il était dominant? Des équipes de la NFL désiraient le voir soumettre son nom en vue du repêchage. On le voyait devenir un choix de troisième ronde.

Brantley, lui, a choisi de demeurer chez les Tigers dans l’espoir de connaître une saison de rêve en 2015 et possiblement être sélectionné en première ronde l’année suivante dans la NFL.

Cette saison dans la NCAA, il n’allait jamais la disputer en raison de l’accident. En fait, il n’allait plus jouer chez les Tigers.

À son retour au printemps 2016, on l’a libéré de l’équipe en raison de difficultés académiques. Ce qui l’a mené à se joindre à une formation de deuxième division dans la NCAA, Northwest Missouri, où il a terminé ses études.

Une équipe de la NFL, les Bengals de Cincinnati l’ont mis à l’essai l’an dernier sans toutefois retenir ses services. Le voilà maintenant à Ottawa. L’équipe championne de 2016 a un urgent besoin de plaqueurs.

Brantley le sait trop bien. «Il y a des postes disponibles. Mais la compétition est relevée» note-t-il.

Le mot de la fin lui revient. Il dit avoir appris une leçon à la dure de son accident.

«Je porte dorénavant ma ceinture de sécurité. Je l’attache chaque fois avant même de démarrer ma voiture. Je l’ai promis à ma maman.»

Julian Feoli-Gudino du Rouge et Noir d'Ottawa.

FEOLI-GUDINO RETROUVE SON AMI TREVOR

Et si le Rouge et Noir devait aligner deux receveurs canadiens capables de gagner plus de 1000 verges ?

L’équipe mise déjà le vétéran Brad Sinopoli, qui a franchi cette barre lors des trois dernières saisons. Elle a embauché durant l’hiver le joueur québécois Julian Feoli-Gudino, qui vient de connaître la meilleure saison de sa carrière avec 45 réceptions pour 462 verges et trois touchés à Winnipeg.

« Si tu me dis que je vais ramasser 1000 verges, je vais être content. Mais mon objectif, c’est simplement de capter tous les ballons lancés vers moi, de gagner mes batailles et aller chercher des verges. Après, on verra ce que ça donnera », a soutenu l’athlète qui fêtera ses 31 ans en juin.

Né au Costa Rica, Feoli-Gudino s’est pointé au Québec avec ses parents à l’âge de trois ans. Il a évolué cinq saisons chez le Rouge et Or de l’université Laval, étant élu joueur par excellence de la Coupe Vanier en 2008.

Ses débuts pros, il les a effectués chez les Argonauts de Toronto en 2012. Durant le camp des recrues là-bas, il s’est lié d’amitié avec un jeune quart-arrière... Trevor Harris. Le même Harris maintenant à Ottawa.

« C’est une des grandes raisons pourquoi je voulais venir ici. Je sais quel genre de personne il est... Trevor, c’est un grand leader. Je sais qu’il va aller à la guerre lors de chaque match. En plus de lancer un beau ballon, il effectue de bonnes lectures de jeu. »

Initialement, Ottawa a mis sous contrat Feoli-Gudino afin d’être le substitut de Sinopoli en cas de blessures. Mais avec les départs des Shaw, Criner, Harty et Stangby, la direction jongle avec l’idée d’aligner deux receveurs canadiens.

C’est pourquoi le vétéran québécois s’aligne au sein de la première unité offensive depuis le début du camp d’entraînement.

« C’est super motivant. Ça démontre l’intérêt que l’équipe avait pour moi cet hiver. »

Un autre truc qui l’encourage au sein de sa nouvelle organisation ?

« Le ballon est distribué un peu partout parmi les receveurs. Ce n’est pas comme ça partout ailleurs dans la ligue. Même si tu es un partant au sein de certains clubs, tu ne reçois pas le ballon. »

L’entraîneur-chef Rick Campbell aime bien le nouveau numéro 83. Il a aussi vite remarqué que Feoli-Gudino porte un vieux t-shirt trop long et très troué sous ses épaulettes. « Il y a sûrement une histoire derrière ça », a-t-il suggéré.

Ce que le principal intéressé confirme.

« C’était déjà un beau chandail propre avec un paysage de désert que je portais fièrement (en public), mais ma blonde en était un peu tannée. J’ai alors commencé à le porter l’an passé durant les entraînements... Pas que je suis superstitieux. C’est jusqu’il est très confortable, a-t-il expliqué.

«Mais je ne pense pas qu’il va tenir le coup d’ici la fin du camp. Il est déjà pas mal déchiré !»