Ancien champion canadien senior chez les amateurs, le golfeur Robert Fugère joue encore régulièrement à l’âge de 78 ans.
Ancien champion canadien senior chez les amateurs, le golfeur Robert Fugère joue encore régulièrement à l’âge de 78 ans.

Robert Fugère: toujours précis à 78 ans

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
CHRONIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Soixante-dix-neuf chandelles orneront son gâteau de fête en février. Robert Fugère continue tout de même à amasser les cartes de pointage inférieures à son âge.

«Je joue encore pas mal au golf. Trois à quatre fois par semaine. Et j’ai toujours autant de plaisir», lance l’ancien champion canadien amateur senior.

Le septuagénaire de Hull apporte rapidement une précision. «J’ai toujours autant de plaisir à jouer au Rivermead», dit-il en parlant du club privé centenaire situé non loin de la rivière des Outaouais.

«J’y suis membre depuis 42 ans», note-t-il. Et l’histoire d’amour se poursuit entre lui et ce terrain qu’il a dignement représenté sur la scène nationale et internationale.

Le golfeur Robert Fugère est âgé de 78 ans.

«J’écoutais un professionnel de golf parler l’autre jour. Il disait que tu sais si un terrain est bon quand tu joues pratiquement chaque jour et tu ne te tannes pas. Ici, les gens apportent constamment des améliorations aux trous. Ça fait en sorte que le terrain ne vieillit pas trop.»

Un peu comme lui, qui s’avère encore une machine bien huilée malgré une opération à l’épaule droite subie il y a trois ans pour réparer la coiffe du rotateur et un tendon des biceps.

«Ce n’était pas en ski ou en golf. Je me suis fait mal en grattant l’entrée chez nous à l’hiver. J’ai frappé un morceau de glace avec la pelle. On a dû me refaire l’épaule. J’ai moins de flexibilité. L’extension arrière lors de mon élan est plus difficile. Ça veut dire moins de distance.»

Mais la précision s’avère toujours au rendez-vous. Fugère conserve un handicap de golf qui varie entre trois et six. Ce qui signifie qu’il joue régulièrement sous la barre des 78.

Quand il ne frappe pas des balles, on peut le retrouver au centre de vérification technique automobile de l’Outaouais. Il possède l’entreprise depuis 1986.

Robert Fugère joue régulièrement sous la barre des 78.

«Je suis semi-retraité. Mon fils administre toutes mes business. Moi, je viens faire un tour au bureau avant d’aller au golf.»

Robert Fugère était le meilleur golfeur senior amateur au pays, il y a 20 ans. Il a remporté deux titres nationaux. En 2002, il a presque réalisé son rêve de jouer avec les Nicklaus, Watson, Trevino et Players. Il a terminé à égalité en tête d’une ronde de qualification tenue à Rochester en vue de l’Omnium senior des États-Unis. Sauf qu’il a été obligé de disputer un trou supplémentaire en prolongation. «Le type que j’ai joué contre a fait un coup roulé de 40 pieds en descendant pour gagner», se souvient encore très bien Fugère.

Ces succès au golf sont survenus 40 ans après sa première carrière sportive. Champion canadien en descente, il a été membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1962 à 1966, participant au circuit de la Coupe du monde en Europe.

«Val-d’Isère et Kitzbühel», énumère le natif de Sainte-Agathe-des-Monts. Mais à l’époque, l’équipe canadienne masculine ne faisait pas grand-chose durant l’été pour se préparer. On arrivait en novembre pour skier alors que les Européens avaient skié depuis déjà quelques mois.» Des blessures l’ont forcé à remiser son équipement et se tourner vers le coaching. Il est devenu l’entraîneur de l’équipe nationale, de 1966 à 1970. «Juste avant l’arrivée des Crazy Canucks», note-t-il.

Fugère a eu l’occasion de côtoyer un de ces skieurs qui allaient marquer l’histoire alpine au pays, «Jungle Jim» Hunter. «Il faisait partie du programme Les Espoirs que j’ai formé en 1966 à l’Université de Sherbrooke», explique-t-il.

Robert Fugère était le meilleur golfeur senior amateur au pays, il y a 20 ans.

Ce programme allait devenir éventuellement l’équipe nationale de développement du Canada.

Aujourd’hui, Robert Fugère ne skie plus autant qu’il joue au golf.

«J’ai une résidence maintenant en Floride où je passe quatre à cinq mois durant l’hiver.»

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ÉVITER L'AMPUTATION DE JUSTESSE

Étendu dans un lit d’hôpital en Italie après une chute en ski, Robert Fugère a failli se retrouver avec un membre en moins en 1963. Il venait de subir la première de trois fractures en trois ans à la jambe droite.

«Ma jambe était en traction pendant 15 jours. À un moment donné, les médecins voulaient m’amputer. Ils craignaient que la gangrène s’installe. J’ai refusé l’opération.»

Renvoyé au Canada, Fugère a consulté un médecin à Saint-Jérôme. «Le docteur Maillot m’a sauvé. Il a dû casser ma jambe pour bien replacer manuellement l’os», se rappelle-t-il.
Quelques mois plus tard, Fugère revient en piste pour un entraînement de l’équipe canadienne. Il a fracturé à nouveau la même jambe. «Je suis revenu trop vite. Les entraîneurs tenaient à me revoir. Les Jeux olympiques de 1964 s’en venaient. J’avais de très bonnes chances de me qualifier.»

Puis en 1966, Robert Fugère se trouvait sur la neige au Chili quand la jambe droit a cédé une troisième fois. Il se préparait alors à participer aux championnats du monde. «Ce fut la fin de ma carrière de coureur.  Ce qui m’a amené à être entraîneur de ski.»