Le Gatinois Ronald Henrie a vécu un rêve récemment, en participant à une course de karting au Brésil.

Rêve éveillé au Brésil

Pas facile de vivre le rêve d'une vie à 45 ans. Encore moins facile quand on rêve de Formule 1, qu'on s'imagine contre les meilleurs pilotes du monde, sur une piste exotique, sous les applaudissements de la foule. C'est pourtant ce qu'a vécu Ronald Henrie. Récit exotique.
«Ce n'est pas tout à fait ça, mais c'est pas mal proche!»
Pilote de kart québécois, Ronald Henrie est récemment revenu du Brésil où il a participé à la Granja Viana, une course d'endurance de karting longue de 500 milles aux abords de Sao Paolo.
Pendant une fin de semaine, Henrie, concessionnaire de bateaux de Gatineau, a côtoyé de grosses pointures du sport automobile. Et s'est retrouvé au centre de l'équipe Cendrillon, finissant 7e de sa classe et 18e au classement général, devant certaines équipes professionnelles. Une épreuve dans laquelle il s'est frotté aux Tony Kanaan, Rubens Barrichello et Gil de Ferran de ce monde.
Accueilli par Rubens
Henrie participe à des courses de karting de différents niveaux un peu partout au Québec et en Ontario depuis 10 ans. En remportant le championnat Brian Stewart, disputé dans la grande région de Toronto, il a été invité par MG Tires, fournisseur de pneus de la série, à prendre part à la Granja Viana.
C'est ainsi que le 26 novembre dernier, Henrie prend l'avion pour le Brésil. À son arrivée, une première surprise: un homme qu'il reconnaît, avec comme bagage distinctif un sac pour un casque de pilote. «C'était Rubens Barrichello, qui de suite reconnaît mon sac, et se met à me parler en portugais!»
Quand Henrie lui explique qu'il vient du Québec, le visage de l'ancien pilote Ferrari s'illumine. «Il dit tout de suite: «Ah, Montréal!» Je voyais qu'il avait un bon souvenir de ses courses ici.»
La Granja Viana comme telle est une autre surprise. Le circuit, construit au centre d'un parc d'attractions, devient bondé de monde pour la course. «C'est comme un grand festival. Ça me faisait penser au Tour de France, où les bolides défilent, et les partisans sont serrés le long de la piste, au point où tu as peur de leur rentrer dedans.»
Un kart de location
Pour améliorer son endurance, le pilote gatinois s'est entraîné en faisant de longues sorties sur une piste de l'Outaouais. «La course dure 12 heures, et les pilotes font des relais d'environ une heure et demie», explique-t-il, habitué à des épreuves sprint qui durent au total 15 ou 20 minutes.
Les qualifications sont difficiles pour Henrie et son équipe, complétée par trois pilotes américains. Aucun des quatre n'a d'expérience sur le circuit. Qui plus est, les karts sont complètement différents de ceux des compétitions canadiennes. Véhicules construits pour l'endurance, leur châssis est renforcé, donc plus lourd. Au lieu d'un moteur deux-temps, les karts emploient un quatre-temps, moins puissant, mais plus fiable.
«J'aime que mon kart soit vif... Au Brésil, c'était presque comme un kart de location!»
Pendant les essais, Henrie sent un autre pilote le pousser, au bout d'une ligne droite. Il regarde derrière lui: c'est Barrichello, qui veut utiliser l'aspiration pour améliorer son temps. Henrie tente de lui rendre la pareille, «mais au virage suivant, il avait décampé»!
L'équipe prend le 28e rang aux qualifications.
La course commence comme auMans, avec les voitures en épis, sur le côté de la piste. Le départ est donné, et les karts filent parfois à cinq de large. «Rouler dans des conditions comme ça, c'est incroyable. Le kart était terrible au début.»
Une première sortie est peu concluante pour Henrie. Il cède le volant à George Moss, un vétéran des circuits, originaire de Long Island, qui fait grimper l'équipe au 14e rang, à la faveur de la pluie. Henrie reprend le volant.
«J'avais vraiment hâte de montrer ce que je pouvais faire sous la pluie. J'ai toujours eu du succès dans ces conditions-là.»
Sous la pluie, Henrie est comme un poisson dans l'eau. Ses temps au tour sont presque une demi-seconde plus rapides que le reste du peloton.
«J'étais dans la zone. Quand j'ai terminé ma sortie, EJ Viso [qui court pour Andretti en IndyCar] est venu me féliciter. «Holy shit, j'en reviens pas comment tu étais rapide!»»
Équipe Cendrillon
Le podium, étendu aux six premières places pour cette course, est en vue pour le Canadien et son équipe. Une décision est prise: pas de dernier ravitaillement, qui coûterait quatre minutes précieuses. La course continue. Mais avec deux minutes à faire, son coéquipier Ryon Beachner doit retraiter aux stands. Son réservoir est à sec.
«C'est certain qu'on était déçus, mais on savait que c'était une possibilité [qu'on manque d'essence], explique Henrie. On était quand même l'équipe Cendrillon. On ne s'attendait pas à bien performer contre des pilotes professionnels, considérant qu'on avait un pilote de 45 ans et un autre de 55.
«C'était une expérience incroyable. Je souhaite que tout le monde puisse vivre quelque chose comme ça dans sa vie.»