Les anneaux olympiques installés devant la Maison olympique canadienne à Montréal.

Retrait du Canada des Jeux olympiques: des athlètes d’ici fiers de la décision

Certains pagaient, nagent ou frappent une balle jaune. D’autres foulent le tatami ou tirent avec une épée. Ces athlètes de la région de la capitale fédérale ont aussi réagi de différentes façons dans les dernières heures.

Certains applaudissent la décision du Comité olympique canadien (COC) de ne pas les envoyer aux Jeux olympiques à Tokyo si l’événement n’est pas reporté. D’autres ont versé une larme ou deux. Même réaction chez les athlètes paralympiques.

Le Droit a jasé avec plusieurs de ces athlètes, des jeunes aux vétérans de la scène sportive internationale.

1 — Maxime Brinck-Croteau 

Maxime Brinck-Croteau

L’escrimeur gatinois âgé de 33 ans a toujours été reconnu pour son franc-parler. « Personnellement, je trouve qu’il était à peu près temps que quelqu’un prenne une décision là-dessus. Tout le monde se renvoyait la patate chaude. On parle d’une pandémie qui affecte tout le monde au niveau économique et social, rappelle-t-il.

«En fait, je suis soulagé et surtout fier que le Canada soit le premier à agir. C’est la bonne décision à prendre.» Même si cette décision signifiera la fin de la carrière de plusieurs athlètes.

Brinck-Croteau risque de faire partie du lot. «Je te dirais que c’est pas mal fini, laisse-t-il tomber.

«J’avais dit que c’était fini après les Jeux olympiques en 2016 à Rio. Mais j’ai réussi à étirer ça jusqu’en 2020... C’est pas mal la retraite.»

2 — Sophia Jensen

Sophia Jensen

Elle n’a que 18 ans, mais porte déjà l’étiquette de la prochaine grande vedette du Canada sur l’eau en canoë-kayak. La jeune femme de Chelsea a gagné six fois l’or aux championnats du monde juniors en 2018 et 2019.

Jensen est rentrée en Outaouais plus tôt que prévu la semaine dernière d’un camp d’entraînement en Floride. Elle avait déjà un plan B afin de se préparer en vue des Jeux... pagayer sur la rivière Gatineau dès le retrait de la glace. «Avec une bonne tuque sur la tête», avait-elle précisé en riant vendredi.

Lundi, elle était moins joyeuse. «Les athlètes ont le droit d’être déçus. C’est normal. Tu travailles si fort durant un cycle de quatre ans, mais tout ce qui se passe est hors de notre contrôle», rappelle-t-elle.

Jensen préfère voir le verre à moitié plein, surtout si les Jeux sont reportés d’un an.

«Ce sera à moi de ce servir de ce temps-là additionnel comme un avantage sur les autres afin de bien me préparer et devenir meilleure... Puis mon objectif initial était 2024.»

3 — Camille Bérubé

Camille Bérubé

La paranageuse de Gatineau qui a vécu les Jeux de 2012 à Londres et ceux de 2016 à Rio caressait le rêve d’une troisième participation cet été à Tokyo. La décision du COC, elle l’a encaissé durement dimanche soir.

Sa gorge était encore nouée par l’émotion, le lendemain de la publication du communiqué. «Je ne m’attendais pas ça. J’ai dû relire le tout deux fois [...] C’est la bonne décision, même si ça ne rend pas la chose facile. J’ai beaucoup de peine. Est-ce la fin pour certains athlètes ?»

Du même souffle, Bérubé se disait fière du comité olympique national. «Le Canada est brillant de faire ça. Il vient de mettre la pression sur tous les autres. D’autres pays commencent déjà à nous suivre», souligne l’athlète de 24 ans.

Surtout, la multiple médaillée internationale estime que la tenue des Jeux à l’été aurait été dangereuse pour tous les athlètes, «encore plus nous, les athlètes paralympiques avec nos systèmes immunitaires pas aussi forts que les autres».

«Déjà que le village des athlètes est un incubateur de virus. Le risque aurait été exponentiel.»

4 — Patrice Dagenais

Patrice Dagenais

Il venait de se qualifier en vue des Jeux paralympiques avec ses coéquipiers de l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant, il y a deux semaines, en Colombie-Britannique. Le Franco-Ontarien se disait à la fois déçu, surpris et soulagé du retrait des athlètes canadiens si Tokyo 2020 ne devient pas Tokyo 2021.

«Je suis surpris que le Canada soit le premier pays à se prononcer, mais c’est la bonne décision à prendre», dit-il.

Dagenais, qui est co-capitaine de son équipe, avoue qu’il «n’aurait pas été à l’aise» de participer cet été aux Jeux. D’abord pour une question de santé. Mais aussi, la préparation aurait fait défaut chez plusieurs athlètes.

«Ça aurait été difficile de se préparer adéquatement pour le plus gros événement de ton sport. En fait, c’est impossible de se préparer de la même façon. Tout le monde doit s’entraîner de la maison sans avoir accès à nos centres.»

Dagenais, 35 ans, peut se consoler. Il a déjà vécu l’expérience paralympique à deux reprises, gagnant même l’argent en 2012.

«En ayant déjà participé à des Jeux, c’est peut-être un peu plus facile à accepter comme décision qu’un athlète qui n’avait pas eu cette occasion. Ça doit être difficile pour eux.»

5 — Gabriela Dabrowski

Eugenie Bouchard (à gauche) et Gabriela Dabrowski (à droite) lors d'un match de tennis en double.

Gagnante de deux titres du Grand Chelem en double mixte, la joueuse de tennis d’Ottawa a vanté le leadership du Canada. Elle a déploré du même coup que le Comité international olympique se traîne les pieds jusqu’ici.

«Le CIO ne pense pas à ce qui est le mieux pour les athlètes en ce moment, déplore-t-elle. Je ne comprends pas la motivation derrière l’attente de quatre semaines de plus pour prendre une décision. C’est probablement quelque chose à voir avec l’argent.

«J’espère que davantage de nations emboîteront le pas et feront une déclaration, car la priorité de chacun devrait être de garantir la sécurité des personnes.»

Dabrowski se trouve à Saddlebrook en Floride en attendant la reprise des tournois. Elle prépare une surprise à ses partisans.

«La WTA se montre créative en  ce moment… Elle prépare du contenu à notre sujet durant cette pause. Les gens devraient garder un œil là-dessus !»

6 — Karol-Ann Canuel

Megan Guarnier des États-Unis (à droite) et Karol-Ann Canuel (à gauche)

La cycliste gatinoise et ancienne championne du monde au contre-la-montre par équipe a été surprise. «Je ne pensais pas que la décision serait prise si vite, même si elle a beaucoup de sens, affirme-t-elle.

«La situation change tellement vite. Tu ne sais pas à quoi ça va ressembler dans trois mois.»

Canuel a jasé à ce sujet avec ses coéquipières de l’équipe pro Boels Dolmans. «Les filles proviennent de divers pays. Elles trouvaient ça surprenant, mais intéressant. Elles pensent la plupart que les Jeux seront repoussés.»