À l’image des huit autres clubs de la LCF, le Rouge et Noir planche en ce moment sur le repêchage des joueurs universitaires prévu à la fin avril. Il a toutefois été privé d’un outil lors de l’annulation des camps d’évaluation en raison de la COVID-19.

Repêcher à l’ère de la COVID-19

Aucun club de la Ligue canadienne de football (LCF) n’a mieux repêché que le Rouge et Noir d’Ottawa lors des sept dernières années.

Tous les choix de première ronde depuis 2013 portent encore l’uniforme de la formation ottavienne. De Nolan MacMillan à Antoine Pruneau en passant par Alex Mateas, Jason Lauzon-Séguin, Evan Johnson, Mark Korte et Alex Fontana.

L’efficacité de l’équipe sera toutefois mise à l’épreuve lors du prochain encan des joueurs universitaires prévus le 30 avril. Ottawa et les huit autres clubs du circuit ont été privés d’un outil important dans leurs prises de décisions.

Le camp d’évaluation national de la LCF prévu plus tard cette semaine n’aura pas lieu en raison de la COVID-19. Les camps régionaux, qui devaient se dérouler il y a une dizaine de jours à Montréal et Edmonton, ont subi pareil sort.

«Tous les joueurs devaient subir un examen médical durant ces camps. Ça te donnait de la certitude au sujet de l’état de santé de certains gars», souligne le directeur général du Rouge et Noir, Marcel Desjardins.

«Tu pouvais aussi interagir avec les joueurs. On peut essayer de faire ça à distance, via téléconférence, mais ça ne sera pas la même chose. Je te dirais que ce sont les deux choses les plus importantes qui changent, pour nous.»

Desjardins porte peu d’attention aux divers exercices auxquels se prêtaient les espoirs sur le terrain lors de ces camps. Les participants doivent se taper notamment le sprint sur 40 verges.

«Pour d’autres, c’était peut-être important. Pas pour moi. Les bandes vidéo que nous possédons sur les joueurs nous donnent déjà des réponses», explique-t-il.

Dans le passé, le Rouge et Noir a opté pour des joueurs qui sont sortis de l’ombre à certains des camps régionaux. Ce fut le cas du centre-arrière Anthony Gosselin, choix de deuxième tour en 2017.

Deux joueurs gatinois, tels que les secondeurs Thomas Carrier et Kyle Rodger, qui ont évolué chez les Gee Gees d’Ottawa en 2019, espéraient profiter de ces séances pour attirer l’attention. Ils devront maintenant se croiser les doigts que les équipes de la LCF auront bien faits leurs devoirs.

Le Rouge et Noir, qui a terminé dernier au classement général la saison dernière, devait choisir premier au prochain repêchage. Mais il a inversé sa sélection de premier tour avec Calgary dans la transaction amenant le quart-arrière Nick Arbuckle dans la capitale, tout en donnant aussi son choix de troisième ronde.

Ottawa aura maintenant le sixième choix au total.

Est-ce que l’équipe se rabattra à nouveau sur un joueur de ligne offensive comme ce fut le cas à six reprises dans les sept dernières années ? Ou optera-t-il pour un éventuel partant en défensive tel que le demi Marc-Antoine Dequoy ?

On sait qu’au moins un joueur «local» sera repêché le 30 avril. Le Rouge et Noir sera une des deux équipes qui obtiendra un choix additionnel, qualifié de «territorial» par la LCF, à la fin de la deuxième ronde. L’an dernier, les Alouettes de Montréal s’étaient servis de ce choix pour mettre la main sur Samuel Thomassin.

«Ce qui change le plus dans la dynamique du repêchage en ce moment, c’est notre façon de communiquer au sein de notre groupe, explique Desjardins. Au lieu de se rencontrer, tout se fait à distance.»

Par exemple, le DG du Rouge et Noir a installé maintenant son bureau au deuxième étage de son domicile. Il a vite découvert un avantage du télétravail. «Je me fais livrer des œufs et du café chaque matin», lance-t-il en riant, faisant allusion à sa généreuse conjointe.

Le Rouge et Noir doit aussi préparer un autre repêchage, celui, des joueurs mondiaux de la LCF prévu le 16 avril. À l’image de l’encan des espoirs universitaire, la séance de cinq rondes se déroulera via le web et le téléphone.

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LA LIGNE OFFENSIVE DU ROUGE ET NOIR SERA MOINS CANADIENNE

À quoi ressemblera le Rouge et Noir s’il y a une saison de la LCF en 2020 ?

Des indices commencent à tomber en place à certaines positions, dont la ligne offensive. L’expérience d’aligner cinq joueurs canadiens partants afin de protéger le quart-arrière et créer des corridors de course pour le porteur de ballon semble terminée. Tout indique qu’il y aura un bloqueur américain. Ou deux.

«La possibilité existe que ce ne sera pas cinq joueurs canadiens, laisse tomber le DG Marcel Desjardins. Ça pourrait être quatre, même trois.»

Ça explique en partie pourquoi l’équipe a libéré Philippe Gagnon, il y a 10 jours. Le garde n’a disputé que les neuf dernières parties en 2019. Il devait toucher 180 000 $ la saison prochaine selon le site web «3DownNation».

«C’est une combinaison de choses. La question à la fin était : est-ce qu’on peut se permettre de garder un joueur avec ce salaire... Même si nous avions ajusté le salaire, ça n’aurait pas fonctionné. Nous ne pouvions pas garder trop de joueurs à la même position.»

Les partants Evan Johnson et Nolan MacMillan évoluent déjà à la position de garde. Les bloqueurs Jason Lauzon-Séguin et Mark Korte peuvent aussi jouer ce rôle, tout comme le jeune Alex Fontana.

Le Rouge et Noir a déjà libéré dans le dernier mois d’autres hauts salariés, dont le centre-arrière Jean-Christophe Beaulieu qui devait empocher un salaire de plus de 100 000 $.

Cet argent économisé pourrait-elle servir à attirer un joueur autonome étoile à la veille de la saison... si saison il y a ? «Pas du tout, répète Marcel Desjardins.

Ces sous auraient déjà été dépensés dans les derniers mois. «Quand nous avons embauché nos différents joueurs autonomes, nous savions que nous aurions des décisions à prendre», rappelle le directeur général franco-ontarien.

«Nous avons d’abord essayé de transiger avec des équipes, mais il n’y avait pas d’intérêt», précise-t-il.

Au moins un joueur libéré a déjà trouvé preneur. Gagnon a rejoint jeudi dernier le nid des Alouettes de Montréal.