Le boxeur franco-ontarien, Louisbert Altidor, a officiellement pris sa retraite en septembre 2018, un mois après avoir subi un accident vasculaire cérébral à l’âge de 31 ans.
Le boxeur franco-ontarien, Louisbert Altidor, a officiellement pris sa retraite en septembre 2018, un mois après avoir subi un accident vasculaire cérébral à l’âge de 31 ans.

Rebondir d’un AVC à 31 ans

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
CHRONIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Deux ans plus tard, Louisbert Altidor estime avoir été chanceux dans sa malchance.

Chanceux d’être encore vie et partager son quotidien avec ses deux garçons et sa fille.

Surtout qu’il n’avait que 10 ans quand son père est décédé. « Je ne voulais pas faire ça à mes enfants après avoir vécu moi-même un tel vide », précise-t-il.

Chanceux aussi de n’avoir aucune séquelle. Autant physique que mentale.

Le boxeur franco-ontarien d’Ottawa a mis un terme à sa carrière à l’âge de 31 ans en septembre 2018, un mois après avoir subi un accident vasculaire cérébral (AVC) pendant qu’il se trouvait chez lui. Tout ça une semaine après la naissance de son troisième enfant.

« Je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Je criais tellement… J’avais mal à la tête. Je pensais que c’était fini. »

Une réaction rapide de sa conjointe, qui a appelé pour une ambulance, a fait la différence. Les médecins ont toutefois été honnêtes avec lui. Il était hors de question de retourner dans une arène.

Le super poids moyen, qui avait conservé une fiche de 9-2, 4 KO chez les pros, n’a pas cherché à les défier. « J’ai vu ça comme un signe que la boxe n’était peut-être finalement pas mon chemin à moi. Là, j’ai trouvé ce qui apporte du bonheur », dit-il.

Sa conjointe et leurs enfants âgés de sept, cinq et deux ans ont établi résidence à Sainte-Julie. Et surtout, il y a cette aventure dans le domaine des affaires.

Altidor s’est associé à deux partenaires dans une entreprise d’entretien possédant des contrats avec des magasins à grande surface. Un de ses associés s’avère un individu à qui il donnait des leçons privées de boxe.

« Grâce à lui, j’ai une chance à une autre vie, une autre source de revenus », raconte l’ancien étudiant en technique policière à La Cité collégiale.


« La boxe, c’était ma passion. C’était une super grosse partie de ma vie. »
Louisbert Altidor

Un appel d’Europe

La boxe demeure dans sa vie, mais en tant qu’entraîneur durant ses temps libres. Il n’a jamais été tenté d’effectuer un retour.

« Même si la première année a été pas mal rough pour moi, confie Altidor. La boxe, c’était ma passion. C’était une super grosse partie de ma vie. J’ai pris beaucoup de poids. J’étais déprimé en voyant mes amis qui perçaient sur la scène mondiale. »

Surtout que deux semaines après avoir annoncé sa retraite, le téléphone avait sonné chez lui.

« Un appel de l’Europe. On m’offrait de me battre pour un titre mineur de l’IBF. Ça semblait un gars contre lequel je pouvais gagner. »

Louisbert Altidor a dit non à une opportunité qu’il attendait depuis le début de sa carrière.

« Mes enfants et ma femme ont été ma roche. Ils m’ont permis de passer à travers durant cette première année. Puis j’ai commencé à faire de la méditation. Ça m’a aidé à changer les idées et aussi d’accepter le fait que je ne boxerais plus. »

Les neurologues ont avancé que son accident était fort possiblement dû à l’accumulation de coups encaissés durant ses diverses carrières sportives. Car avant de boxer, Louisbert Altitdor était un prometteur demi de coin au football.

« J’ai eu quelques commotions quand je jouais, mais je n’avais jamais vraiment assuré un suivi là-dessus », souligne-t-il.

« Quand je suis tombé malade, j’avais un train de vie excessif. Je travaillais 40 heures par semaine en plus de m’entraîner 30 heures. On m’a dit que la fatigue a pu jouer un rôle, que mon corps ne pouvait plus suivre. Je suis chanceux que tout ça n’est pas arrivé durant un combat... »

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UN SURNOM UNIQUE CHEZ LES PROS

Il fallait bien lui poser la question. À connaître l’histoire derrière le surnom de «Tikouto» qu’il portait durant sa carrière de boxeur. 

«C’est coach Reg au club Underdog à Montréal qui a commencé à m’appeler comme ça. Il trouvait que j’attaquais beaucoup au corps à l’entraînement. C’était comme si je poignardais quelqu’un avec plusieurs petits coups rapides», explique Louisbert Altidor.

C’était ça son style dans le ring. Et il l’adorait.

«Pendant que tout le monde boxait pour avoir un knock-out à la tête, moi j’allais toujours au corps. Je trouvais que c’était un plus beau knock-out.»

Ce qui explique l’autre surnom dont il avait hérité durant sa carrière chez les amateurs, «The Beast». Altidor a livré plus de 80 combats en carrière, dont une dizaine chez les pros. Il a pu s’entraîner au fil des ans avec les Jean Pascal, David Lemieux, Steven Butler, Eleider Alvarez et Shakeel Phinn.

«Je suis fier de ma carrière. Je retiens surtout comment on peut-être à un moment des guerriers, puis quand c’est fini, les deux boxeurs se donnent l’accolade. C’est ce côté famille qui me manque.»