Avant de jouer pour l’Orange de l’Université de Syracuse, Quincy Guerrier a évolué pour l’Académie de basketball de Thetford Mines dont la mission est de «changer la vie des jeunes à travers le basketball».
Avant de jouer pour l’Orange de l’Université de Syracuse, Quincy Guerrier a évolué pour l’Académie de basketball de Thetford Mines dont la mission est de «changer la vie des jeunes à travers le basketball».

Quincy Guerrier se signale à sa première saison dans la NCAA

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
Produit de l’Académie de basketball de Thetford Mines, Quincy Guerrier a réussi à prendre sa place à sa première saison avec l’Orange de l’Université de Syracuse. Après une première moitié plus difficile, l’ailier québécois et ses coéquipiers reprennent du poil de la bête et pensent déjà à la saison des championnats dans la NCAA.

«On a eu un départ lent, mais dernièrement ça s’est mis à très bien aller. On a gagné cinq matchs de suite et on a perdu par un point seulement contre les Tigers de Virginia Tech», raconte Guerrier au bout du fil, à l’aube d’affronter samedi les Blue Devils de Duke, équipe légendaire qui occupe la deuxième position de l’Atlantic Coast Conférence où l’Orange est en quatrième place. «Duke est une grosse équipe et, en plus, le match sera télédiffusé sur ESPN», déclare Guerrier, visiblement excité à l’idée de pouvoir profiter de cette tribune.

«Je suis le gars le plus physique, le plus athlétique dans l’équipe, alors l’entraîneur Jim Boeheim me demande de dunker, finir mes lay-up, courir la transition et courir les rebonds. Il veut que je mette l’accent là-dessus, alors que par exemple, je n’étais pas nécessairement connu pour les rebonds à Thetford Mines», explique l’athlète de 6 pieds 7 pouces.

Confiance

L’ailier recrue apprécie la confiance que lui accorde son entraîneur, une légende du basket qui montre une fiche de 957 victoires et 392 défaites en plus de 50 ans avec le programme de l’Orange. «Je suis devenu le sixième homme de l’équipe et ça m’aide à gagner en confiance. Je ne suis pas sur l’alignement partant, mais en fin de compte, je joue autant que les cinq partants, tout dépendant du déroulement du match. Par exemple, lors du dernier match, le centre régulier a joué 21 minutes et j’en ai joué 27.»

«Pour ce qui est de marquer des points, j’ai eu des hauts et des bas, mais je suis satisfait de mes chiffres. Si je reste une autre année, je sais que j’aurai plus de succès. Je sens qu’individuellement, je m’améliore», reprend-il, avouant cependant que le style de jeu de la NCAA est différent de ce qu’il a connu au Québec. «Les gars sont plus gros, plus physiques, c’est plus structuré et ça va plus vite. Tout le monde est bon! On joue contre des gars qui veulent tous aller dans la NBA, dont plusieurs qui vont y aller. À Thetford Mines, c’était moi le meilleur marqueur de l’équipe, mais ici, je dois me battre tous les jours», poursuit-il.

Le rêve de la NBA

Pour l’instant, Quincy ne pense pas vraiment au repêchage de la NBA et il n’a pas encore décidé s’il se rendrait disponible pour l’encan annuel à la fin de la saison ou s’il reviendra à Syracuse pour une deuxième année. «Je ne suis pas pressé. Il reste 11 matchs à la saison, il y a le tournoi de l’American Atlantic Association et on verra si on se rend au March Madness [le tournoi annuel de la NCAA]», déclare Guerrier.

Inscrit au programme de gestion des sports dispensé à Syracuse, Guerrier arrime aussi réussite sur le parquet à réussite scolaire. «Au niveau des études, même si l’anglais est ma deuxième langue, je trouve que c’est vraiment plus facile que le cégep. Je comprends pourquoi plusieurs ont des B+ et des A.»

L’Académie

Le natif de Rivière-des-Prairies est d’ailleurs reconnaissant de son expérience avec l’Académie de Thetford Mines, où il a passé quatre ans et demi, tant pour son évolution sur le terrain qu’à l’extérieur du terrain. «L’Académie m’a aidé dans mon entraînement, dans mes études, dans mes matchs, mais surtout, elle m’a aidé à devenir plus fort mentalement. Des coachs comme Armel Mampouya et Ibrahim Appiah ont souvent été durs avec moi, mais c’était pour mon bien et aujourd’hui, quand je vois les attentes élevées de mon entraîneur envers moi, je comprends mieux. Parfois, coach Boeheim crie après moi, mais ça m’aide à m’améliorer. Si je n’avais pas été coaché comme j’ai été coaché à Thetford Mines, je pense que j’aurais peut-être pensé partir de Syracuse, car je n’aurais pas été aussi fort mentalement», confie-t-il.

«Même si j’étais le meilleur pointeur à Thetford Mines, mes entraîneurs ne me faisaient jamais sentir comme si j’étais parfait. Il y avait toujours des choses à améliorer, ils me disaient qu’il n’y avait pas de limite aux aspects que je pouvais améliorer pour devenir encore meilleur», termine Guerrier, reconnaissant

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DOCUMENTAIRE SUR L'ACADÉMIE QUI A FORMÉ BOUCHER ET GUERRIER

Impressionnés par le parcours de Chris Boucher des Raptors de Toronto et Quincy Guerrier, qui frappe aux portes de la NBA, les cinéastes Sébastien Rist et Aude Leroux-Lévesque avaient le goût de présenter l’Académie de basketball de Thetford Mines qui a contribué à l’évolution de ces athlètes et à la formation de nombreux autres jeunes Québécois adeptes de ce sport. Le documentaire L’Académie, résultat de ces années de travail, sera diffusé samedi à 20h sur RDI.

«Quand on a lu que Chris Boucher allait peut-être jouer dans la NBA après être passé par l’Académie, on les a appelés pour filmer un entraînement. Un entraînement est finalement devenu la saison 2017-2018 au complet», raconte au Soleil Sébastien Rist. 

Le cinéaste a été frappé par la vocation de l’Académie, qui vise à «changer la vie des jeunes à travers le basketball.» J’ai vu les entraîneurs Igor Rwidgema, fondateur de l’Académie, Armel Mampouya et Ibrahim Appiah donner de leur temps pour amener ces jeunes à des niveaux personnels qu’ils n’auraient probablement jamais atteints sans eux. Ils vivent avec eux, c’est un soutien 24 heures sur 24, sept jours par semaine et c’est ce qui leur permet de réussir. Certains quittent Montréal et leur famille à 13 ans pour s’installer à Thetford Mines, alors ils prennent beaucoup de maturité.»

Rist s’est intéressé aux sacrifices de ces jeunes qui rêvent de devenir le prochain Chris Boucher, mais aussi à ceux de leurs entraîneurs. «La plupart ont un deuxième emploi. Il y en a un qui revenait à Montréal les week-ends pour occuper un poste d’agent de sécurité», explique-t-il.

Aider les jeunes

Pour Ibrahim Appiah, entraîneur et adjoint du responsable de l’Académie, son expérience lui a aussi permis de nouer des liens avec Chris Boucher, dont il est devenu en quelque sorte le gérant. «Je m’occupe de tout ce qui est extérieur au basket, alors je partage mon temps entre Thetford Mines et Toronto. Actuellement, je suis à Thetford Mines plus souvent étant donné que la saison finit bientôt.»

Appiah avoue être un peu devenu un grand frère pour les jeunes de l’Académie. «Il y a beaucoup de joueurs talentueux, mais la partie mentale est un aspect important que nous pouvons leur transmettre. C’est ça qui fait la différence. Comment tu es capable de continuer à travailler fort quand ça ne va pas bien, comment tu peux gérer tout ça. Si un joueur est bon, tout le monde le lui dit et ça peut lui monter à la tête. Nous, on est là pour qu’ils n’arrêtent jamais de travailler fort. Ceux qui comprennent pourquoi on est parfois durs avec eux, ce sont ceux qui réussissent», explique-t-il.

Même s’il est fier du cheminement de Chris Boucher et Quincy Guerrier, l’entraîneur avoue que le but premier de l’Académie est d’envoyer le plus de jeunes basketteurs dans les universités américaines ou canadiennes. «Pour moi, le testament du programme est combien de jeunes on a réussi à aider dans la vie et ça passe par le basket, bien sûr, mais aussi par les études», conclut l’entraîneur. Ian Bussières