Alexandre Gauthier a participé au triathlon «Escape From Alcatraz» de San Francisco.
Alexandre Gauthier a participé au triathlon «Escape From Alcatraz» de San Francisco.

Un Gaspésien en Alberta

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Selon la légende, Alexandre Gauthier avait beaucoup de mal à construire de courtes phrases, en anglais, quand il est arrivé à Ottawa.

Sauf que ce n’était pas vraiment une légende.

Il avait 25 ans. Il avait grandi en Gaspésie. Il avait découvert le football sur le tard, en arrivant à l’université Laval, à Québec.

Les Renegades, club d’expansion de la Ligue canadienne de football, avaient tout misé sur lui, avec le tout premier choix du repêchage canadien de 2002. Les dirigeants de l’équipe avaient tôt fait de remarquer son talent. Ils croyaient qu’ils pourraient éventuellement lui confier le très important poste de bloqueur du côté gauche.

Quand le talent est là, une langue, ça s’apprend.

Ils ne s’étaient pas trompés.

Gauthier a joué 10 ans, en tout, dans la LCF. Quand les Renegades ont cessé leurs activités, en 2005, il s’est retrouvé à Calgary, puis à Winnipeg. Après avoir disputé deux saisons dans l’est, à Hamilton, il est retourné dans l’ouest pour terminer sa carrière en Saskatchewan.

Il a bien fini par comprendre l’anglais, aussi.

On l’a retrouvé, dans la métropole albertaine. Il est propriétaire de SISMA Drilling, une entreprise de forage qui comptait 43 employés l’hiver dernier.

«Au départ, quand j’ai fondé l’entreprise, j’ai acheté trois foreuses. J’en ai 21, maintenant. Ça monte tranquillement», dit-il, une pointe de fierté dans la voix.

«Je n’ai pas étudié dans ce domaine. Je suis professeur d’éducation physique! Ma femme aussi, a suivi une formation dans le domaine de l’enseignement. Quand nous avons déménagé, au départ, nous avons fait transférer nos papiers pour avoir la chance d’enseigner dans l’ouest. J’ai fini par me dénicher un travail dans le domaine de l’exploration. J’ai décidé de partir ma propre compagnie quand j’ai annoncé ma retraite du football.»

Gauthier avait la chance, à ce moment-là, d’être un visage sportif connu dans son milieu d’adoption.

Les joueurs de la LCF sont de grosses vedettes, en Alberta.

«Quand je rencontre des nouveaux clients, ça fait souvent un sujet de conversation. Souvent, ils se souviennent de mon nom. Quand on commence à travailler pour eux, il faut quand même offrir un bon produit. Ils ne vont pas nous garder juste parce que j’étais un joueur de football!»


« Personnellement, je peux dire qu’à Ottawa, j’ai vraiment vécu de belles années. »
Alexandre Gauthier

Il n’est pas simple, ces jours-ci, de faire carrière dans un domaine connexe à l’exploitation pétrolière.

«C’est certain qu’avec le pétrole, il y a toujours des hauts et des bas. J’ai été chanceux. J’ai déjà passé à travers une première tempête avec ma compagnie. Cette fois, pour ma deuxième tempête, je suis en meilleure position. Je n’ai pas le même niveau de dettes qu’à mes débuts.»

Malgré tout le chemin parcouru, Gauthier n’oublie pas ses débuts professionnels. Les Renegades n’ont pas laissé de très bons souvenirs aux amateurs de football au pays. Pendant leur courte existence, ils ont été la franchise la moins bien administrée d’une ligue qui en a pourtant vu d’autres!

«Personnellement, je peux dire qu’à Ottawa, j’ai vraiment vécu de belles années», affirme, quand même, Gauthier.

«Sur une cinquantaine de joueurs, il n’y avait qu’une poignée de francophones. J’avais donc un contact privilégié avec une importante partie des partisans.»

«On formait aussi une très belle équipe. Ailleurs, j’ai déjà vu des premiers choix à qui on faisait la vie dure. Moi, je peux vous assurer que les vétérans des Renegades n’ont jamais cherché à me faire mal paraître. Les gars m’ont aidé avec le football... et avec mon anglais!»

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APRÈS LE FOOTBALL, LES TRIATHLONS

Sur un terrain de football, Alexandre Gauthier semblait à sa place. Il mesure six pieds et six pouces et pèse un peu plus de 300 livres. C’est le gabarit parfait pour un joueur de ligne à l’attaque.

À sa retraite du football, il a choisi un sport différent pour garder la forme.

À la suggestion de sa conjointe, il a décidé de se lancer dans les triathlons.

On devine qu’il est un peu plus difficile, pour lui, de se fondre dans le décor, quand il se présente à une compétition. «Disons que s’il y avait une catégorie spéciale pour les athlètes qui pèsent plus de 300 livres, je serais toujours le vainqueur», rigole-t-il.

On comprend très rapidement que Gauthier ne se prend pas trop au sérieux.

«Je ne me considère pas comme un triathlonien. Je suis quelqu’un qui fait des triathlons.»

«Après le football, j’ai pris un break de l’entraînement. Je m’en tire quand même bien. Je n’ai aucun problème physique. J’ai toujours aimé nager. Les triathlons me donnent des objectifs. Ils me donnent des raisons de me lever, le matin, pour aller m’entraîner.»