Nicolas Vinette, William Sebastian et Dave Leduc ont fait partie de l’équipe de baseball de l’Outaouais aux Jeux du Québec en août 2005, à Amos.
Nicolas Vinette, William Sebastian et Dave Leduc ont fait partie de l’équipe de baseball de l’Outaouais aux Jeux du Québec en août 2005, à Amos.

Treize manches et le bronze

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Un est devenu avocat, l’autre charpentier menuisier. C’est sans compter un de leurs coéquipiers qui s’avère maintenant un des champions d’arts martiaux mixtes les plus redoutés au monde.

Nicolas Vinette, William Sebastian et Dave Leduc ont fait partie de l’équipe de baseball de l’Outaouais aux Jeux du Québec en août 2005, à Amos. Une équipe de 14 joueurs qui allait connaître un parcours improbable vers une médaille de bronze remportée en 13 manches.

«Dans un match de fou», avoue Vinette, 15 ans plus tard.

«C’était deux parties en une. Les matches duraient habituellement sept manches. La prolongation avait été longue», ajoute pour sa part Richard Leduc, qui était l’entraîneur-chef de cette bande d’ados de 13 et 14 ans.

L’Outaouais alignait la plus jeune formation du tournoi de baseball. Dans ce match ultime, elle affrontait Laval, une puissance.

Personne ne s’attendait à les voir sur le podium.

«Tous les athlètes des autres sports du premier bloc pour l’Outaouais étaient prêts à embarquer dans l’autobus pour revenir à la maison. Nous étions la dernière compétition avant le retour à la maison, se rappelle Leduc. À un moment, les gens se sont rendu compte qu’on pouvait peut-être gagner. Ils sont partis de l’autobus pour venir voir la fin du match, nous encourager.»

Dave Leduc, lui, n’a pas oublié cette partie disputée par un mardi matin en Abitibi. «Je me souviens encore à quoi ressemblait le terrain. Même si aujourd’hui, c’est l’or ou rien pour moi, à l’époque, le bronze c’était gros. Nous n’avions pas volé cette médaille. Nous avions tellement travaillé fort», souligne le champion du monde de lethwei, un des sports de combat les plus violents.

Tous les coups sont permis, des coudes aux genoux en passant par la tête.

À l’époque, Leduc avait été surtout confiné à un rôle de réserviste. Il était dans l’abri quand Vinette avait joué les héros à la treizième manche en frappant un simple avec les coussins tous occupés.

«J’étais au premier but. L’autre équipe m’avait accordé un but sur balle. Quand j’ai vu Nicolas frapper la balle, je sautais de joie. Je me suis tourné tout de suite vers lui pour célébrer. C’était spécial, confie Sebastian, qui est devenu un ami de Vinette.


« Nous n’avions pas volé cette médaille. Nous avions tellement travaillé fort. »
Dave Leduc

«On se parle encore de temps en temps», ajoute-t-il en parlant de l’avocat qui pratique le droit civil depuis deux ans.

Vinette l’avoue. Il connaissait son pire match en carrière jusqu’à ce moment-là, ayant été blanchi à ses quatre présences précédentes au bâton.

«Dont trois retraits sur des prises. Finalement, c’est passé de la pire partie à mon meilleur moment à vie. C’était de la pure joie.»

RDS l’avait interviewé. «Je me suis souviens d’avoir sacré en ondes tellement j’étais content. Et je ne sacrais presque jamais», note Vinette.

Sebastian, lui, se rappelle de la scène qui attendait ses coéquipiers et lui en se pointant finalement dans l’autobus. «Le monde nous applaudissait. C’était spécial», avoue-t-il.

«J’ai gardé mon uniforme sur moi avec ma médaille autour du cou durant toute la ride de bus, ajoute pour sa part Vinette. Et c’était toute une ride. C’était long, mais ça valait la peine.»

À preuve, ces joueurs n’ont pas oublié. Leur coach non plus.

«C’était la plus belle expérience que j’ai vécue, affirme Leduc, qui a été entraîneur et bénévole au baseball pendant plus de 32 ans. C’était un groupe extraordinaire de gars. Ils étaient zéro favori pour gagner. Personne ne s’attendait à une médaille, mais les joueurs y croyaient. J’ai encore la banderole chez nous.»

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MULTIPLIER LES RETRAITS SUR DES PRISES

Il y a eu ce match qui a donné le bronze à l’Outaouais. Mais deux jours plus tôt, un de ses lanceurs avait retenu l’attention du Québec au monticule.

William Sebastian avait lancé un match complet dans le petit village de Barraute, accordant seulement cinq coups sûrs et un point non mérité dans une victoire de 9-1. Il avait surtout retiré 10 frappeurs sur des prises en sept manches de travail en plus d’épingler un coureur trop aventureux au premier but.

«Il avait été incroyable, surtout qu’il fallait gagner pour avancer en demi-finale. Ce fut un des très bons matches que je l’ai vu lancer durant les années que nous avons joués ensemble», se souvient Nicolas Vinette.

Un an plus tard, Sebastian avait fait mieux, signant  un match sans point ni coup sûr avec le défunt Millenium Bantam AA de l’Outaouais dans la Ligue de baseball inter-cité métropolitaine.

Maintenant âgé de 29 ans et papa d’un petit garçon, Sebastian a délaissé le baseball il y a sept ans après des séjours dans le junior élite de même que chez les défunts Fat Cats d’Ottawa.

«Je me souviens d’avoir été en finale avec les Fat Cats. C’était une équipe semi-professionnelle. Nous avions le vestiaire des Lynx. Il y avait même eu jusqu’à 3000 personnes pour une de nos parties.»

Aujourd’hui, les mains de William Sebastian servent à bâtir des maisons dans le domaine de la construction. Il a tout de même hâte de lancer la balle un jour avec fiston.

«De l’initier à son tour au baseball. C’était mon sport. Mais s’il choisit autre chose, qu’il aime autre chose, ça sera correct.»