Caroll-Ann Alie avec son nouveau conjoint Steve, ingénieur chez Boeing. Ils mènent une vie heureuse avec leurs deux chats et leurs deux chiens.
Caroll-Ann Alie avec son nouveau conjoint Steve, ingénieur chez Boeing. Ils mènent une vie heureuse avec leurs deux chats et leurs deux chiens.

Toujours le vent dans les voiles

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Fini Surf City USA où elle vivait depuis plus de deux décennies. Bienvenue à Hood River au pied des Rocheuses américaines.

Caroll-Ann Alie a délaissé Huntington Beach, en Californie, pour une ferme de l’Oregon. Un des nombreux changements à survenir ces dernières années dans la vie de l’ancienne triple championne du monde de planche à voile.

En plus d’un déménagement, il y a eu un second mariage à un ingénieur de Boeing rencontré en ligne. Sa mère est décédée et son fils a obtenu son diplôme en sciences et ingénierie à l’université Stanford.

«J’ai tout vendu durant la COVID-19 pour venir vivre ici. Je suis entourée de poires et pompiers», raconte Alie, nouvelle sexagénaire depuis juillet.

«Je regarde par une fenêtre et je vois le mont Hood. Je regarde à travers l’autre fenêtre et je vois le mont Adams.»

Ça lui rappelle un peu son patelin dans la Haute-Gatineau. Native de Gracefield, Alie skiait de façon compétitive au mont Sainte-Marie avant de se tourner vers la voile.

«Je peux faire de longues marches ici... Des milles et des milles. C’est joli. Tu es dans la nature. Il y a un bon équilibre.

«Puis le rythme de vie est plus lent. Quand tu arrives à une intersection en voiture, les gens insistent pour te laisser passer!»

Surtout sa nouvelle région d’adoption lui rappelle sa mère Jeanne d’Arc Monette Alie, une passionnée de la nature décédée il y a deux ans.

C’était son genre d’endroit, avoue Caroll-Ann Alie qui s’ennuie de sa maman.

L'ancienne triple championne du monde Caroll-Ann Alie pratique encore son sport favori en plus de conseiller la relève canadienne et américaine.

«À dix minutes d’ici, il y a une rivière, The Gorge, qui est une des mecques de la voile. Il vente tout le temps.»

Car oui, Alie est demeurée très active. Les photos ne mentent pas. Elle possède encore une forme physique d’athlète, elle qui a participé trois fois aux Jeux olympiques à Barcelone (1992), Atlanta (1996) et Sydney (2000).

À preuve, elle avait même tenté de se qualifier en vue du rendez-vous de 2008 à Pékin à l’âge de 48 ans.

Nutritionniste de carrière, elle demeure impliquée dans la voile durant ses temps livres. On sollicite son expertise.

Tiens en janvier dernier, Voile Canada l’a recrutée. «Pour aider les filles dans leur sélection pour les Jeux olympiques à Tokyo. Je me suis retrouvée à la Coupe du monde comme entraîneuse», relate Alie.

La fédération américaine l’a ensuite approchée à son tour.

«J’aime redonner à mon sport», répétera Caroll-Ann Alie durant l’entretien d’une trentaine de minutes.

Elle rappelle que les Jeux olympiques de 2028 se dérouleront à Los Angeles. Que les États-Unis voudront faire belle figure chez eux dans toutes les disciplines.

«Les Américains mettent beaucoup d’argent dans leurs athlètes. Ils ont décidé de les garder ici, de tout faire ici au lieu de les envoyer s’entraîner en Europe.» Ça risque de la garder très occupée.

Puis il y a fiston Jacob, qui a 22 ans. Il suit les traces de maman et de son père Steve, qui était entraîneur de voile pendant de nombreuses années.

L’enfant unique de l’ancien couple a été le capitaine de l’équipe de voile de l’université Stanford la saison dernière.

Jacob Rosenberg a notamment participé aux championnats du monde de la jeunesse lors des deux dernières années, gagnant la médaille d’argent avec ses coéquipiers plus tôt en 2020. C’était le meilleur résultat d’une équipe américaine dans l’histoire du Harken Youth Match Racing World Championships.

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DIRECTEMENT D'UNE CABINE TÉLÉPHONIQUE

Caroll-Ann Alie aurait pu raconter la fois où elle a été intronisée au Temple de la renommée olympique du Canada ou du Panthéon des sports du Québec.

Le souvenir qu’elle voulait partager, qui occupe encore une place importante dans son coeur et sa tête, s’avère plutôt un appel. «À partir d’une cabine téléphonique à l’autre bout de l’Australie», relate-t-elle.

Alie venait de remporter le premier de ses titres mondiaux en 1984. «J’avais décidé d’appeler ma mère pour lui dire que je venais de gagner. Elle m’avait demandé: es-tu sûre? Je lui avais répondu: oui maman, j’ai la médaille d’or autour du cou.»

Alie avait joué de malchance à quelques reprises lors de compétitions précédentes. «Il y avait eu notamment des protêts», cite-t-elle en exemple.

«Ma mère était tannée d’entendre parler de tout ça. Je suivais toujours les règlements.»

C’était important aussi pour Alie de partager ce moment avec elle, même via une ligne téléphonique de plus ou moins bonne qualité.

«J’étais son bébé qui voyageait seule partout dans le monde. Maintenant que je suis maman, je comprends ce qu’elle ressentait.»