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Michel Raby a dû changer de sport quand il a déménagé dans une ville où le football était plus populaire que le hockey. Aujourd’hui, il pêche la truite à Notre-Dame-de-la-Salette.
Michel Raby a dû changer de sport quand il a déménagé dans une ville où le football était plus populaire que le hockey. Aujourd’hui, il pêche la truite à Notre-Dame-de-la-Salette.

Pêcher au lieu de plaquer

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
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QUE SONT-ILS DEVENUS / Chasse et pêche de même que pilules et cercueils ont meublé le quotidien de cet ancien plaqueur des Rough Riders d’Ottawa depuis sa retraite du football au milieu des années 1990.

Détenteur d’un baccalauréat en biologie, Michel Raby a notamment été représentant aux ventes dans le domaine pharmaceutique pendant une quinzaine d’années dans la région, travaillant notamment chez Pfizer. Puis il a décidé de « d’essayer quelque chose de nouveau », se joignant à la compagnie Victoriaville & CO.

« J’ai vendu leurs cercueils pendant huit ans, précise Raby au bout du fil. J’avais un grand territoire à couvrir. Tout le Québec et même en Ontario jusqu’à Wawa. J’étais toujours sur la route à rencontrer des propriétaires de salon funéraire. »

Ça lui avait valu des taquineries de son père qui était médecin.

« Il me disait : moi, j’essaie de guérir les gens et toi, tu les enterres », lance Raby en riant.

Maintenant âgé de 52 ans, le père de famille se trouve en transition sur le marché du travail. Il en profite pour savourer les beautés de son lopin de terre situé en bordure d’un lac ensemencé de truites à Notre-Dame-de-la-Salette.

« J’ai quitté Gatineau il y a quelques années pour habiter en campagne. J’adore ça. Je peux mettre un habit pour aller travailler en ville puis revenir à la maison. Je peux chasser ici. Je peux pêcher aussi. »

Raby n’a rien perdu de sa carrure de joueur de football. Un gabarit qui lui avait valu le surnom du « French Lumberjack » durant son séjour à Ottawa de 1991 à 1994.

Michel Raby

« J’étais le plus court joueur de ligne défensive, mais j’étais le plus pesant », se rappelle le plaqueur qui faisait 6’1’’ et 260 livres.

« J’aimais ça. Mon grand-père avait été bûcheron à l’époque. C’est Dave Ritchie, le coordonnateur défensif, qui m’avait appelé comme ça. C’était un bon coach. Il me faisait rire. Et il me parlait parfois en français. »

Raby était aussi le seul francophone avec le garde Michel Lamy lors de ses deux premières saisons chez les Rough Riders, les ancêtres du Rouge et Noir. Il a mis le cap vers la Colombie-Britannique en 1995, renouant avec Ritchie chez les Lions. Sa dernière année dans la Ligue canadienne de football (LCF) a été partagée entre les Roughriders de la Saskatchewan et les Alouettes de Montréal.

« Je me souviens d’avoir passé du temps avec Youppi dans le stade Olympique puisque nos matches se déroulaient là-bas et les Expos étaient encore à Montréal », confie-t-il en riant de nouveau.

Cette carrière d’une quarantaine de parties au football professionnel aura été le fruit d’un déménagement à l’adolescence. Son père avait décidé de pratiquer la médecine aux États-Unis.

« On s’est retrouvé à Fort Smith, en Arkansas ! J’avais 15 ans. Avant d’arriver là-bas, j’étais alors un défenseur au hockey au Québec. J’étais rendu dans les rangs midget AA. »

Le hic, son sport favori n’était pas pratiqué dans sa nouvelle ville d’adoption dans le Sud américain. « J’ai donc essayé le football. J’ai tout de suite percé à l’école secondaire », souligne Michel Raby, qui a été recruté par les Razorbacks de l’Université de l’Arkansas.

Une équipe de première division dans la NCAA pour laquelle il a joué quelques saisons avant de revenir en Outaouais pour une dernière année de football universitaire chez les Gee Gees d’Ottawa.

Une saison qui lui a permis de tomber dans l’œil des Rough Riders, un club qui en arrachait autant sur le terrain qu’aux guichets. Des chèques de paie remis aux joueurs avaient même rebondi à l’époque.

« J’ai passé quatre ans à Ottawa et nous avons eu quatre entraîneurs en chef différents ! Même si l’équipe ne gagnait pas souvent, nous misions sur la meilleure défensive lors d’une de ces saisons avec notamment les Angelo Snipes, Glenn Kulka et John Kropke. »

Michel Raby avait réussi notamment deux sacs en 14 matches durant cette fameuse saison en 1992.

+

QUAND ÇA BRASSAIT À LA CAFÉTARIA

Les camps d’entraînement des Rough Riders tenus à l’époque en milieu rural, à Kemptville, ont offert leur lot de moments mémorables à Michel Raby.

« C’était l’enfer, ces camps. Il y a des gars qui trouvaient ça tellement dur qu’ils se sauvaient carrément en plein milieu de la nuit, relate-t-il en riant. On ne les revoyait plus ! »

Il y a aussi ces matinées à la cafétéria du collège agricole à prendre le déjeuner avant la première séance d’entraînement. Une journée, une altercation est survenue.

Un ancien joueur des Jets de New York dans la NFL, qui avait été recruté par les Rough Riders, avait tenté d’intimider Raby en file.

« Il était à côté de moi et il avait décidé de piger de la nourriture carrément dans mon plateau. J’ai décidé de lui laisser mon plateau. Je suis allé à la fin de la file. J’ai pris trois plateaux pour ensuite assommer le gars avec ça. Je lui ai dit de ne plus toucher à mon manger. Le lendemain, il ne pouvait même pas mettre son casque tellement il avait une grosse bosse sur la tête. »

Raby voulait passer aussi un message au reste de l’équipe. Le joueur de ligne défensive « ne se laisserait pas niaiser ».

« Ton seul confort au camp où tout le monde essaie de survire, c’est ta nourriture ! Là, tu as un joueur qui essaie de t’intimider. J’avais été respecté après avoir posé ce geste. Même que le lendemain, quelqu’un avait lancé bien fort : Michel est ici, ne touchez pas à son repas. »