Maintenant âgé de 53 ans, Martin Pelletier s’amuse et excelle autant avec une balle et une raquette de tennis de table.
Maintenant âgé de 53 ans, Martin Pelletier s’amuse et excelle autant avec une balle et une raquette de tennis de table.

Martin Pelletier surprend encore

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS / Perdre un bras dans un accident de motocyclette ne l’a pas empêché de fonder une famille et connaître une des plus brillantes carrières paralympiques en Outaouais.

Martin Pelletier a participé à cinq reprises aux Jeux parapanaméricains en tennis de table, gagnant deux fois le bronze. À cela s’ajoute une présence aux Jeux paralympiques, il y a 20 ans, à Sydney, en Australie.

Sans oublier que l’athlète gatinois était devenu en 2001 le premier pongiste canadien à remporter les championnats parapanaméricains.

Ces jours-ci, la cinquantaine ne l’empêche pas de rêver à un autre titre national lorsque la scène sportive reprendra vie.

« Je suis encore très actif. Je m’étais entraîné beaucoup avant le confinement en vue des championnats canadiens. J’avais espoir de gagner et retrouver ma place au sein de l’équipe canadienne. »


« Je suis peut-être plus vieux que les autres joueurs, mais je suis encore capable. »
Martin Pelletier

Tout ça à l’âge de 53 ans pour ce sportif né avant que l’homme marche sur la Lune.

« Je suis peut-être plus vieux que les autres joueurs, mais je suis encore capable. Je suis surprenant. »

Pelletier profitait d’une pause à son travail de gérant de cour chez Signebec — une compagnie spécialisée dans la signalisation routière — pour jaser avec son ami journaliste. « Ça fait deux ans que je suis ici. J’aime ça », dit-il.

Auparavant, on le retrouvait chez Pro-Ligne en tant que contremaître puis directeur adjoint chez Pavage Inter-Cité. Il a été question du boulot, mais aussi ses deux enfants qu’on a déjà croisés aux Jeux du Québec en 2009. Ils participaient alors au tournoi de tennis de table.

Le plus jeune Cédrik-Alex a maintenant 20 ans. Sa sœur Jahelle, elle, a fêté ses 23 ans.

« Elle étudie en massothérapie équine. C’est le métier qu’elle rêve de faire », souligne le fier papa en parlant de sa fille en pleine santé.

La jeune Pelletier avait goûté aux Jeux du Québec à l’époque, trois semaines seulement après sa sortie de l’hôpital. Elle avait vaincu la bactérie mangeuse de chair, qui s’était attaquée à sa jambe droite.

Sa détermination rappelait celle de son papa qui a commencé à jouer au tennis de table deux ans après avoir perdu un bras à l’été 1992. Droitier, il avait dû réapprendre à tout faire, mais avec le bras gauche.

Aussi gardien de but

Ça ne l’a pas empêché de devenir éventuellement un des meilleurs pongistes au monde. Ça ne l’a pas arrêté de découvrir d’autres passions sportives. Il jouait encore au hockey dans quelques ligues de garage avant le confinement.

« En tant que gardien. Je n’ai pas de bâton, juste la mitaine. »

Martin Pelletier s’amuse à frustrer les joueurs qui l’affrontent pour la première fois. « Dès le début du match, je vais entendre parfois des gars qui vont passer des remarques à mon sujet... genre que “ça sera facile, le goaler est handicapé”. Je me nourris de ça ! », confie-t-il.

Et comment réagirait-il si on lui offrait une machine à remonter dans le temps ? Tiens la DeLorean de la trilogie Retour vers le futur.

Le pongiste Martin Pelletier à l'entraînement, en 2004

Est-ce qu’il opterait pour cette soirée de juillet 1992 afin de prévenir l’accident qui lui a coûté un bras à l’angle du boulevard Saint-Raymond et de la rue Richer ?

« Je ne sais vraiment pas, dit-il, un brin embêté. D’un côté, cet accident a fait de moi une nouvelle personne. J’ai participé à plusieurs championnats du monde, aux Jeux paralympiques et de nombreuses compétitions. Des médailles, j’en ai. Mais en même temps, si tu me redonnes mon bras, j’aurais eu probablement plusieurs possibilités dans le monde des affaires. Ma vie aurait été différente... Ça demanderait toute une réflexion. »

+

FRISSONNER EN AUSTRALIE

Il n’a pas gagné de médaille lors de son unique passage aux Jeux paralympiques, mais Martin Pelletier a vécu tout de même les moments les plus émotifs de sa carrière, en 2000, en Australie.

« Je ne peux pas t’expliquer à quel point j’ai pu me sentir en me présentant dans le stade lors de la cérémonie d’ouverture, que tu entends l’annonceur dire : voici Équipe Canada. Nous étions acclamés. Nous avions reçu une ovation des 80 000 personnes sur place, relate le pongiste.

«J’avais des frissons. J’en ai encore en parlant de ça. Tu vois à quel point le Canada est vénéré à travers le monde. C’est la même chose quand tu vas ailleurs pour des championnats du monde, par exemple à Taipei.»

Pelletier se souvient aussi de la couverture médiatique qui lui avait été réservée en Outaouais avant les Jeux. «C’était hallucinant», dit-il.

«Et quand tu reviens au pays, tu as 200 personnes qui t’attendent à l’aéroport. Mais peu de temps par la suite, tu redeviens un nobody. C’est la seule chose que je déplore. Tu ne retrouves plus rien de sport olympique ou paralympique dans les bulletins de nouvelles à la télé.»