Double olympienne et six fois championne canadienne en marche, Tina Poitras brille comme entrepreneure depuis deux décennies.
Double olympienne et six fois championne canadienne en marche, Tina Poitras brille comme entrepreneure depuis deux décennies.

Marche, Jeux et... Bill Gates

CHRONIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Sa dernière course remonte à 1999, mais l’ancienne marcheuse olympique Tina Poitras n’a jamais vraiment ralenti la cadence.

Seul son terrain de jeu a changé. La femme de 49 ans brille dorénavant dans le milieu des affaires.

La sextuple championne canadienne est devenue entrepreneure, coach et conférencière. Sa première entreprise qui était spécialisée dans la distribution d’images au Canada, Magma Photos, a été vendue en 2004 à une société détenue par... Bill Gates.

Six ans plus tard, Poitras a fondé Namasté leadership. Ses clients se trouvent à la tête de diverses compagnies en Amérique du Nord et en Europe. «Je suis débordée ces jours-ci», avoue-t-elle.

Poitras les aide à gérer leurs émotions, surtout en temps de crise. «De passer à un mode créatif et non un mode réactif», précise l’ancienne athlète gatinoise, qui habite à Saint-Bruno avec ses deux filles âgées de 10 et 19 ans.

Selon le site web de son entreprise, Tina Poitras a formé plus de 1500 dirigeants et professionnels lors des cinq premières années de Namasté Leadership.

D’autres chiffres retiennent aussi l’attention. Ils touchent sa carrière sportive qui lui avait valu d’être intronisé au Temple de la renommée du Mérite hullois en 2001.

Il y a ces 30 000 heures d’entraînement. Ou les 43 000 kilomètres parcours ou les 144 paires d’espadrilles de course.

«J’ai pu visiter 47 pays... 197 villes. Je passais huit mois dans mes valises», note Poitras, qui a été membre de l’équipe canadienne d’athlétisme pendant 12 ans.

Son nom se retrouve encore à deux endroits dans le livre des records de la Fédération québécoise d’athlétisme, dont elle s’avère en ce moment la vice-présidente.


« J’ai pu visiter 47 pays... 197 villes. Je passais huit mois dans mes valises »
Tina Poitras

Le produit du défunt club Stade hullois Olympique se rappelle de ce record québécois de 44:31,7 au 10 km réussi le 3 mai 1997 à Bergen, en Norvège. «J’étais passée à deux centièmes de seconde de battre le record canadien», souligne-t-elle.

Deux semaines auparavant, Poitras avait connu une défaillance à Eisenhuttenstadt, en Allemagne. Meneuse, elle s’était fait doubler en fin de course par une adversaire. «Je pleurais sur le bord de la piste. C’était la déception. Ça m’avait coûté cher pour m’entraîner et me rendre là-bas. J’avais un petit budget, explique-t-elle.

«Ma mère était seule à nous élever. Je devais gratter pour aller chercher chaque sou.»

D’un ton calme, son coach Serge Labelle lui avait alors rappelé d’analyser froidement la situation et d’apprendre de ses erreurs. Une leçon qui lui sert aujourd’hui en entrepreneuriat.

«J’ai retenu qu’il y a toujours un cadeau emballé dans un échec. Qu’il y a toujours une victoire qu’on peut trouver. L’échec est le plus grand tremplin vers la prochaine victoire.»

Sa carrière d’athlète l’a préparé aussi d’une autre façon à la réalité des affaires.

«J’allais chercher moi-même des commanditaires à l’époque. C’était en quelque sorte ma première business. J’ai appris comment m’autofinancer, comment être la meilleure version de moi, fait-elle remarquer.

«Quand je suis devenue entrepreneure, j’ai appris sur le tas, comme un chat de gouttière. Les autres avaient des maîtrises. Moi j’étais une décrocheuse de l’université qui avait étudié en physiologie.»

Poitras continue à s’entraîner trois fois par semaine pour demeurer en bonne forme physique. Elle se permet même parfois d’enfiler les espadrilles pour courir.

Mais la compétition ne lui manque nullement.

«Pantoute ! Je m’étais tellement poussée en a vomir à l’époque.»

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UN BÉBÉ, LA PLUS BELLE DES MÉDAILLES

Les anecdotes s’avèrent nombreuses. Lesquelles raconter ?

La fois que Tina Poitras, à l’âge de six ans, a vu à la télé la perfection de Nadia Comaneci aux Jeux olympiques de 1976 ? Qu’elle avait exprimé à sa mère son désir d’être athlète «moé aussi», de participer à cet événement.

«Ma mère avait déposé le panier de linge qu’elle tenait et m’avait dit qu’elle a la conviction que je pourrai y aller si je m’entraîne fort. C’est resté en moi, même encore aujourd’hui en business.» 

Poitras a terminé 21e aux Jeux en 1992 à Barcelone. Des crampes à l’estomac l’ont embêté quatre ans plus tard à Atlanta où la marcheuse a pris le 25e rang.

Ce que les gens oublient ? Elle aurait pu être de l’aventure à Sydney, en 2000. Athlétisme Canada l’avait présélectionnée un an plus tôt pour une troisième participation olympique.

«Mais j’ai fini par écouter ces Jeux à la télé avec la plus belle des médailles, mon bébé», relate Poitras en parlant de sa fille Janie qui avait alors seulement trois mois.

«Je n’avais aucun regret. Le bonheur émanait de chaque pore de ma peau quand je la regardais. Elle était tellement belle. J’avais tellement de gratitude.»