Chanelle Charron-Watson occupe maintenant un poste de conseillère juridique principale chez Bombardier.
Chanelle Charron-Watson occupe maintenant un poste de conseillère juridique principale chez Bombardier.

Les choix de Chanelle

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / La toge d’avocate a remplacé les maillots de nageuse dans son garde-robe. Les médailles ont laissé place à un conjoint et deux enfants.

Kate a vu le jour, il y a 15 mois. «Elle fait ses nuits», se réjouit Chanelle Charron-Watson au bout du fil pendant que sa fille se tape une sieste.

«Mais tu ne veux pas la réveiller», prévient en riant l’ancienne championne canadienne originaire de Gatineau.

Quant à James, il a cinq ans. La maternelle l’attend en septembre.

La famille habite à Laval. Sans surprise, une piscine se retrouve dans la cour arrière.

Maintenant âgée de 36 ans, Charron-Watson occupe un poste de conseillère juridique principale chez Bombardier après des séjours en cabinets privés chez Woods LLP de même que Heenan Blaikie en tant qu’avocate.

La mère de famille pratique le droit depuis maintenant 10 ans. Elle était devenue avocate en 2010 à Québec, une quinzaine de mois après avoir disputé sa dernière compétition à l’âge de 24 ans.

«J’avais commencé à avoir des blessures aux épaules. Ça coïncidait avec la course aux stages en droit. Tout le monde dans le milieu sait à quel point c’est un élément important. Tu effectues la visite des grands cabinets. J’ai fait le choix d’arrêter de nager.»


« [...] Le sport, c’est l’école de la vie. Tu apprends à pousser dans l’adversité et la douleur. À travailler ta force mentale et ta résilience. [...] Ça m’a transformé à jamais la natation. »
Chanelle Charron-Watson

Même si elle était parmi les plus rapides au pays. Même si Natation Canada l’avait dans sa mire en vue du cycle olympique menant aux Jeux de 2012 à Londres.

«Tu te poses la question. Est-ce que tu veux vraiment t’embarquer dans un cycle de quatre ans ? Tu penses aux sacrifices que ça demande. Tu veux une famille. Mais avant, tu veux commencer une carrière. Dans la vie, tu essaies de prendre le chemin qui va te rendre heureuse.»

Ça, et sa mésaventure aux essais olympiques de 2008 avaient laissé des traces. Étudiante-athlète à l’époque à l’université Laval, elle avait raté sa qualification pour les Jeux présentés quelques mois plus tard à Pékin.

«Ma plus grande déception», confie Charron-Watson, qui était une des favorites après avoir remporté son lot de médailles sur la scène nationale et internationale en style livre.

«Je suis capable d’en parler aujourd’hui, mais ça m’a pris des années à m’en remettre.»

Un surentraînement l’a rendu malade peu de temps avant les essais. Elle avait perdu 10 livres de muscles.

«Je me suis présentée aux essais dans le déni. J’essayais de me convaincre que je serais capable d’y arriver. Mais je n’étais pas capable de terminer mes courses, relate-t-elle.

«Ce fut la conséquence d’une suite de choix de mon entraîneur et moi. Mais ultimement, c’est moi qui dois vivre avec ça.»

Reste que Charron-Watson conserve un beau souvenir de sa carrière de nageuse. «C’est cliché, mais le sport, c’est l’école de la vie, rappelle-t-elle.

«Tu apprends à pousser dans l’adversité et la douleur. À travailler ta force mentale et ta résilience. Ce sont toutes des choses que tu transposes dans la vie professionnelle et familiale par la suite. Ça m’a transformé à jamais la natation.»

Des leçons qui lui servent quand vient le temps de gérer des litiges et réclamations dans son rôle de conseillère juridique chez Bombardier.

«J’ai adoré la pratique du droit dès le départ. Je l’aime tout autant, dix ans plus tard. Il y a des défis constants. Tu apprends à vivre avec toutes sortes d’émotions. Il y a des hauts et des bas, des échecs et des réussites. Ça correspond à ma personnalité.»

Ce choix de carrière a un peu de maman Lucie et papa Steve derrière ça.

Initialement, Chanelle Charron-Watson songeait à devenir biochimiste après des études en sciences pures au cégep. «Je suis choyée. Mes parents m’ont fait rencontrer une conseillère en orientation qui avait un bac en psychologie. Elle a regardé avec moi mes forces et mes faiblesses. Mes idées. Mes aspirations. Elle a analysé et m’a orienté vers le droit. Ce qui a été un coup de foudre pour moi. Ça m’a aidé à me forger une nouvelle identité après la natation, à faire une belle transition. Ça vaut son pesant d’or.»

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DES MÉDAILLES ET UNE ERREUR COCASSE

Il y a eu les médailles en Coupe du monde à Berlin, puis Stockholm en 2007. À cela s’ajoutent trois visites sur le podium aux Jeux panaméricains à Rio durant la même année.

C’est sans oublier ce triplé en or aux championnats canadiens l’été précédent. Chanelle Charron-Watson avait notamment gagné le 200 m libre, devenant seulement à l’époque la quatrième nageuse de l’histoire du pays à franchir la distance sous la barre des deux minutes.

«Le fait saillant de ma carrière», note-t-elle.

Un autre moment de sa carrière dans l’eau lui demeure frais en mémoire. Celui-là un peu plus cocasse. Ça se passait aux championnats nationaux juniors en petit bassin.

«Quand j’avais 14 ans. Je m’étais trompée de nombre de longueurs au 400 m libre, relate-t-elle.

«Je devais en faire 16, mais j’ai touché le mur après 14 en pensant que j’avais terminé première. Quand j’ai vu la fille qui était deuxième faire son virage, j’ai réalisé ce qui venait de se passer ! Je suis repartie et j’ai poussé sur le mur. Heureusement, j’ai réussi à la rattraper.»