Robert Loyer enseigne les arts martiaux dans un village cri, près de la Baie-James.
Robert Loyer enseigne les arts martiaux dans un village cri, près de la Baie-James.

Former des combattants cris

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
QUE SONT-ILS DEVENUS? / Ces jours-ci, Robert Loyer se trouve à plus de neuf heures de route au nord de son patelin de Gatineau. Cet ancien numéro un mondial de karaté enseigne les arts martiaux dans un village cri, près de la Baie-James.

Oujé-Bougoumou compte plus de 700 habitants. Une partie de la population est passée par le dojo pour suivre les leçons offertes depuis maintenant cinq ans par le sexagénaire de l’Outaouais.

«Je passe six mois par année ici. Au début, on faisait juste du karaté. Maintenant, il y a de la boxe et du kickboxing. Au début, il fallait que je gagne la confiance des gens, puis le respect. On m’accepte maintenant très bien. Je fais partie de la communauté.»

Une communauté qui a permis à l’ancien octuple champion des Jeux du Québec de renouer avec le coaching. Ce dernier avait dû fermer son école de karaté en Outaouais en 2001 après avoir été victime d’un grave accident de la route sur la rue Saint-Louis.

«Le moment où j’ai vraiment frappé le fond du baril», précise-t-il.

Sa moelle épinière avait été atteinte. «Je ne devais plus marcher. J’ai été en thérapie pendant trois ans. Quand je suis devenu mieux, je suis tombé dans la drogue... moi qui n’avais jamais touché à ça auparavant», explique le père de famille qui a fêté ses 60 ans en septembre.

«J’ai été dépressif. J’ai même essayé de me suicider. Finalement, je me suis pris en main quand j’ai rencontré ma blonde. Ça fait 13 ans maintenant que je suis sobre. J’ai lâché les pilules, même si je dois apprendre à vivre avec la douleur. J’ai découvert que l’entraînement soulageait un peu tout ça. Donc ça m’arrive parfois de me réveiller durant la nuit et faire des push-up parce que j’ai mal!»

À ses yeux, cette épreuve lui permet de bien composer avec la réalité de son nouveau chez lui.

«Il y a des suicides et des gens sur la drogue ici. Je suis là pour les aider à s’en sortir. J’ai passé à travers bien des choses dans ma vie.»

Il y a eu cette agression sexuelle aux mains d’un pédophile à l’âge de six ans. Ce qui l’avait amené à suivre ses premiers cours de karaté par la suite.

«Ça me permettait d’oublier mon passé», dit-il.

Sa carrière sportive allait prendre rapidement son envol. D’abord en karaté sous la direction de Harry Villeneuve puis de Fern Cléroux. En 1981, ce fut le saut en boxe, rejoignant les rangs du club de Hull dirigé par Rodolphe Huneault, qui produisait son lot de redoutables pugilistes.

Loyer a gagné les Gants d’argent et les Gants dorés chez les 132 livres sur la scène nationale. Il a même participé à une tournée en France.

«Yvon Michel était alors le directeur technique de la fédération québécoise. Nous avions tout raflé là-bas.»

Il y a eu aussi du kickboxing et un retour fructueux au karaté dans les années 1980. Puis la décennie suivante, Loyer a tenté l’aventure en arts martiaux mixtes.

«J’ai été le premier Canadien à aller aux États-Unis pour des combats «underground» dans une cage. C’était avant l’arrivée de l’UFC.»

Durant ses années de gloire, Robert Loyer était un peu partout dans les médias. Divers honneurs lui ont aussi été décernés.

Le Temple de la renommée des ceintures noires canadiennes l’a accueilli dans ses rangs en 2014. «Les arts martiaux ont sauvé ma vie plus d’une fois», avoue-t-il.

Sa carrière de combattant derrière lui, Loyer campe non seulement le rôle d’entraîneur, mais aussi de spectateur. Il surveille les carrières de divers athlètes locaux chez les pros tels que Dave Leduc et Marc-André Barriault.

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Bruce Lee, Chuck Norris et... Mr. T

Trois rencontres avec des personnages bien connus dans trois décennies différentes ont marqué la carrière de Robert Loyer.

À l’âge de neuf ans, le karatéka se battait dans un tournoi à New York. Quand il s’est pointé sur la scène pour recevoir sa récompense après sa victoire, une surprise l’attendait. «C’était Bruce Lee qui m’a remis le trophée», se souvient-il.

Son seul regret?

«J’étais gêné. Je n’ai pas voulu me faire prendre en photo. Si c’était à refaire... Il y a tellement de gens qui me demandent de voir une photo de ça.»

Puis en 1976 lors d’un voyage à Paris pour le karaté, Loyer participera à une séance d’entraînement avec Chuck Norris. «J’ai encore la vidéo de moi qui prend le souper avec lui», dit-il fièrement.

Durant les années 1990, son parcours l’a amené dans un combat d’arts martiaux mixtes dans un hangar militaire en Caroline du Nord. Il a passé quelques minutes en compagnie de l’homme qui avait personnifié Bosco Baracus dans The A-Team au petit écran et Clubber Lang au grand écran dans Rocky III.

«Mr. T m’a interviewé durant ce gala», raconte fièrement Loyer.