L’ancienne championne québécoise de cyclisme sur route, Julie Hutsebaut, savoure son rôle de maman dans l’Est ontarien. Ses enfants baignent dans le sport, dont le cyclisme. ­ ­
L’ancienne championne québécoise de cyclisme sur route, Julie Hutsebaut, savoure son rôle de maman dans l’Est ontarien. Ses enfants baignent dans le sport, dont le cyclisme. ­ ­

Devenir une maman de sport

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Ça fera bientôt 15 ans que cette championne québécoise de cyclisme sur route a pris le départ d’une course sur route.

Ça se passait aux États-Unis à la fin de l’été 2005. Plus précisément au Vermont à l’occasion de la «Green Mountain Stage Race». Julie Hutsebaut s’en souvient encore très bien. Non pas en raison du résultat final. Mais plutôt ce qui l’attendait par la suite.

«Je me suis mariée deux semaines après ma dernière course», explique la femme âgée de 44 ans, sourire aux lèvres.

Une célébration qui s’était déroulée dans sa région d’adoption en Outaouais, elle qui est née à Montréal avant de déménager à Hull à la fin des années 1990.

«C’est ici que je suis devenue une cycliste, note Hutsebaut à ce sujet.

«Il y avait beaucoup d’émotions au mariage. Pas mal de gens de vélos étaient venus d’un peu partout. J’étais très touchée.»

Un chapitre prenait fin. Sa carrière sportive qui l’avait amené un peu partout dans le monde, dont deux saisons de compétition en Europe au sein d’une équipe suisse, Team Next 125. De l’autre côté, un nouveau chapitre s’ouvrait avec son conjoint Michael.

Le couple a trois enfants. Il y a le beau-fils Jonah, 20 ans, de même que Luke et Viviane, âgés respectivement de 12 et 13 ans.

Tout ce monde a élu domicile en campagne de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Cumberland.

«Je porte maintenant le chapeau de maman de sport. Le chapeau de chauffeur de taxi, lance-t-elle en riant. On se lève très tôt puis on va chercher les enfants plus tard.»

Le plus jeune pratique la gymnastique. Il s’intéresse maintenant un peu plus au cyclisme.

Julie Hutsebaut

«C’est justement sa première pratique avec le club d’Ottawa tantôt. Il avait commencé à regarder le Tour de France et faire des trucs dans mon dos! Il a la génétique facile.»

Hutsebaut représente la quatrième génération de cyclistes de sa famille d’origines françaises. Son père Pierre a notamment dirigé l’équipe canadienne de cyclisme à quatre reprises aux Jeux olympiques.

«Je me rends aussi à Wakefield avec ma fille pour faire des côtes... rouler pour 40 km. Je commence maintenant à essayer de les suivre!»

Jadis membre de l’équipe du Canada, Hutsebaut a gagné un titre provincial senior en 2004. L’année suivante, elle a remporté le Grand Prix de Laprairie et la Classique Pharmaprix.

«Après avoir été en Europe, je suis revenue ici pour mes deux dernières années parce que j’avais rencontré celui qui est maintenant mon mari.»

Julie Hutsebaut est demeurée impliquée dans le sport élite dans les premières années qui ont suivi sa retraite. Que ce soit comme entraîneur ou coordonnatrice auprès des athlètes.

On l’a vu à Natation Canada et Cyclisme Canada avant un passage au Comité paralympique canadien où elle a pu vivre les Jeux de 2012 à Londres.

Puis la vie lui a servi une jambette. Ou l’équivalent d’un nid de poule pour une cycliste.

Un banal accident dans son quotidien de mère de famille lui a valu une commotion cérébrale. «À l’époque où les recherches ne faisaient que commencer à ce sujet en 2013. C’était typique du petit impact qui a eu de grosses répercussions, souligne-t-elle.

«Je m’étais juste cogné la tête. J’ai dû faire quatre ans de réadaptation. J’avais beaucoup de fatigue et des problèmes de concentration. J’ai dû suivre un programme d’orthophonie. J’avais des difficultés avec mon langage et mon équilibre. J’ai été en arrêt longtemps.»

Hutsebaut est convaincue que sa mentalité d’athlète lui a permis de remporter sa plus importante bataille de sa vie. «Et la résilience», précise-t-elle.

Cette dernière a pu recommencer à pédaler depuis trois ans. Travailler aussi. Un retour sur les bancs d’école lui a permis d’obtenir un diplôme en services paralangagiers à La Cité en janvier puis un emploi en mars au sein d’une agence gouvernementale. «Juste avant la pandémie. Je me sens privilégiée», dit-elle.

«Je veux maintenant redonner aux gens qui ont eu des traumatismes crâniens mineurs qui vivent avec le syndrome post-commotionnel», ajoute la mère de famille.

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VACHES ET CHAMPS DE LAVANDE

Julie Hutsebaut a eu droit à une leçon de vie lors d’une course par étape sur un parcours vallonneux du Tour de la Drôme, en France, en 2002.

Une de ses coéquipières qui roulait avec elle dans un petit groupe était la championne canadienne Katy St-Laurent, qui possède maintenant sa propre ligne de vêtements, KSL. «Il y avait pas mal de côtes. Et ce n’est pas ma tasse de thé ça, rappelle Hutsebaut.

«Je passe finalement la ligne d’arrivée d’une étape très exigeante. La première chose que Katy me dit? Julie, as-tu vu les vaches et les champs de lavande? Tellement pas, que je lui ai répondu.

«Mais cette anecdote m’a fait rire par la suite. Elle est restée entre nous deux. C’est un rappel de savourer les beautés de la vie quand tu pratiques des activités cyclistes.»

Le décès d’un intervenant du cyclisme québécois survenu au début du mois de juillet est venu marteler cette leçon de vie. Reconnu pour son sens de l’humour contagieux et sa générosité, Gary Longhi avait participé à quatre reprises aux Jeux paralympiques, gagnant l’or en 1996 à Atlanta.

«J’ai eu la chance de le côtoyer. J’ai même échangé avec lui dans la semaine (avant sa mort). Je retiens de lui que c’est beau la vie, que tu peux faire ton travail avec le sourire.»