L’ancien boxeur Denis Sigouin savoure sa vie loin du ring à La Pêche où il a construit quelques maisons .
L’ancien boxeur Denis Sigouin savoure sa vie loin du ring à La Pêche où il a construit quelques maisons .

Denis Sigouin: une vie paisible loin du ring

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Une boîte débordant de vieilles cassettes de ses 27 combats chez les pros se trouvait dans sa maison de campagne qui borde une montagne et un lac à La Pêche.

«En format Beta et VHS», précise avec un sourire Denis Sigouin, qui a marqué l’histoire de la boxe en Outaouais durant les années 1980.

Il y a ses affrontements avec les frères Hilton au Forum de Montréal. D’abord Dave puis Alex. Ses deux chocs avec Alain Bonnamie. Son face-à-face avec Fernard Marcotte ou ses 10 rounds contre Shawn O’Sullivan.

«Quand je regarde ça, je me suis retrouvé souvent dans la gueule du loup. J’ai souvent affronté des gars qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi. Des gars que je n’avais pas d’affaire à affronter dans un ring», lance Sigouin, 59 ans, qui a conservé une fiche de 14-13-0.

Mais jamais l’ancien poids moyen n’a perdu via knock-out.

«J’étais un dur. Je n’étais pas assommable. Et je réussissais à sortir une droite pour knocker un gars. J’avançais.... des fois trop vite.»

Un ami lui a offert de numériser les vidéos et les mettre en ligne ces derniers mois. Un beau cadeau pour les nostalgiques, mais aussi pour la nouvelle génération qui n’a pas connu le «boxeur aux poings d’acier» dont 13 des 14 victoires ont été obtenues par KO.

«Je vais bientôt avoir 60 ans, mais j’ai un corps de 70 ans. Je suis magané moé. Je n’ai pas juste ma main qui fait mal.»

Sigouin se met à rire à nouveau. La bonne nouvelle? Son sens de l’humour est demeuré intact.

Sa joie de vivre aussi, 28 ans après son dernier combat disputé en 1992 contre Alex Hilton. Il s’était incliné au huitième round après que son entraîneur Rodolphe Huneault eut concédé la victoire. Huit rounds à se battre avec une main droite qu’il s’était cassée à l’entraînement. Une main que les médecins ont dû reconstruire par la suite en utilisant un bout d’os de sa hanche.

«Je m’étais fait geler la main avant le combat, mais il y a eu du retard durant le gala. Par le temps que j’arrive dans le ring, ce n’était plus gelé. Quand j’ai garroché ma première droite, je savais que j’étais dans la marde!»

Ce fut peut-être la fin de sa carrière de 16 ans en tant que boxeur, mais aussi le début de plusieurs nouveaux chapitres de sa vie.

Il y a eu Denis Sigouin le maréchal-ferrant. Puis le travailleur de la construction. C’est sans compter l’homme d’affaires qui a lancé son entreprise de remorques à chevaux. «J’allais chercher des trailers jusque dans l’Arkansas avec mon pick-up», relate-t-il.

Sigouin s’est amusé ensuite à acheter des logis pour les rénover puis les louer. Aujourd’hui semi-retraité, il les possède toujours et s’occupe de leur entretien.

Le mot chanceux reviendra souvent en entrevue. Chanceux d’avoir son chum René, un ouvrier qui l’aidé à remettre à neuf «les taudis et vieux chalets que j’ai achetés».

Chanceux d’avoir deux garçons âgés dans la trentaine. Chanceux d’être grand-papa trois fois. Et surtout chanceux d’avoir rencontré sa Rachelle.

«Ça fait 22 ans que nous sommes ensemble. On s’est marié en 2016... Je voulais m’assurer d’avoir trouvé la bonne femme! C’est mon ange. Une femme responsable et travaillante qui a du coeur au ventre. Elle m’a aidé à élever les enfants.»

Sa conjointe l’a aidé aussi à construire sa plus récente maison près du lac Lascelles.

«Tu vois les 12 acres ici. Il n’y avait que des arbres auparavant. J’ai pris une pelle mécanique. À deux, nous avons tout sorti.»

Cet espace en campagne, où seuls les chants des oiseaux résonnent, s’avère son paradis. «Je peux aller pêcher ou faire du canot. C’est la liberté. J’espère mourir ici.»

Le boxeur hullois, Denis Sigouin (à gauche)

CHAMPION ET GOMME BALLOUNE

Un moment, Denis Sigouin parle de la fois où il s’est entraîné avec un ancien champion du monde. Plus tard, il est question d’un adversaire qui lui a soufflé une gomme baloune au visage.

«J’ai voyagé. J’ai rencontré beaucoup de boxeurs... beaucoup de personnages.»

Comme la fois où il a échangé des coups avec Thomas Hearns au milieu des années 1980 à Détroit. C’était en préparation pour son combat contre Dave Hilton. «J’avais de l’air d’une marionnette devant lui qui fait six pieds deux pouces», dit Sigouin du haut de ses cinq pieds et six pouces.

Deux ans auparavant, il a vécu une scène inusitée à Toronto. Au beau milieu du ring lorsque l’arbitre l’a réuni avec son adversaire John DeGazio pour un rappel des règles. «Il avait l’habitude d’arriver dans le ring en mangeant de la gomme, souffler une baloune et la faire éclater dans le visage de son adversaire. Je lui avais dit de ne pas faire ça. Il l’a quand même fait. Je lui ai sauté dessus tout de suite.»

Une fois le combat entamé, Sigouin s’est défoulé à nouveau. «J’étais tellement enragé que je l’ai fini dès le premier round», note-t-il.