La skieuse alpine Anne Heggtveit gagnait l’or olympique, il y a 60 ans, à Squaw Valley. Elle a fait ses classes dans le parc de la Gatineau
La skieuse alpine Anne Heggtveit gagnait l’or olympique, il y a 60 ans, à Squaw Valley. Elle a fait ses classes dans le parc de la Gatineau

Anne Heggtveit: 60 ans après l’or olympique

RUBRIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Une piste porte toujours son nom à Camp Fortune où Anne Heggtveit a été couronnée championne senior de la région en 1947 à l’âge de... sept ans.

La Coupe Anne Heggtveit est aussi remise à la fin de chaque saison à un jeune skieur en Outaouais. Un beau clin d’œil à l’ancienne athlète d’Ottawa qui était devenue la première skieuse alpine canadienne à gagner l’or aux Jeux olympiques en 1960. Un exploit qui lui a valu à son retour une parade dans les rues de la capitale nationale.

« Je me faisais toujours un devoir de me rendre à Camp Fortune jusqu’à tout récemment pour remettre ce trophée. Depuis trois ou quatre ans, je n’ai pas été en mesure. Voyager s’avère un peu plus difficile, mais je pense toujours aux bénévoles. Il y a toujours une personne du club qui prend le temps de m’appeler afin que je puisse offrir mes félicitations. »

Un geste qui émeut chaque fois Mme Heggtveit, qui a fêté ses 81 ans en janvier. Elle habite maintenant en Caroline du Nord. « Où il n’y a pas de neige », dit-elle.

S’ennuie-t-elle d’un beau tapis blanc ? « Je ne m’ennuie pas de pelleter », lance-t-elle du tac au tac.

Confinement oblige, ses sorties se limitent ces jours-ci à sa marche quotidienne et faire l’épicerie.

« Se lever très tôt le matin pour aller faire la file à l’épicerie. C’est surréel comme situation. »

La santé va bien, même si le poids des saisons de ski alpin a laissé des traces aux chevilles et aux genoux. Elle s’est acheté un rameur stationnaire.

« Puisque je ne peux pas aller au gym. J’essaie de m’habituer à ce rameur. Mais j’aime les défis. »

Née dans le secteur New Edinburgh, Anne Heggtveit a toujours su repousser ses limites. Un peu comme son père, un ancien skieur de fond olympique.


« Lors de mes premières courses internationales, je n’avais qu’une paire de skis. Je m’en servais autant pour le slalom, le slalom géant que la descente. »
Anne Heggtveit

Sa famille l’a initiée aux épreuves alpines dès l’âge de deux ans. D’abord dans la cour arrière. Puis il y a eu des pentes dans le parc de la Gatineau, dont à Camp Fortune.

« Il fallait stationner la voiture près de l’aire Dunlop et nous devions skier jusqu’au chalet principal pour déposer notre sac et notre lunch. [...] Je me souviens encore de ma première course à l’âge de six ans sur l’ancienne piste Côte du Nord. La largeur devait être six pieds. C’était épeurant descendre là-dessus. Les branches étaient proches. »

À 15 ans, Anne Heggtveit est devenue la plus jeune gagnante du slalom géant de Holmenkollen, en Norvège. Deux hivers plus tard en 1956, ce fut le baptême olympique à Cortina d’Ampezzo où sa coéquipière québécoise Lucile Wheeler avait gagné le bronze.

Surtout, il y a la date du 26 février 1960 à Squaw Valley, en Californie. Le jour de sa victoire éclatante en slalom aux Jeux. Sa plus proche rivale avait terminé avec un retard de 3,3 secondes.

« Ça reste le plus grand écart de temps. Je me souviens d’avoir vu à un certain moment un Américain passer près de cette marque. » Signe des temps, la gagnante ne portait pas de casque en piste. Et ce n’est pas l’hymne canadien qui avait été joué ni le drapeau canadien qui flottait, pour souligner sa médaille d’or. C’était plutôt le God Save the Queen.

« Lors de mes premières courses internationales, je n’avais qu’une paire de skis. Je m’en servais autant pour le slalom, le slalom géant que la descente. J’avais connu une bonne saison. L’hiver suivant, le manufacturier Kessler m’avait fourni trois paires ! Rien qui se compare aux navettes pleines de skis auxquelles les athlètes ont dorénavant accès, avoue Mme Heggtveit.

Le sport a beaucoup changé. L’équipement a changé... En fait, beaucoup de choses ont changé ! »

Comme faire la ligne tôt le matin pour son épicerie. Même à 81 ans.

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FINIR LA DESCENTE SUR UNE JAMBE

Un coup de pelle à une jambe a bien failli lui coûter sa conquête historique aux Jeux olympiques, il y a 60 ans.

Anne Heggtveit se trouvait en Suisse en vue d’une course, quelques semaines avant son slalom doré à Squaw Valley, aux États-Unis. Elle participait à un entraînement en descente. 

« Je me dirigeais rapidement vers l’arrivée. C’était raboteux. Il y avait des préposés qui se trouvaient sur la piste afin de boucher des trous pendant qu’on skiait. Parce que c’était permis à l’époque. Un des gars m’avait frappé accidentellement à un tibia en pelletant de la neige. »
Mme Heggtveit avait fini par rallier le fil d’arrivée. « Sur une jambe. J’ignorais si l’autre était cassée ou non. Je ne pouvais pas rester debout dessus », dit-elle.

Les skieurs ne misaient pas à l’époque sur une équipe médicale omniprésente. Résultat, l’athlète ottavienne s’était rendue par elle-même dans sa chambre d’hôtel.

« Ma jambe gauche était couverte de sang. Je me suis empressée à trouver un médecin de l’autre côté de la rue. Heureusement, aucun muscle n’avait été coupé. Sinon, ma saison aurait pris fin là. J’ai été chanceuse. »