Benoît-Olivier Groulx

Quatre Gatinois peuvent humer la coupe, mais...

Printemps 2019. Halifax. Le Gatinois Mathieu Gagnon a vécu son heure de gloire en soulevant la coupe du Président à bout de bras dans l’uniforme des Huskies de Rouyn-Noranda devant 9602 spectateurs au Scotiabank Center.

Printemps 2020. Dans un lieu qui reste à déterminer, un autre hockeyeur gatinois aurait dû avoir de fortes chances d’éprouver le même sentiment de fébrilité.

Dans la LHJMQ, le Phoenix de Sherbrooke, les Wildcats de Moncton, les Saguenéens de Chicoutimi, l’Océanic de Rimouski et les Eagles du Cap-Breton sont les seules équipes aux chances réelles d’aspirer à la coupe du Président. Chaque équipe aligne un Gatinois à part celle qui a pignon sur rue à Sydney. Encore là, son directeur général Jacques Carrière est Gatinois.

C’était avant l’éclosion d’une pandémie mondiale qui est venue bouleverser tous les sports sur la planète en seulement 36 heures. Afin d’éviter sa propagation, les grands rassemblements ont été interdits. Alors qu’ils pouvaient déjà humer la coupe, Charles-Antoine Roy, Benoît-Olivier Groulx, Hendrix Lapierre et Mikaël Martel se retrouvent au repos forcé sans savoir s’ils auront l’occasion de vivre les moments les plus enivrants d’une saison de hockey : les séries éliminatoires.

Afin de connaître leurs états d’âme, Le Droit a discuté avec les quatre aspirants au championnat de la LHJMQ vendredi.

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Benoît-Olivier Groulx

Premier choix du repêchage 2016 de la LHJMQ, cet espoir des Ducks d’Anaheim termine déjà sa carrière junior. Finaliste l’an dernier alors qu’il était avec les Mooseheads de Halifax, l’attaquant de 19 ans devait avoir la chance de se reprendre avec une autre puissance de la LHJMQ à Moncton. Les Wildcats (50-13-1) ont connu une séquence de 16 victoires consécutives entre le 31 janvier et le 5 mars. Ils occupent le premier rang de l’Association Est.

Avant d’être libéré pour retourner à la maison vendredi soir, Benoît-Olivier Groulx avait le cœur gros.

« Il y a deux semaines encore, personne ne s’attendait à ce scénario. Nous sommes en pause et nous sommes un peu laissés à nous-même. C’est dur sur le moral, mais nous essayons de garder le bon état d’esprit. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je vais continuer de m’entraîner. »

La saison dernière, son parcours s’était arrêté à deux victoires de la coupe du Président et à une autre de la coupe Memorial avec son coéquipier Gabriel Fortier qui l’a suivi à Moncton cette saison.

« Pour nous deux, c’est une deuxième chance. Je ne pourrais pas dire si les Wildcats sont supérieurs aux Mooseheads de l’an dernier, mais la chimie sur la glace est un peu meilleure à Moncton. Maintenant, pour un joueur comme Mika Cyr, qui est avec les Wildcats depuis cinq ans et qui a vécu leurs années de misère, dont une sans victoire après Noël, c’est la fin d’un cycle. C’est sa chance de rédemption. »

En parlant avec Le Droit vendredi, Groulx répétait qu’il touchait du bois.

« Je rêve au scénario idéal. Parce que dans le fond, si nous sommes arrêtés deux semaines à cause de ce virus, cette pause arrive à un bon moment juste avant les séries. Une pause de deux semaines, c’est idéal pour guérir les bobos et reprendre des forces mentales. Le problème, c’est que le scénario est idéal seulement si nous sommes arrêtés deux semaines. »

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Hendrix Lapierre

Remis de sa deuxième commotion cérébrale de la saison, Hendrix Lapierre n’en peut plus de s’entraîner avec ses coéquipiers des Saguenéens de Chicoutimi sans pouvoir sauter dans le feu de l’action. Premier choix du repêchage 2018 de la LHJMQ, le Gatinois est à son année de repêchage de la LNH où il devait être un des 10 meilleurs espoirs avant d’avoir été blessé à la tête à deux reprises avant les Fêtes. Pour lui, les séries éliminatoires seraient l’occasion de faire la démonstration de son grand talent, surtout qu’il doit rencontrer un médecin qui pourrait lui donner le feu vert lundi.

« J’ai hâte parce que je me sens prêt à revenir au jeu. Je n’ai pas joué depuis le 21 novembre. Pour un fou du hockey comme moi, c’est difficile d’être arrêté. Ça fait trois mois que je ne ressens plus de symptômes. Nous avons pris toutes les précautions. Vous ne pouvez pas savoir comment j’ai hâte de jouer avec tous les joueurs que les Saguenéens ont acquis à la période des transactions. »

Hendrix Lapierre

Les Saguenéens (45-12-6) suivent les Wildcats au classement de l’Association Est. Ils misent sur Rafaël Harvey-Pinard et Félix Bibeau, deux champions en titre de la coupe du Président et de la coupe Memorial. Selon Lapierre, l’engouement pour les Sags est palpable à Chicoutimi.

« Les partisans sont passionnés. Ils attendent un championnat depuis longtemps. Notre objectif n’est pas juste de gagner la coupe du Président, mais aussi la coupe Memorial. Ça serait vraiment plate que tout soit annulé. Je demeure positif à 100 %. La pandémie a été maîtrisée dans l’épicentre en Chine. Il n’y a pas beaucoup de cas au Canada. Avec toutes les mesures qui sont prises, je ne vois pas pourquoi on ne jouerait pas nos séries. Quand une ligue professionnelle va recommencer, les autres vont emboîter le pas. »

En raison des blessures, Lapierre a déjà raté quelques rendez-vous importants dans sa jeune carrière. Il a dû renoncer au Défi mondial des moins de 17 ans l’an dernier. Cette saison, il a dû faire une croix sur la Série Canada/Russie et le Match des espoirs de la Ligue canadienne. Les séries de la LHJMQ représenteraient un baume avant le repêchage de la LNH.

« Ma priorité, c’est de revenir au jeu. J’ai vécu des moments difficiles quand j’ai reçu mon deuxième coup. Je veux démontrer de quel bois je me chauffe. »

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Mikaël Martel

Mikaël Martel n’est pas une vedette chez l’Océanic de Rimouski, mais ce futur policier de carrière joue le même rôle sur la patinoire où il est un coéquipier apprécié de tous. Le Gatinois de 18 ans avoue qu’il traverse sa saison de hockey la plus excitante en carrière. Avec l’Océanic (38-18-8), il a la chance d’évoluer avec la merveille, Alexis Lafrenière, meilleur espoir au monde. Pour Martel, pas question de penser à ranger ses patins.

« Nous sommes rendus à l’étape de la saison où nous allons manger le gâteau ! Avec tous les efforts que nous avons déployés, ça serait vraiment dommage qu’on nous l’enlève. Nous étions à deux semaines des séries. Notre équipe a payé cher pour s’équiper pour cette portion de la saison. »

Mikaël Martel

Martel avoue que le moral des troupes est affecté par la perspective d’une annulation des séries, mais il a bien vu venir le coup.

« Quand les autres ligues ont commencé à suspendre leurs activités, nous savions que nous avions de bonnes chances d’arrêter aussi. Nous ne pouvons rien changer. La santé passe avant tout. Nous appuyons les mesures, mais ça reste quand même plate. Nous allions jouer devant 18 000 personnes à Québec vendredi. Nous avions un autre match à guichets fermés à Sherbrooke après. »

À Rimouski, l’Océanic est roi et maître. Le club a traversé une séquence de 12 victoires consécutives en février avant de connaître une baisse de régime, mais un meeting d’équipe a ramené le club sur la bonne voie. « Nous y croyons. Tout allait mieux. On va se croiser les doigts. »

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Charles-Antoine Roy

Charles-Antoine Roy a 20 ans. Les séries 2020 allaient être ses dernières. Il a toujours joué dans un club en reconstruction à Gatineau, mais à la date limite des transactions, le Phoenix de Sherbrooke a sorti le chéquier pour l’arracher aux Olympiques. Le Phoenix (51-8-4) occupe le premier rang du classement canadien. Il vient de gagner ses 13 derniers matches. Le Gatinois ne pouvait pas mieux demander pour terminer sa carrière junior. Contrairement aux autres hockeyeurs de la région, il a parlé au Droit avec des restrictions. À Sherbrooke, les communications doivent passer par le directeur général Jocelyn Thibault pour l’instant.

Charles-Antoine Roy

Roy a quand même avoué avoir été « estomaqué » quand les activités de la ligue ont été interrompues. « Je peux te dire une chose. Nous avons espoir que ce ne n’est pas terminé. J’ai hâte de voir. Je veux garder un esprit positif. »

Le fruit du hasard a bien fait les choses. Si les séries devaient débuter demain, le Phoenix affronterait les Olympiques au premier tour. Si la ligue devait annuler le reste de ses activités, Roy aura disputé son dernier match contre les Olympiques samedi dernier à Guertin. Dans ce match, il a hérité de la première étoile après avoir marqué les deux premiers buts du match. Il a ajouté un troisième point plus tard.