Ayant le genou sérieusement amoché, Philippe Marquis ne se fait pas d’illusions sur le résultat qu’il obtiendra. Le skieur de Québec veut surtout laisser le souvenir d’un compétiteur résilient.

Philippe Marquis y va le tout pour le tout

ENVOYÉ SPÉCIAL / BOKWANG — Dans la pente du Parc des neiges de Botwang, un seul membre de l’équipe canadienne des bosses ne pousse pas la machine à fond. Avec raison, car si Philippe Marquis veut s’offrir une belle sortie, son genou droit devra tenir le coup.

Pour l’instant, il tient en place, mais le bosseur de Québec l’admet, la douleur est présente depuis quelques jours.

«Les conditions de neige sont fermes, ce n’est pas très bon pour mon genou. J’ai un peu de douleur, je l’ai senti. Je dois être intelligent, ne pas trop en faire. Je ne compte pas faire une descente à 100 % avant ma course, il y a trop de risques, et c’est là que mon expérience de 10 ans en Coupe du monde paie. J’en ai assez pour être capable de tout faire et de mettre cela ensemble quand ça compte», soulignait-il en entrevue à la fin de son entraînement plus léger que les autres, mercredi soir (heure de PyeongChang).

Le 9 janvier, à Deer Valley, dans l’Utah, une descente de routine a tout gâché. Pendant cette course, le bosseur de 29 ans s’est blessé au genou. Son père, le Dr François Marquis, réputé chirurgien orthopédiste, a fait le diagnostic sur son divan dans le salon de la maison.

«Il m’a dit : “Je suis désolé, mais c’est foutu.’’ Je lui ai demandé si je pouvais aller aux Jeux, il m’a dit : “Oui, mais ça va être dur.’’ Je l’ai regardé et lui ai répondu que j’allais essayer. J’ai perçu dans ses yeux que si je venais ici, c’était un peu un miracle», confiait Marquis.

Savourer le moment

Le double olympien s’est pointé à PyeongChang pour vivre son aventure au maximum, sachant qu’il s’agissait de sa dernière chance d’y être présent. Il n’était pas question de lancer la serviette, même s’il avait une bonne raison de le faire.

«Je suis content d’être ici, même s’il y a trois semaines, je n’y croyais pas trop. Je ne peux pas garantir que je suis très fort, il faut quand même être réaliste avec ma condition. À travers toute cette noirceur, je suis choyé d’être ici.»

Sa présence est plus symbolique qu’autre chose. Le résultat ne fait même plus partie de l’équation.

«Dans un monde idéal, j’aurais préféré être en bonne santé et croire que je pourrais faire un podium. Mais la page est tournée là-dessus, je suis ici pour savourer le moment, être là avec les boys. Les gars skient bien, je suis content pour eux, l’équipe est extraordinaire. J’essaie que cela soit ma petite victoire, mon histoire.»

Résilience et caractère

Marquis ne se berce pas d’illusion. Son héritage olympique passera par sa résilience et sa force de caractère, et non pas par la position au classement qu’il obtiendra.

«Ç’a été les trois pires semaines de ma vie. Il y a des jours où je suis optimiste, d’autres où j’ai l’impression que je vais laisser tomber tout le monde, que je n’y arriverai pas. Le monde qui m’entoure a été très bon pour moi, on m’a donné de bons conseils. Je suis honoré d’avoir eu un tel suivi, c’est juste le corps humain qui fait défaut, la mécanique est un peu défectueuse en ce moment.»

Malgré son état de santé, il jouera le tout pour le tout. Et pas question d’abandonner en pleine course. «Je vais être bien franc avec vous, je vais arrêter quand mon genou va me relâcher. Je vais m’accrocher à la piste aussi longtemps que je le peux», affirme celui qui passera sous le bistouri du paternel dans trois semaines. Sa saison prend fin, cette semaine, et il aura le temps de réfléchir à son avenir pendant sa rééducation.

Pour l’heure, il se prépare, tant bien que mal. La qualification de vendredi matin à PyeongChang (jeudi 21h45, heure du Québec) pourrait être sa dernière s’il ne se classe pas parmi les 20 premiers.

«Il y en a qui pense que je suis un peu stupide, mais je ne le fais pour personne, à part moi. Ça ne sera pas la descente que j’anticipais depuis deux ou trois ans, mais si je finis avec le sourire aux lèvres, je serai fier de moi.»

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L'INVINCIBILITÉ SELON KINGSBURY

Mikaël Kingsbury, qui n'a perdu qu'une seule fois cette saison, ne se considère pas imbattable.

Invincible, Mikaël Kingsbury? Son ami et rival australien Matt Murray ne le croit plus, mais cela n’importune pas le roi des bosses, qui n’a perdu qu’une fois depuis des lunes. «Je suis battable, je suis humain. Ce n’est pas compliqué de me battre, je le fais chaque jour contre moi-même… Je suis capable de me battre souvent», dit-il en riant. Selon lui, la fin de la séquence à Mont-Tremblant ne doit pas servir de référence à la suite du scénario. «On s’entend que [Tremblant], c’est un peu une piste pour enfant. Tandis qu’ici, c’en est une pour homme. Je ne suis pas là pour battre personne, mais pour skier de mon mieux. L’important, c’est d’être le plus constant et sur la coche possible. Je sais que je suis capable de faire ce que je veux, et quand j’ai besoin de me rendre en bas, je le fais», note celui qui compare la dureté de la neige du Parc des neiges de Botwang à celle du Québec.