Après Vancouver et Sotchi, Marie-Philip Poulin espère ajouter l’or olympique de PyeongChang à sa collection personnelle.

Petite «Pou» devenue grande

Les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver se profilent à l’horizon. Le 9 février 2018 en Corée du Sud, la vasque de PyeongChang s’embrasera pour illuminer cette grande quinzaine sportive. Encore une fois, Marie-Philip Poulin sera de l’aventure. Portrait de la capitaine de l’équipe de hockey féminin, qui tentera de ramener au pays une cinquième médaille d’or consécutive.

On dit que les plus grands athlètes offrent leurs plus grandes performances dans les plus grands moments. De là, difficile de contester le titre de meilleure joueuse de hockey au monde à Marie-Philip Poulin, auteure du but victorieux des deux dernières finales olympiques. En février, la Beauceronne accomplira-t-elle le triplé doré?

Caroline Ouellette n’en doute pas. Que ce soit encore à l’aide d’un but d’anthologie ou par son simple leadership, Poulin a tout pour mener l’équipe canadienne de hockey féminin à un cinquième sacre olympique de suite, à PyeongChang.

Bardée de quatre médailles d’or olympiques, Ouellette en sait quelque chose. C’est elle qui, en 2015, a passé à Poulin le prestigieux «C» de capitaine de l’unifolié. En plus d’être sa dauphine et protégée, Poulin s’avère l’une de ses meilleures amies.

«Pour moi, Marie-Philip est de loin la meilleure joueuse au monde. Parce qu’elle a les habiletés et la vision du jeu, mais aussi la passion et l’engagement d’être la meilleure athlète possible», affirme l’attaquante de 38 ans, retraitée des patinoires internationales.

«Les filles de l’équipe canadienne la suivent et la respectent au plus haut point. C’est son équipe. C’est elle la meneuse», tranche Ouellette.

Depuis ses premiers JO en 2010, alors qu’elle n’avait que 18 ans, Poulin reconnaît avoir fait beaucoup du chemin. Les gloires d’autrefois — Ouellette, Wickenheiser, Hefford, Apps, Ward — ont toutes depuis accroché leur gilet à feuille d’érable au clou de la retraite. À 26 ans, la fierté de Beauceville est «rendue dans les plus vieilles» de l’équipe, du moins parmi les plus expérimentées.

Apprivoiser le «C»

Être capitaine, «c’est un nouveau rôle pour moi que j’ai appris à aimer», affirme celle qui a porté le «C» chez les Terriers de l’Université de Boston et les Canadiennes de Montréal.

«Veux, veux pas, je suis une fille gênée, je ne suis pas celle qui parle le plus. J’aime mener par l’exemple, mais j’apprends à parler un peu plus et à prendre ma place de cette façon-là. De grandes leaders sont parties et c’est les filles qui m’ont accueillie à mes premiers pas avec l’équipe, en 2009.

«Quand Caro m’a donné le chandail de capitaine à ses derniers Championnats du monde, c’était vraiment un moment marquant», poursuit-elle. «Caro est une de mes meilleures amies et un modèle, alors quand elle me l’a donné et qu’elle a dit qu’elle ne pourrait pas le donner à une meilleure personne, je ne savais pas comment réagir. C’était très émotif!»

Poulin admet qu’avec cette lettre sur la poitrine viennent de grandes responsabilités. Succéder à Cassie Campbell (JO 2002 et 2006), Hayley Wickenheiser (2010) et Caroline Ouellette (2014) constitue un défi.

La séquence de quatre sacres olympiques porte le poids de toute une nation, sans compter que les défaites en finale des Mondiaux contre les États-Unis au cours des trois dernières années ne font rien pour alléger la tâche. Mais Poulin assume.

Dans une série de six matchs préparatoires face à leurs grandes rivales américaines, cet automne, les Canadiennes ont surmonté une correction de 5-2 en ouverture à Québec — amère défaite qualifiée de «honte pour notre pays» par l’entraîneuse Laura Shuler — pour ensuite aligner cinq victoires. Et qui a été la meilleure buteuse de cette série entre les deux meilleures formations féminines sur la planète hockey? Poulin. Qui d’autre.

Maman? À l’aide!

La petite «Pou» arrivée avec l’équipe canadienne en préparation pour les JO de Vancouver. Les vétérantes Ouellette, Kim St-Pierre et Charline Labonté l’avaient alors prise sous leur aile, jusqu’à la loger avec elles.

«Elles m’ont vraiment mise sur le bon chemin, non seulement en tant que joueuse de hockey, mais en tant que personne. Elles faisaient la bouffe, me montraient tout. Elles n’étaient vraiment pas trop dures envers moi», insiste Poulin, leur en étant «très reconnaissante».

N’empêche que la recrue avait aussi sa part de tâches à l’appartement. Comme la première fois que la responsabilité du souper pour les quatre lui a incombé. «J’ai jamais appelé ma mère autant de fois dans la même soirée!» s’esclaffe-t-elle, huit ans plus tard. «J’étais tellement stressée de manquer tout ça. Je suais!» rigole encore celle qui estime s’en être assez bien tirée avec filet mignon, riz, asperges et petite salade.

De côtoyer ces grandes athlètes au quotidien en a fait la joueuse et la femme qu’elle est devenue. C’est aujourd’hui à son tour de passer la rondelle aux plus jeunes. Les recrues de l’équipe canadienne, sans doute, mais aussi les fillettes qui accourent à ses matchs ou dans les camps de hockey où Poulin œuvre l’été comme entraîneure.

«Juste de voir ces jeunes filles-là sourire, de voir leurs yeux éblouis, tu sais déjà que tu as un impact dans leur vie. C’est ça qui me donne la motivation de pouvoir être leur modèle et de les aider, pas seulement au hockey, mais dans leur vie comme personne. Elles me poussent à m’améliorer et à jouer au hockey de mieux en mieux pour qu’elles, les petites, un jour, se rendent aussi loin.»

Pas d’erreur sur la personne

Les modèles féminins se font trop rares dans le sport. Et même si cela s’avérait d’abord contre nature, la Beauceronne embrasse de plus en plus son image publique.

De voir son visage placardé en format géant à travers le Canada aux côtés des grandes vedettes sportives masculines Andre De Grasse (athlétisme), DeMar DeRozan (basketball) et Roberto Osuna (baseball), pour une pub de Gatorade, a permis d’un peu plus effacer son sentiment d’imposteur.

«C’est quelque chose…» laisse-t-elle tomber, coincée entre fierté et malaise. «Quand ils m’ont approchée et expliqué ce qu’ils voulaient faire, ils me nommaient De Grasse, et je disais quasiment : “Tu me niaises? T’es-tu trompé de personne?”

«Je reçois des tweets des photos du centre-ville de Toronto avec toutes les faces, c’est gros! Ça fait chaud au cœur, mais en même temps, ça donne un choc. Ce n’est pas juste en Beauce, c’est partout au Canada!»

Aucun doute, la finale olympique du 21 février (23h10, heure du Québec) sera aussi «partout au Canada». Et les attentes seront énormes pour Poulin et ses coéquipières. Une médaille d’argent s’avérerait un échec.

«On sait qu’il y a beaucoup de pression», reconnaît-elle sans détour. «On y va pour notre cinquième [titre olympique] et on a perdu les trois derniers Championnats du monde. Pour nous, on sera en mission et ce sera à nous de produire. On a des nouvelles vétérantes et plusieurs jeunes talents qui poussent. À nous de mettre ça ensemble», conclut Marie-Philip Poulin, consciente de la grandeur du moment.

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Marie-Philip Poulin a appris à aimer le rôle de capitaine.

20 QUESTIONS À MARIE-PHILIP POULIN

1- Plus bel endroit visité?

J’ai visité plusieurs beaux endroits dans ma vie. Je dirais qu’un des plus beaux endroits est la Croatie. J’y suis allée avec ma coéquipière Catherine Ward en 2014, après les Jeux olympiques de Sotchi, et c’était tout simplement magnifique.

2- Artiste musical préféré?

J’écoute beaucoup de country. Ayant habité aux États-Unis, j’ai appris à aimer ce genre de musique. Des artistes comme Garth Brooks, Luke Bryant, Sam Hunt, etc. J’aime aussi Ed Sheeran et Adele.

3- Votre spécialité en cuisine?

Je dirais que mes spécialités sont des côtelettes de porc ou un bon saumon au four. Je mange beaucoup de protéines avec mon entraînement, donc j’ai appris à cuisiner ces plats à la quasi-perfection!

4- Série télévisée que vous avez adorée?

J’aime bien Nashville, Unité 9, This is Us et aussi récemment Ozark, sur Netflix. Des émissions comme Friends, La Galère sont des émissions que j’ai beaucoup aimées dans le passé.

5- Une lecture qui vous accompagne?

What I Know For Sure d’Oprah Winfrey, The Monk Who Sold His Ferrari de Robin Sharma, Open d’André Agassi et Aleph de Paulo Coelho

6- Votre dernière pensée avant un match?

Gagner!

7- Votre héroïne olympique (passé ou présent) et pourquoi?

Les joueuses plus vieilles avec qui j’ai joué dans le passé : Caroline Ouellette, Charline Labonté, Kim St-Pierre, France St-Louis, etc. Elles m’ont montré le chemin à mon arrivée avec Hockey Canada et elles étaient mes idoles de jeunesse.

8- Si vous étiez aux JO dans un autre sport, lequel serait-ce?

Je ne pourrais jamais atteindre ce calibre dans un autre sport, mais des sports que j’aime beaucoup sont le golf, le tennis et la balle-molle.

9- Si vous étiez première ministre...

Je serais très nerveuse! Sans blague, je ferais mon possible pour améliorer notre pays dans tous ses aspects.

10- Vous êtes anti-...

Je suis anti tout ce qui peut causer du mal aux gens, à notre environnement ou à notre évolution en tant que société.

11- Une cause qui vous tient à cœur?

L’équité des femmes dans le sport.

12- Vous aimeriez prendre un café ou une bière avec cette personnalité (peut être morte ou vivante)?

(Le motivateur américain) Tony Robbins. Quelle personne inspirante! J’aimerais beaucoup apprendre de lui et lui poser des questions.

13- Une peur ou phobie que vous avez?

Perdre une compétition contre mon grand frère! Sans blague, comme un peu tout le monde, la peur de perdre est présente chez moi. Aussi la peur de décevoir les gens que j’aime le plus au monde.

14- Décrivez-vous en trois mots...

Passionnée, tête dure, généreuse, travaillante. Tout dépend des jours!

15- Vous ne partez jamais sans...

Mon iPhone et sans avoir pris une douche.

16- Êtes-vous plus Marie-Philip que Poulin?

OUI! Je suis une amie, une sœur, une fille, une petite fille, une cousine, une femme d’affaires qui gère sa compagnie, une diplômée universitaire, une fan de voyages, musique, sports divers.

17- On vous donne le choix : la fortune ou la gloire?

La gloire. À chaque fois. L’argent se dépense vite, la gloire reste à tout jamais.

18- Si c’était à refaire... (quelque chose que vous changeriez dans votre carrière)

Rien. Chaque épreuve et chaque succès m’ont permis d’être où je suis aujourd’hui.

19- Une gâterie/gourmandise que vous vous permettez n’importe quand, sans retenue?

La fondue à l’érable de ma mère. Je ne peux y résister!

20- Si vous n’étiez pas athlète, vous feriez quoi comme métier?

Bonne question. J’aimerais un jour être entraîneure d’une équipe universitaire.