La planchiste Laurie Blouin, de Stoneham, en pleine action.

L'argent pour Laurie Blouin: «Il faut croire en nos enfants»

Laurie Blouin a vaincu le vent, littéralement. La planchiste de Stoneham a gagné la médaille d’argent du slopestyle de snowboard, aux Jeux olympiques de PyeongChang, tard dimanche soir (heure du Québec).

Alors que l’épreuve olympique de slopestyle féminin en snowboard se déroulait dans le vent du parc à neige Phoenix, en Corée du Sud, une trentaine de proches de Blouin ont passé la soirée au Pub du Lac de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. Sa tante Brigitte est la maîtresse des lieux.

Ici, pas de grande mise en scène en rouge et blanc. Là, au bout du bar, une affiche bricolée à la main avec «Go Laurie Canada» en lettres rouges à paillettes et quelques photos. Sinon, juste du monde ordinaire venu pour encourager quelqu’un qu’ils aiment.

La toune fétiche de Laurie, Man! I Feel Like a Woman de Shania Twain, a retenti à fond dans les haut-parleurs pendant sa descente gagnante, la deuxième, question de lui envoyer des ondes (musicales) positives. Faut croire que ça s’est rendu! Peut-être pas la tournée générale qui s’en est suivi, par contre.

Son frère Samuel, de cinq ans son aîné, dit lui vouer une grande admiration, même s’il admet être souvent dur à l’endroit de la planchiste de 21 ans. «Mon rôle est de la redescendre de son nuage!» confie celui qui l’a initiée à la planche et à plusieurs autres sports.

Il a aussi été celui qui lui a montré à descendre les escaliers en planche... à roulettes. «Je me suis dit : “C’est une petite sœur, elle n’aimera pas ça, elle va partir à brailler.” Ç’a été le contraire, elle voulait recommencer!» se souvient celui qui a lui-même excellé en course de motoneige, jusqu’à subir une sérieuse blessure au talon en motocross, en 2010.

Il évoque ensuite l’image arboricole. «J’ai un peu parti les racines avant de laisser l’arbre à Maxime Hénault [son entraîneur], quand Laurie a eu 13 ans, pour qu’il développe des branches solides et des beaux fruits», explique Samuel.

Il dit toujours garder le vieux trampoline dans la cour du domicile familial à Stoneham pour que Laurie n’oublie jamais d’où elle vient et sache qu’elle y a toujours sa place. Un endroit où se poser, où planter ses racines.

Une trentaine de proches de Blouin ont passé la soirée de dimanche au Pub du Lac de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

Un voisin providentiel

Dès que la petite Laurie a révélé à sa mère rêver de Jeux olympiques, autour de sept ou huit ans, Martine Collin n’a pu que l’encourager. «Il faut croire en nos enfants! tranche la dame. Je lui ai dit : “J’y crois si tu y crois. On va t’entourer, mais il faut que tu fasses les efforts pour.”»

À la même époque, la maman a quitté Notre-Dame-des-Laurentides pour emménager à Repentigny, chez son nouvel amoureux, Allens Michel, le beau-père de Laurie. Ils ne se doutaient alors pas du tout que Hénault, un ancien planchiste d’élite, habitait à trois rues de là.

«On aurait sûrement croisé son chemin à un moment donné, le milieu de la planche au Québec est petit. Mais ç’aurait été plus compliqué», explique la mère.

Au lieu de cela, celle qui idolâtrait Sébastien Toutant a eu la chance de vite devenir une protégée de Hénault. Qui conseillait déjà Toutant et Maxence Parrot, lui aussi médaillé d’argent du slopestyle masculin à PyeongChang.

Blouin a depuis été sacrée championne du monde junior de slopestyle, en 2013, puis championne du monde senior de la discipline l’an dernier. La voilà vice-championne olympique.

Depuis juin dernier, pour une préparation optimale en vue des JO, Blouin logeait chez Hénault, à Sainte-Agathe-des-Monts. Comme grande sœur des fillettes de son coach, Mia et Florence, en plus d’avoir à portée de planche toutes les installations du centre d’entraînement Maximise et son énorme coussin gonflable servant à atterrir des manœuvres sans craindre de se blesser.

Où elle ne risque pas de se faire un œil au beurre noir comme ce fut le cas à l’entraînement plus tôt cette semaine, en Corée du Sud. Une frousse qui lui a sûrement redonné ce 1 % d’incertitude nécessaire au succès, croit son frère. Ce petit surplus pour vaincre le vent et monter sur les marches les plus prestigieuses du sport, celles d’un podium olympique.

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Laurie Blouin arborait un bel oeil au beurre noir, résultat d'une mésaventure à l'entraînement.