Michiel de Ruiter, surnommé «Bonhomme de neige», aura pour mission de s’assurer que les Jeux olympiques de PyeongChang ne manquent pas de l’ingrédient essentiel pour la réussite de Jeux d’hiver : la neige.

La mission spéciale du «Bonhomme de neige»

‘S-GRAVELAND — Dans ses valises pour la Corée du Sud, Michiel de Ruiter a de quoi fabriquer des tonnes de neige. L’ancien skieur freestyle néerlandais s’est envolé pour PyeongChang avec une mission spéciale : garantir qu’il y aura de la neige lors des Jeux olympiques d’hiver, du 9 au 25 février.

Enfant, il construisait des tremplins avec une pelle avant de chausser les skis et de faire des saltos avec ses copains. Aujourd’hui, à 53 ans, celui que l’on surnomme «Bonhomme de neige» a la tâche de construire le tremplin des épreuves olympiques freestyle. Et d’assurer un beau manteau blanc. Une double responsabilité, pour garantir de beaux doubles saltos.

La veille de son départ pour PyeongChang, Michiel de Ruiter effectue les derniers préparatifs dans les locaux de son entreprise, à ‘s-Graveland, près d’Amsterdam, avant de partir «à l’aventure».

«La pression que j’ai est la même que celle que ressentent les sportifs», assure-t-il, impatient de retrouver l’ambiance «magique» des Jeux olympiques, lui qui y a goûté en tant que skieur à Albertville, en 1992, et à Lillehammer, deux ans plus tard.

«J’évaluerai tout d’abord la quantité déjà produite par les canons à neige coréens, puis je déplacerai la neige avec des pelles et des machines», explique-t-il.

Ensuite, il lui restera à délimiter la piste et, surtout, à veiller à ce que la neige reste en bon état. En cas de fonte, il devra en fabriquer lui-même, explique ce spécialiste, appelé sur des événements sportifs dans le monde entier.

Son billet pour la Corée du Sud, il le doit à un coup de génie en Espagne. En janvier 2017, une épreuve de freestyle dans la Sierra Nevada risquait fortement d’être annulée à cause de températures trop élevées. L’eau dégoulinait du tremplin, sensé propulser les compétiteurs à 15 mètres de haut.

Le Néerlandais a su «réaliser l’impossible» : à l’aide de tuyaux remplis de glace, il a évité que le tremplin ne s’effondre. «Les tuyaux ont consolidé la neige. Après ça, on m’a demandé de venir en Corée du Sud», explique-t-il, des étoiles plein les yeux. «Je n’ai pas droit à l’erreur. Sinon, tout peut tomber à l’eau».

Cela fait des décennies que Michiel de Ruiter «joue avec la neige», dont il dit être tombé amoureux lorsque, très jeune, il arrondissait déjà ses tremplins à coups de râteaux passionnés. «À l’époque, on devait le faire nous-mêmes. Cela nous permettait de gagner de l’argent pour payer le transport entre les compétitions», se souvient celui qui est aujourd’hui père de trois enfants.

À PyeongChang, Michiel de Ruiter a de quoi faire 25 000 m3 de neige, «au cas où». «Il y fait assez froid actuellement pour faire tourner les canons à neige. Mais si les températures grimpent, il est très probable qu’ils me demandent d’en fabriquer», explique-t-il.

De la neige sur la plage

Avec les deux employés de sa société, Polar Europe, le Néerlandais a déjà fait tomber la neige sur des cocotiers d’une plage, créé un bonhomme de neige pour une publicité, et enneigé plusieurs studios lors de tournages de films.

«Je peux faire tomber la neige là où je veux et quand je veux, par toutes les températures, même par 30 °C. Avec de l’azote liquide, de l’eau et de l’air», sourit Michiel de Ruiter, avant de s’atteler à la montagne de travail qui s’érige devant lui.

Pour construire le tremplin, lui et son équipe, une trentaine d’employés locaux, vont tout d’abord construire une structure, en bois ou en métal, qu’ils rempliront de neige. «Puis nous enleverons cette structure et laisserons la neige geler pendant deux ou trois jours. Enfin, nous sculpterons la courbe», qui permet aux concurrents de s’élancer, explique-t-il.

Alors que le monde entier aura les yeux braqués dans le ciel pour admirer les figures stratosphériques des freestylers, Michiel de Ruiter, lui, «ne lâchera pas la neige des yeux».