Simon Schempp et Martin Fourcade (à droite) était nez-à-nez à l’arrivée. Le biathlète français a remporté l’or, car les appareils photo placés sur la ligne ont détérminé que le bout de sa chaussure avant avait atteint l’arrivée avant celle de l’Allemand.

Fourcade entre dans la légende

PYEONGCHANG — Exceptionnel Martin Fourcade. Au terme d’un départ à couper le souffle et irrespirable jusqu’au bout, le Français de 29 ans a dominé dimanche au sprint et d’une courte spatule l’Allemand Simon Schempp pour entrer dans les annales du sport français avec une quatrième médaille d’or olympique.

L’Histoire retiendra que c’est grâce à l’aide de la photo-finish que le Pyrénéen a écrit une nouvelle page de sa légende. Mais ces quelques millimètres qui l’ont séparé de Schempp à l’arrivée font toute la différence : Fourcade est désormais un géant parmi les géants et son quatrième sacre, aussi étroit soit-il, restera à court sûr dans toutes les mémoires et le place désormais au même niveau que les escrimeurs Christian D’Oriola et Lucien Gaudin.

Jean-Claude Killy, avec qui le sextuple tenant de la Coupe du monde partageait l’honneur d’être le plus titré des sportifs français aux Jeux d’hiver, est bel et bien dépassé et l’aura du tout nouveau quadruple champion olympique surpasse maintenant largement le cadre de son sport et des disciplines sur neige.

La course des rois, comme on surnomme la mass start dans le petit monde du biathlon, a couronné un athlète d’exception sur un scénario qui a rappelé étrangement celui de 2014 à Sotchi quand le Norvégien Emil Svendsen avait battu Fourcade sur le fil. Sauf que cette fois, c’est le Français qui en est sorti vainqueur.

Près du cauchemar

L’espace d’un instant, Fourcade a d’ailleurs bien cru revivre le mauvais film de Sotchi, tapant de rage son bâton dans la neige. Avant la délivrance.

«C’est beaucoup de bonheur, a réagi le Français. C’est une sensation tellement bizarre parce que j’ai cru tellement avoir perdu ce sprint. C’est génial. On ne mérite pas un titre olympique, ça se gagne. J'ai vu Tony (Estanguet, triple champion olympique) et on m’a parlé de Jean-Claude (Killy). C’était confortable de marcher dans leurs pas. Je ne me suis jamais battu pour ça, je ne rêve pas d’écrire l’Histoire. Je ne suis pas un cannibale de ça. Ce n’était pas un rêve de gosse. Je rêve de faire mon sport et de le faire bien.»

Il fallait tout de même un mental de champion pour résister à la pression des derniers jours et à cet échec incompréhensible lors de l’Individuel (5e), perdu jeudi sur ses deux derniers tirs, alors que ce record tant espéré lui tendait les bras. 

Mais comme après sa huitième place sur le sprint quand il avait trouvé les ressources mentales nécessaires pour aller chercher l’or de la poursuite 24 heures plus tard, il a su réagir avec cet orgueil qui fait toute sa force.

Durant la mass start, un départ catastrophique (1 erreur au tir couché) et une petite chute auguraient pourtant du pire. Mais Fourcade a réussi à revenir sur la tête de la course après avoir refait un retard de plus de 20 secondes, pour ensuite se débattre avec deux Allemands des plus coriaces, Schempp et Benedikt Doll.

A l’issue du quatrième et ultime passage au pas de tir et malgré une nouvelle faute, Fourcade et Schempp se sont retrouvés seuls. Jusqu’à ce dénouement incroyable, qui restera à jamais gravé dans les souvenirs du Français et sera à n’en pas douter l’une des images fortes des JO de 2018.

+

LE SACRE DÉCIDÉ PAR UNE PHOTO

Si Martin Fourcade est devenu quadruple champion olympique, dimanche, c’est parce que les appareils photo placés sur la ligne ont déterminé que «le bout avant de la chaussure» du Français avait atteint l’arrivée avant celle de l’Allemand Simon Schempp.

«On entend que c’est le bout de la spatule ou le bout de la fixation. Non. C’est le bout avant de la chaussure qui compte», a expliqué Christophe Vassallo, délégué technique des épreuves olympiques de biathlon.

La photo d’arrivée est en fait réalisée par deux appareils photo placés en hauteur, précisément au niveau de la ligne d’arrivée, et des deux côtés de cette ligne. «En cas d’arrivée en groupe, on doit pouvoir saisir tout le monde. On ne peut pas se permettre qu’il y en ait un qui en cache un autre», justifie Vassallo.

Pas d’arrivée groupée, dimanche, mais deux athlètes au coude à coude, lancés dans un sprint totalement indécis, au point que Fourcade pensait dans un premier temps avoir perdu. «Ca se joue au millième, ce sont des milliers d’images par seconde. C’est quelque chose qu’on ne peut pas voir à l’oeil nu et difficilement avec une vidéo», explique le délégué. «Notre œil ne saisit qu’un certain nombre d’images par seconde. J’ai moi aussi eu le sentiment que c’était dur à dire. Et très certainement, si on avait pris une photo 10 centimètres après la ligne, le pied de Schempp aurait été en avance sur le pied de Fourcade. Il était dans une accélération un peu plus forte», poursuit-il.

Impossible de mesurer précisément l’écart entre les deux champions. «Si on regarde juste la photo, on a l’impression que c’est une moitié de chaussure, mais ça ne reflète pas la réalité, la photo est trompeuse. On voit des bâtons tout tordus, alors qu’ils ne sont pas du tout tordus. Mais l’image de cette ligne rouge qui vient sur le bout du pied, là c’est très clair», précise Vassallo, qui évoque un matériel «très coûteux», sans plus de détail, et très fiable, «étudié et utilisé pour des voitures de course ou des cyclistes».