Song Il Kang a appliqué l'adage de Pierre de Coubertin qui disait que «l’important c’est de participer».

Deux Nord-Coréens à une éternité de Hirscher, pour «la gloire» de leur patrie

PYEONGCHANG - «J’espérais juste faire mieux que ceux qui sont tombés»: Song Il Kang, dossard 110, vient de signer le 84e temps de la 1re manche du slalom géant olympique, à plus de 20 secondes du futur vainqueur, l’Autrichien Marcel Hirscher, mais l’important est d’avoir «skié pour la gloire de la Corée du Nord».

Dans la tribune d’arrivée, bien garnie, la désormais célèbre armée de pom-pom girls nord-coréennes - toutes de rouge et blanc vêtues - entone «Arirang», chanson traditionnelle, populaire aussi bien au Sud qu’au Nord.

Dans une chorégraphie parfaite, elles couvrent aisément les encouragements sporadiques lancés à d’autres concurrents, partis juste avant leurs représentants, en toute fin de programme, comme le Philippin Asa Miller ou le Libanais Allen Belhok.

Dernier des concurrents à s’élancer, Song Il Kang a pris le départ sur la piste de Yongpyong alors que l’ogre autrichien Hirscher, a terminé depuis plus de deux heures, avec le meilleur temps. Hirscher empochera un peu plus tard sa 2e médaille d’or, après celle du combiné mardi.

Avec près de 24 secondes de retard sur l’un des meilleurs skieurs de l’histoire, Song Il Kang, combinaison rouge orangé, franchi la ligne d’arrivée presque comme un pro. Il fait mieux que son compatriote Myong Gwang Choe, passé juste avant.

Les deux skieurs du Nord font partie d’une délégation de 22 sportifs invités aux JO, au terme d’un accord qui laisse espérer une détente entre les deux pays frères ennemis encore techniquement en guerre.

Simplement couper la ligne

«Ma course a été bonne», confie-t-il. Ses propos sont traduits par une volontaire sud-coréenne. Les encouragements venus de la tribune «m’ont donné la force. J’espérais juste pouvoir faire mieux que ceux qui sont tombés».

Parmi ceux qui ont fini au tapis, mais partis évidemment avec de toutes autres ambitions, des vedettes du circuit mondial, comme l’Autrichien Manuel Feller (dossard 4) ou l’Italien Luca de Aliprandini, parti en 8e position et tombé à l’avant-dernière porte.

Virages très larges, technique largement perfectible, Song Il Kang assure et réalise l’essentiel, couper la ligne, ce qui n’aura donc pas été le cas de beaucoup d’autres.

En ce week-end de Nouvel an chinois, le stade de géant de Yongpyong est bien garni, baigné de soleil et par une température tout juste négative, bien plus clémente qu’au début des Jeux.

Le fan club de l’Américain Tommy Ford, composé dune dizaine de personnes, est l’un des plus bruyants avec celui de l’Allemand Linus Strasser. Des drapeaux autrichien, slovaque, suisse ou même espagnol flottent sur les gradins.

Mais un autre étendard ne passe pas inaperçu. C’est le drapeau nord-coréen brandi très haut lorsque les deux skieurs du Nord quittent le portillon.

«J’aimerais davantage courir pour pouvoir gagner», murmure Song Il Kang, qui esquisse un léger sourire et assure qu’il s’entraîne «9 heures par jour» dans un pays qui dispose «de nombreux coaches», assure-t-il.

De qui s’inspire-t-il ? «Nous regardons l’équipe d’Autriche». Plutôt une bonne idée au vu des résultats de la Wunderteam dans le sillage du roi Hirscher.

«J’ai regardé comment les autres skieurs sont descendus et j’ai adapté ma stratégie pour simplement arriver en bas», précise-t-il encore.

«C’est pour moi une gloire d’avoir skié ici pour la Corée du Nord», conclut-il.

Un peu plus tard, alors que la presse du monde entier a déserté le stade pour aller commenter le second sacre de Hirscher, Song Il Kang terminera 74e et avant-dernier, juste devant son compatriote Myong Gwang Choe.

Quand Coubertin disait que «l’important c’est de participer»...