À la fin de leur prestation au programme libre, samedi, Charlie Bilodeau et Julianne Séguin réalisaient qu’ils venaient de se qualifier pour les Jeux olympiques de PyeongChang.

Charlie Bilodeau, l’olympien de Trois-Pistoles

À sa façon, Charlie Bilodeau a écrit une page d’histoire, en fin de semaine, en devenant le premier sportif originaire de Trois-Pistoles à se qualifier pour les Jeux olympiques. Sa partenaire Julianne Séguin et lui ont reçu leur billet pour participer à l’épreuve de patinage artistique en couples à PyeongChang.

«C’est assez le fun, ce qui nous arrive. Je suis un peu exténué et mon timbre de voix ne reflète pas l’excitation qui nous habite, mais on comprend qu’il vient de se passer quelque chose de grand pour nous», disait-il à l’autre bout du fil.

Le couple Séguin-Bilodeau a pris le deuxième rang des Championnats canadiens, samedi à Vancouver, derrière les doubles champions mondiaux de 2015 et 2016, Meagan Duhamel et Eric Radford. Cette performance leur a ouvert la porte de l’équipe olympique, qui a été confirmée, dimanche. Un troisième couple canadien sera aussi du rendez-vous.

«Dès que les résultats sont sortis après notre prestation, on savait que notre place était assurée, mais jusque-là, c’était un peu le mystère qui planait parce qu’en raison de diverses blessures et la commotion cérébrale de Julianne, on avait raté les Canadiens, en 2017, et les quatre couples potentiels ne s’étaient par vraiment confrontés depuis deux ans», expliquait le patineur de 24 ans.

Qu’importe, les Jeux de 2018 étaient dans leur mire, mais le plan d’attaque a été modifié pour l’atteindre. La nouvelle approche, qui consistait à arriver au sommet en janvier et février a fonctionné.

«Dans les mesures où nous devions gérer les relents de la commotion de Julianne, il aurait été malsain de focaliser uniquement sur les Jeux. On a essayé de vivre notre quotidien paisiblement, d’aborder les semaines une à la fois. Au final, on voyait les Jeux un peu plus comme un arrêt possible sur notre parcours qui est encore jeune et qui va se poursuivre bien des années par la suite.»

À Montréal à 14 ans

Son rêve olympique a pris naissance il y a 10 ans, lorsqu’il a quitté la maison à l’âge de 14 ans pour s’installer à Montréal. Il y a cinq ans, il faisait la rencontre de sa partenaire actuelle Julianne Séguin, de Montréal.

«Je suis parti vers l’inconnu à un moment où je n’étais encore rien en patin. Je savais qu’il y avait des sacrifices à faire pour atteindre mes objectifs, et à cette époque, je me suis dit que j’allais tout faire pour réussir. Aujourd’hui, quand je regarde des jeunes de 14 ans, je constate que j’ai été téméraire, que je n’avais pas froid aux yeux», dit celui qui s’entraîne maintenant à Chambly.

Mais l’homme n’est jamais loin de sa région. Il y retourne dès que possible et chaque respiration de l’air salin le revigore.

«Je n’ai pas tant pensé au fait que j’étais le premier athlète de Trois-Pistoles à aller aux Jeux. Sauf que même si je vis à Montréal depuis 10 ans, je suis un enfant du bas du fleuve. Mes racines sont vraiment là, et j’ai Trois-Pistoles au fond de mon cœur.»

Bilodeau et Séguin ont l’intention de s’envoler pour PyeongChang le cœur léger.

«La grosse étape, c’était de se qualifier pour les Jeux, où l’on ira pour vivre le moment sur la glace et pour apprécier qu’on fera partie de quelque chose de plus grand que nous. On va y récolter le fruit de nos efforts.»

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DAVID PELLETIER, UN MODÈLE NATIF DE LA MÊME RÉGION

Il y a 16 ans, un autre patineur en couples du Bas-Saint-Laurent s’était imposé au grand rendez-vous olympique. Dès lors, David Pelletier est devenu un modèle pour Charlie Bilodeau, ignorant à l’époque qu’il suivrait un jour les traces du natif de Sayabec.

Pelletier et sa partenaire Jamie Salé avaient obtenu la médaille d’or aux Jeux de Salt Lake City, en 2002, au terme d’une controverse ayant mené à une refonte du système de pointage. Pendant ce temps, un gamin de Trois-Pistoles patinait surtout pour s’amuser.

«David a été un exemple pour moi à une époque où je n’aspirais pas à faire les Jeux olympiques. Mais quand j’ai commencé à rêver grand, ça m’a permis de me dire qu’un athlète provenant d’un petit village pouvait accomplir de grandes choses, qu’il est possible pour n’importe qui de croire en ses ambitions, peu importe d’où l’on vient», estime-t-il.

Bilodeau a commencé le patinage artistique dès l’âge de trois ans, où il était plus pratique à sa mère Linda Joubert de garder l’œil sur lui puisqu’elle était entraîneuse dans ce sport. À 11 ans, il a bifurqué brièvement vers le snowboard, le temps de réaliser qu’il avait des croûtes à manger dans cette discipline pour atteindre le sommet visé.

«J’étais attiré par le côté acrobatique de ce sport, mais je me suis aperçu que j’étais en retard sur les autres qui le pratiquaient depuis longtemps. Je suis retourné au patin, et j’ai découvert qu’en couples, je pouvais y trouver mon compte avec le côté acrobatique, artistique, théâtral et les habiletés propres au patinage», rappelle-t-il à propos de son cheminement.

Aujourd’hui, Charlie Bilodeau n’est pas seulement un patineur artistique de Trois-Pistoles, il campe dorénavant le rôle d’athlète olympique du Canada.

«Je viens d’un milieu où tout le monde se connaît. Jusqu’ici, l’un des moments forts a été de faire une prestation à l’ouverture de l’aréna, où je pouvais distinguer le monsieur du dépanneur, celui du concessionnaire… Maintenant, j’ai l’impression que l’engouement a surpassé le monde du patin et qu’il a rejoint tout le monde. Les barrières sont en train de tomber.»