En principe, d’autant plus que le printemps s’est montré plutôt clément jusqu’à maintenant, des terrains de golf auraient déjà ouvert leurs portes, certains depuis plus d’un mois.
En principe, d’autant plus que le printemps s’est montré plutôt clément jusqu’à maintenant, des terrains de golf auraient déjà ouvert leurs portes, certains depuis plus d’un mois.

Prêts à lancer la saison de golf, mais pas au prix de la santé publique

Le dilemme est indéniable. Avec le mois de mai qui commence, la hâte et l’espoir de lancer la saison de golf au Québec dès que possible sont palpables. Toutefois, cette fébrilité et ce désir sont confrontés à l’incontournable priorité qu’est la santé publique en temps de pandémie.

Personne n’en est plus conscient et ne saisit mieux la situation que les membres de la Table de concertation du golf, au moment où toute l’industrie est déjà durement touchée sur les plans des finances et du capital humain.

« La situation n’est pas facile pour l’industrie du golf, a mentionné Martin Ducharme, membre de la Table de concertation, dans une entrevue accordée à La Presse canadienne. Par contre, on comprend très bien. Pour nous, ce qui est important, c’est la santé publique. C’est elle qui va nous dicter exactement ce qui va arriver. »

« La santé est prioritaire pour mes employés, pour les clients, enchaîne celui qui est également directeur général du club Château-Bromont et président de l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ). Jamais je ne pourrais supporter que quelqu’un ait attrapé la maladie, que des gens décèdent parce que nous sommes égoïstes et voulons ouvrir. Nous allons suivre la direction de la santé publique et ce qui se passe avec la population. Nous sommes des gens responsables et nous sommes une industrie responsable. »

En principe, d’autant plus que le printemps s’est montré plutôt clément jusqu’à maintenant, des terrains de golf auraient déjà ouvert leurs portes, certains depuis plus d’un mois.

Or, la COVID-19 a non seulement gardé les portes closes, elle laisse un lourd fardeau sur une industrie saisonnière qui s’étend sur une période d’environ six mois au Québec, mais qui procure tout de même 52 000 emplois et qui génère une contribution de 2,4 milliards $ au produit intérieur brut de la province, selon les chiffres avancés par M. Ducharme.

« Nous avons évalué que ce qui a été rayé aux livres pour la saison 2020 correspond à 30 % du 2,4 G$ — donc 800 millions $ qui sont rayés de nos livres, concrètement, qui ne reviendront pas », affirme M. Ducharme.

Ce dernier estime également que la situation actuelle en 2020 mènera à une perte de 20 000 emplois.

« C’est triste, mais c’est la réalité. Ce sont des emplois liés au volet événementiel, comme des tournois, des réceptions, des mariages, des brunchs. Même si on ouvrait les terrains demain matin, ces 20 000 emplois ne reviendront pas », déclare M. Ducharme.

« En ce moment, la Table de concertation travaille extrêmement fort pour préserver les 32 000 autres emplois. Pour nous, c’est très important parce qu’il y a des petits villages et des régions au Québec qui dépendent de ces emplois, et les terrains de golf sont un moteur économique pour ces villages et ces régions », ajoute-t-il.

Des pertes quotidiennes

Chaque journée qui passe où les clubs de golf demeurent fermés prive chacun de revenus quotidiens moyens de l’ordre de 7000 $, précise aussi M. Ducharme, en s’appuyant sur des sondages menés auprès des clubs membres.

« À partir du 20 ou 21 mars, cinq ou six clubs de golf auraient pu ouvrir leurs portes au Québec. Dès le 10 avril, nous aurions pu avoir une vingtaine de clubs ouverts. Vingt clubs de golf, c’est 140 000 $ par jour à partir du 10 avril. Et à partir du moment où tout le monde est ouvert, ça représente 5 millions $ par jour. »

Ce manque à gagner vient s’ajouter au fait que beaucoup de clubs de golf ont perdu des revenus potentiels importants en mars avec l’annulation des salons promotionnels qui devaient avoir lieu à Boucherville (14 et 15 mars), à Laval (du 20 au 22 mars) et à Québec (28 et 29 mars).

« Il faut se rappeler que les clubs de golf se servent de ces trois événements pour bien démarrer leur saison. Ce sont des liquidités qui arrivent, ils en ont besoin. C’est hyper important », note M. Ducharme, en faisant notamment référence aux frais fixes à payer.

Une date charnière

Le 1er mai est une date charnière pour l’industrie du golf au Québec pas seulement parce que l’affluence commencerait à croître sur les tertres de départ et les verts.

« Pour la majorité des clubs de golf, les paiements pour tout ce qui a été financé commencent le 1er mai, fait remarquer M. Ducharme, en donnant l’exemple des voiturettes et de la machinerie. Comme il s’agit d’une entreprise saisonnière, les paiements sont étalés sur six mois. Malheureusement, la majorité des clubs de golf n’ont pas les liquidités. »

Les représentants de la Table de concertation l’avouent : ils auraient aimé entendre, au cours des derniers jours, le premier ministre François Legault annoncer une date pour le début de la saison de golf. Ils n’ont cependant eu droit qu’à une confirmation que les boutiques de golf pourraient ouvrir le 4 mai à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal, et le 11 mai pour celle-ci.

Après avoir produit un document exhaustif et tenu des discussions qu’ils qualifient de très positives avec le gouvernement récemment, les membres de la Table de concertation demeurent optimistes que la bonne nouvelle viendra prochainement, d’autant plus qu’ils considèrent que le golf se prête facilement aux mesures sanitaires liées à la distanciation sociale.

« Nous nous sommes rencontrés et nous avons travaillé fort pour monter les dossiers. Nous nous sommes préparés à rencontrer ou à faire nos appels avec les gens du gouvernement et là, nous sommes dans une période où on relance d’autres actions parce qu’on souhaite avoir la bonne nouvelle bientôt », fait remarquer François Roy, un autre membre de la Table de concertation.

« Je suis positif parce qu’on est vraiment prêt à recevoir la clientèle. Les clubs sont prêts. Nous avons fait ce qu’il faut, nous savons que nos dossiers sont bons, que les mesures que nous avons proposées rencontrent ce que la Direction de la santé publique souhaite. Et aussi parce que les golfeurs ont hâte. Ils frétillent. »