Le président russe Vladimir Poutine a affirmé n’avoir jamais donné d’ordre de gagner les Jeux. D’ailleurs, il ne reconnaît toujours pas avoir commandité un programme de dopage généralisé en vue des JO de Sotchi.

Poutine permettra à ses athlètes de compétitionner

MOSCOU — Vladimir Poutine ne boycottera pas les Jeux olympiques de PyeongChang. Le président russe a assuré mercredi que son gouvernement permettra aux Russes de participer aux prochains Jeux en Corée du Sud à titre « d’athlètes neutres ».

Le Comité international olympique (CIO) a suspendu mardi la délégation russe pour avoir enfreint les règlements antidopage lors des Jeux de Sotchi en 2014. Le CIO prévoit cependant inviter les athlètes russes à y participer sous le drapeau olympique. « Nous ne poserons aucun geste pour les en empêcher », a dit Poutine lors d’un entretien télévisé après avoir lancé sa campagne de réélection présidentielle dans une usine de construction automobile.

« Nous n’empêcherons pas nos Olympiens d’y participer s’ils souhaitent y prendre part sur une base individuelle », a ajouté le président russe. « Ils se sont préparés pour ces compétitions depuis le début de leur carrière, et c’est très important à leurs yeux. »

« Punition » injuste

Poutine a mentionné que la Russie ne reconnaît toujours pas avoir commandité un programme de dopage généralisé en prévision des Jeux de Sotchi, et a qualifié la décision du CIO de « punition collective » injuste.

« Tout cela a l’air d’une décision fabriquée et politiquement motivée », a dénoncé Poutine. Début novembre, le président Poutine avait ciblé directement les États-Unis, les accusant d’avoir orchestrés les accusations de dopage pour nuire au déroulement de la présidentielle de mars 2018 en Russie.

« Je n’ai jamais donné l’ordre, par exemple au ministère des Sports ou à d’autres organisations, de gagner les Jeux. Il n’y a jamais eu une telle mission », a-t-il ajouté.

Les athlètes, les entraîneurs et les politiciens russes ont tous condamné la décision du CIO, mais la plupart d’entre eux ont reconnu qu’il était préférable de l’accepter et de laisser les athlètes participer aux jeux.

La membre russe du CIO, Yelena Isinbayeva, une double médaillée d’or olympique au saut à la perche, s’est exprimée contre le boycottage. « J’aimerais dire aux athlètes russes qui se préparent pour les Jeux olympiques de PyeongChang de ne pas baisser les bras, et surtout de ne rien faire d’aussi stupide qu’un boycottage. Ça n’en vaut vraiment pas la peine », a-t-elle déclaré à la télévision d’État. Elle a souligné que la décision du CIO de désigner officiellement les Russes comme étant des « athlètes olympiques de Russie », plutôt que des « athlètes neutres », avait pesé dans la balance.

Nouvelle génération

Le président du CIO Thomas Bach a mentionné mercredi que la décision de permettre l’utilisation du nom du pays « n’était pas un compromis, mais un reflet de la réalité ». Ils pourraient « représenter une nouvelle génération d’athlètes russes propres aux jeux et rétablir la réputation du sport russe, pour lequel ils pourraient ensuite devenir des ambassadeurs ». 

Certains dirigeants sportifs russes ont été critiqués pour la mollesse avec laquelle ils ont contesté la suspension, tandis que certains politiciens et sportifs de renom demandaient carrément leur congédiement. Dmitry Peskov, le porte-parole de Poutine, a dit que blâmer les dirigeants n’était pas une priorité et que « protéger les intérêts de nos athlètes » était plus important.

Vitaly Mutko est particulièrement visé. Il était le ministre des Sports pendant les Jeux de Sotchi en 2014, au moment où le CIO a appris que des échantillons urinaires avaient été manipulés dans le cadre d’un vaste programme de dopage. Mutko est maintenant le vice-premier ministre et responsable des préparatifs entourant l’organisation de la Coupe du monde de soccer en Russie en 2018.

Il a été suspendu à vie des Jeux olympiques par le CIO mardi.

« Mutko a provoqué ce cauchemar », a déclaré l’entraîneuse de patinage artistique Tatyana Tarasova à l’agence R-Sport, ajoutant qu’il n’en avait pas suffisamment fait pour protéger les athlètes russes des accusations de dopage. « Je suis désolée pour ceux qui ont souffert de son incompétence. »  Avec AFP

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« REFUSER, C’EST SE RENDRE »

Ilya Kovalchuk

La majorité des sportifs russes, tout en regrettant la décision du CIO d’exclure la Russie des prochains JO, souhaitent participer aux Jeux de PyeongChang. « Il faut aller aux Jeux olympiques. Refuser, c’est se rendre », a déclaré le hockeyeur médaillé olympique Ilya Kovalchuk, cité par l’agence TASS. « Si j’étais à leur place, j’irais aux JO », a également déclaré la légende du patinage artistique Evgeni Plushenko, se disant même « content de la décision du CIO, car elle aurait pu être pire ». Le nombre et l’identité des athlètes russes susceptibles de participer aux Jeux olympiques ne seront connus qu’après la prochaine réunion du Comité olympique russe (ROC), prévue le 12 décembre. AFP et AP

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EXCEPTION À LA CÉRÉMONIE DE CLÔTURE

Si la Russie, suspendue mardi par le CIO pour les prochains JO d’hiver, respecte « toutes les décisions » prises à son encontre, ses sportifs, autorisés à concourir sous drapeau neutre, pourraient éventuellement défiler derrière le drapeau russe et dans leurs uniformes lors de la cérémonie de clôture, a confirmé mercredi Mark Adams, porte-parole du CIO. Lors de la cérémonie d’ouverture, ils défileront derrière un drapeau orné des cinq anneaux olympiques. L’Inde, dont le Comité national olympique avait été suspendu avant les JO de Sotchi de 2014, avait défilé lors de la cérémonie d’ouverture derrière le drapeau olympique. La délégation indienne avait pu défiler derrière son drapeau lors de la cérémonie de clôture après la levée de la suspension de son Comité national deux jours après le début des Jeux. AFP et AP