Dominic Jalbert a bossé fort pour devenir un des meilleurs défenseurs offensifs de la ligue à l’âge de 20 ans
Dominic Jalbert a bossé fort pour devenir un des meilleurs défenseurs offensifs de la ligue à l’âge de 20 ans

Tollé contre le recours collectif de la LCH

Jean-François Plante
Jean-François Plante
Le Droit
«La LHJMQ, c’est la fondation de ma vie.»

Ces paroles sont celles de Dominic Jalbert. Jamais repêché dans le circuit Courteau, joueur invité au camp des Saguenéens de Chicoutimi, le Gatinois aujourd’hui âgé de 30 ans a bossé fort pour devenir un des meilleurs défenseurs offensifs de la ligue à l’âge de 20 ans.

À la fin de sa carrière junior, il a reçu le trophée Marcel-Robert remis au joueur étudiant de l’année dans la LHJMQ. Il a même été décoré du titre à travers toute la Ligue canadienne de hockey (LCH).

Samedi matin, en se levant, Jalbert ne pouvait pas rester silencieux en apprenant qu’un recours collectif contre la LCH s’était réglé avec une entente hors cours. En gros, afin d’éviter une saga judiciaire, les 60 équipes du circuit junior majeur canadien ont accepté de verser 30 millions $ à des joueurs des années 2011 à 2018. Ceux-ci réclamaient 180 millions $ au départ. N’ayant pas droit au salaire minimum, ils se sentaient exploités par leurs équipes qui leur offraient entre 40 et 60 $ par semaine.

Sam Berg, qui n’a disputé que huit matchs dans la Ligue de l’Ontario, était un des cinq instigateurs de la poursuite. Il recevra la part du lion de 20 000 $. La majorité autres joueurs inclus dans le recours collectif recevront des chèques allant de 5000 $ à 6000 $.

Dominic Jalbert n’a pas tardé à se servir des médias sociaux pour décrier la situation. Il tenait à s’exprimer pour démontrer qu’il n’était pas d’accord avec l’argumentaire du recours collectif. Sa sortie a fait boule de neige. Plusieurs anciens joueurs ont abondé dans le même sens, incluant l’ancien gardien Antoine Tardif, devenu politicien.

L’ex-Olympique Tommy Tremblay en a fait de même. «Depuis l’annonce du règlement, je vois seulement des commentaires similaires d’anciens coéquipiers et adversaires, une minorité (que je n’ose pas qualifier) qui amasse 30M$, je suis assommé.»

Tommy Tremblay

En prenant position, Dominic Jalbert ne s’attendait pas d’amorcer un mouvement.

«Mes commentaires sur Twitter font plus réagir les médias que ma carrière au hockey! Un gazouillis, ça peut aller loin des fois! Mais sérieusement, ça faisait une couple d’années que le dossier traînait. Ce recours, c’est n’importe quoi. Ça n’a aucun sens. Je voulais dire aux gens qu’il y avait beaucoup d’anciens joueurs qui n’étaient pas d’accord. C’était important pour moi de prendre position.»

Dominic Jalbert ne recevra pas de chèque de ce règlement. Il a joué pour les Saguenéens de 2006 à 2010, mais il jure qu’il remettrait l’argent à son ancienne équipe si on lui avait fait parvenir une compensation.

«Je me sens privilégié d’avoir joué dans la LHJMQ. Je dois toute ma vie à l’invitation des Saguenéens. Sans eux, je n’aurais jamais gagné le prix du joueur étudiant. La LHJMQ a payé toutes mes études universitaires avec ses bourses. J’ai joué en Europe pendant cinq ans et j’ai aussi vécu l’expérience la plus tripante de ma vie en jouant un été en Australie. C’est dans la LHJMQ que j’ai pris confiance en mes moyens, que j’ai vécu des expériences de vie, que j’ai développé un réseau de contacts», a dit celui qui est maintenant conseillé en prêts hypothécaires chez le groupe RBC.

Gratuité

Il n’a pas patiné dans la LNH, mais Jalbert dit avoir été traité comme un professionnel dès l’âge de 17 ans.

«Les parents payent entre 60 000 $ et 100 000 $ dans le développement de leurs enfants au hockey mineur. Arrivée dans la LHJMQ, soudainement, ça ne te coûte plus rien. Tu es logé, nourri. J’ai été traité comme un roi dans ma famille de pension. Mon équipement était fourni. Mes études et mes livres étaient payés. On nous donnait des coupons pour l’essence. Nous jouions devant 3000 personnes. J’ai 30 ans aujourd’hui, mais mes plus belles années de ma vie, c’était dans le junior.»

Dominic Jalbert n’est pas dupe. À sa première année, il recevait 35 $ par semaine comme monnaie de poche.

«On riait de notre petit salaire, mais nous avions du plaisir et la vie ne coûtait rien. Je retournerais jouer pour le même salaire demain matin.»

Opportunisme

Au final, Jalbert ne mâche pas ses mots sur les instigateurs de la poursuite.

«L’impression que ça donne, c’est qu’ils ont fait ça par opportunisme. C’était une occasion facile de faire de l’argent. Les gars vont avoir entre 5000 $ et 10 000 $, mais ils vont mettre des clubs au bord de la faillite. Leur argument, c’était qu’ils intentaient cette poursuite pour les générations futures, mais avec cette entente, les joueurs viennent d’avoir le statut d’étudiants-athlètes. Ils n’ont rien changé du tout...»