Mikhail Shestopalov est un des meilleurs joueurs russes de 17 ans, mais il aura besoin de temps à s'adapter aux petites patinoires nord-américaines.

Shestopalov, le grand voyageur

Yakov Trenin est débarqué à Gatineau à 17 ans dans l'espoir de retenir l'attention des recruteurs de la LNH.
Il n'a pas raté son coup. Cette année, il amorce sa carrière professionnelle dans l'organisation des Predators de Nashville.
Vitalii Abramov l'a suivi et il a déjà été mis sous contrat à Columbus, là où il en met plein la vue au camp des recrues des Blue Jackets.
Pourquoi changer une bonne recette ? Les Olympiques de Gatineau ont continué à puiser dans leur filière russe au dernier repêchage européen de la Ligue canadienne de hockey. Mettant toutes les chances de leur côté, ils ont à nouveau sélectionné un attaquant de 17 ans de l'agence de Mark Gandler. Mikhail Shestopalov a été réclamé au 26e rang du repêchage et il est arrivé à Gatineau avec une bonne feuille de route.
Depuis trois ans, il fait partie du programme national russe. Des blessures l'ont cependant empêché de participer aux Jeux olympiques de la jeunesse (U16) en 2016 et à la Classique Ivan Hlinka (U18) cet été. N'empêche, il s'est pointé à Gatineau avec la ferme intention de suivre le chemin tracé par ses compatriotes.
À l'aide de Diana Koshkarova qui s'est prêtée au jeu de traductrice d'un jour mercredi, Le Droit a pu en apprendre davantage sur le plan bien défini de Shestopalov dans sa quête pour se faire remarquer par les recruteurs de la meilleure ligue de hockey au monde.
Déraciné à 15 ans
D'abord, il est évident que cet enfant de Novossibirsk s'est imposé un sacrifice en acceptant de traverser l'océan pour venir jouer au hockey en Amérique du Nord, mais ce n'est pas la première fois qu'il se déracine dans le but d'atteindre son rêve.
« Il y a trois ans, je suis déménagé à Kazan pour jouer au hockey. »
Dans l'immensité de la Russie, le trajet entre Novossibirsk et Kazan représente une excursion de 2500 kilomètres. D'ailleurs, Novossibirsk est plus près des frontières de la Mongolie et du Kazakhstan que de Moscou ! Le jeune homme est donc déterminé à faire carrière au hockey.
« Ce n'est pas la première fois que je quitte la maison. Je suis donc habitué », explique-t-il.
Ensuite, Shestopalov admet que les cheminements de Trenin et d'Abramov ont pu faire pencher la balance lorsqu'il a décidé de venir à Gatineau, mais que ce facteur ne représente qu'une partie de l'équation. « Nous avons le même agent et j'ai appris à connaître Vitalii en m'entraînant avec lui cet été. Avant de le connaître, j'avais été approché par des équipes des trois ligues (canadiennes). Ce que j'aime surtout des Olympiques, c'est qu'ils essaient toujours de gagner. C'est une équipe compétitive chaque année. »
Après quelques semaines au Québec, Shestopalov concède que l'adaptation aux surfaces nord-américaines va lui prendre un certain temps. « C'est difficile. La glace est bien plus petite et je me fais frapper beaucoup plus souvent. »
Pas encore de points
Après trois matches hors-concours, il n'a pas encore noirci la feuille de pointage, mais ça ne l'inquiète pas vraiment pour l'instant. L'espoir de 6'0'' et 177 livres s'ajuste notamment à un nouvel environnement, à une nouvelle langue, à un nouveau style de jeu. 
« Je suis encore un peu nerveux, mais je ne suis pas préoccupé de ne pas avoir compté, car avant de pouvoir marquer, je dois m'habituer à plein de choses. Le niveau de jeu est très bon ici. Je veux inscrire le plus de points possible cette saison, mais les succès de l'équipe vont passer en premier », a dit celui qui a amassé neuf points en 14 matches avec le Irbis Kazan de la Ligue junior russe à 16 ans.
Bien qu'il s'ennuie parfois un peu de la maison, Shestopalov dit avoir été très bien reçu à Gatineau. « L'accueil a été chaleureux. J'ai de très bons coéquipiers. »
Sur la glace, Shestopalov dit s'inspirer d'Artemi Panarin des Black Hawks de Chicago pour décrire son style de jeu. Quant à son dossard #13, il ajoute que c'est un clin d'oeil à son père.
« Mon père portait ce numéro et je l'ai porté dans ma jeunesse. Par hasard, il était disponible quand je suis arrivé ici. » S'il produit autant que le dernier à avoir endossé le #13 à Gatineau, Shestopalov sera content. Alex Dostie, à 17 ans, a récolté 22 buts et 54 points. Il est aujourd'hui dans l'organisation des Ducks d'Anaheim.
Si « Shesto » parvient à faire comme Dostie, Trenin et Abramov, il n'aura pas fini de voyager.
Attention aux attentes et comparaisons
Vitalii Abramov et Yakov Trenin ont été le coeur et l'âme des Olympiques de Gatineau depuis quelques saisons. Les deux attaquants ont eu un impact immédiat à 17 ans, mais il faudra faire attention aux attentes placées envers le petit dernier de la filière russe.
Même si Mikhail Shestopalov a lui aussi été formé à l'école du hockey russe et qu'il fait partie de la même agence que Trenin et Abramov, les trois joueurs ont leurs styles bien à eux. 
Trenin utilisait son gabarit et sa force brute pour contrôler le jeu.
Avec ses mains magiques, « Abracadabramov » a eu recours à tous les tours dans son sac pour ensorceler les défensives adverses.
Shestopalov, lui, arrive à Gatineau avec un différent coffre à outils. « C'est plus un fabricant de jeu. Il se place naturellement dans la position du passeur. Il est fort avec la rondelle. Il étudie bien ses options de jeux. Il a un flair offensif. Il est habile, mobile et il a de très bonnes mains. Lorsqu'il aura appris à jouer sur nos plus petites patinoires, il va se rendre compte qu'il pourra marquer plus souvent qu'en Europe parce qu'il va se retrouver plus près du filet », lance l'entraîneur-chef Éric Landry.
Mikhail Shestopalov
Pour avoir lui-même dû s'adapter aux grandes surfaces glacées pendant sa carrière Europe, Landry sait que son nouveau joueur russe aura besoin de temps pour s'ajuster. 
« Je sais exactement comment il se sent présentement, mais je m'attends à ce que d'ici Noël, il ait trouvé sa façon de jouer en Amérique du Nord. Quand il aura compris notre système de jeu, le fonctionnement de notre club et de notre ligue, il deviendra un rouage important chez nous. »
Landry entend être patient avec sa recrue de 17 ans parce qu'il est évident que le talent lui sort par les oreilles. 
« Dans son groupe d'âge, il est parmi les meilleurs de son pays. Il fait partie du  programme national depuis trois ans. Ce n'est pas rien. »
Dans les prochaines semaines, la mission de Landry sera de travailler avec Shestopalov pour qu'il améliore son intensité. 
« Il devra garder sa concentration et jouer à 100 % pendant toute sa présence sur la patinoire. En Europe, où il y a beaucoup d'espace sur la glace, tu peux te reposer ou prendre le temps de regarder afin d'ajuster ton jeu. Ici, nous sommes en mode action tout le temps. »
Seul joueur européen à Gatineau en ce moment, Shestopalov ne peut pas compter sur Abramov pour l'aider à communiquer facilement avec ses coéquipiers et ses entraîneurs, mais parce que Landry a évolué pendant trois saisons dans la KHL, les deux arrivent à se comprendre.
« C'est bien, dit Shestopalov. Le coach connaît les termes de hockey et on arrive à se parler un peu, mais je comprends l'anglais de mieux en mieux, surtout quand on me parle lentement. »