Un hockeyeur de Hull, Martin Ménard a réalisé un rêve lorsqu’il a enfilé le chandail des Olympiques pour la première fois en 1994.

Martin Ménard, un Olympique à vie [VIDÉO]

Un hockeyeur de Hull, Martin Ménard a réalisé un rêve lorsqu’il a enfilé le chandail des Olympiques pour la première fois en 1994.

Il avait 18 ans. Joueur au petit gabarit, il avait encore tout à prouver. Il était loin de se douter qu’un jour, son numéro 25 allait être accroché au plafond du centre Robert-Guertin, mais c’est bien l’exploit qu’il s’apprête à célébrer vendredi soir après avoir été le deuxième meilleur compteur de l’histoire de la franchise derrière Luc Robitaille.

« Quand je traversais le corridor entre le vestiaire et la patinoire dans l’uniforme des Olympiques, j’étais envahi par un sentiment de fierté. J’étais un gars de la place. Je jouais devant mon monde, mes amis. Je ressentais le prestige de l’organisation. C’était un honneur. »

Vingt-cinq ans après avoir joué ce premier match, le joueur local le plus productif de l’histoire de l’équipe la plus titrée de la LHJMQ pense qu’il va ressentir des sentiments similaires vendredi.

« Ça va être un grand honneur. Quand je vais traverser le même corridor, ça va être comme si je n’étais jamais parti. Les années passent, mais quand tu gagnes avec une organisation, tu en fais partie pour la vie. Mon cœur va toujours être avec les Olympiques. Dans mes rêves les plus fous, je n’avais jamais osé croire que mon numéro serait retiré, surtout que le 25 de Maxime Talbot a déjà été retiré ! », a-t-il raconté au Droit à l’approche de l’événement, qui se tiendra avant le match contre les Huskies de Rouyn-Noranda.

L’attaquant de 5’8’’ n’a jamais joué dans la LNH, mais il a été une menace offensive constante pendant trois saisons où il a inscrit 100, 137 et 141 points. Ses 164 buts en saison régulière représentent toujours un record pour la franchise, mais ce qui frappe encore plus l’imaginaire, c’est qu’il a gagné trois coupes pendant ses trois saisons : deux coupes du Président et une coupe Memorial en 1997.

« Les statistiques individuelles, c’est une chose, mais comme équipe, nous avons perdu à peine 60 matches en trois ans (fiche de 142-63-7) ! Tout le mérite doit revenir à Charles Henry et Claude Julien qui ont su construire des puissances à chacune de ces trois saisons », raconte le nouvel immortel maintenant âgé de 43 ans.

À l’époque où Martin Ménard, Pavel Rosa, Peter Worrell, Sébastien Bordeleau et Jonathan Delisle électrisaient le centre Guertin soir après soir, les Olympiques formaient l’organisation la plus prestigieuse du circuit Courteau. Les gradins étaient déjà presque pleins pendant le réchauffement. Il est vrai qu’il donnait parfois lieu à des débordements, mais avant tout, les partisans convergeaient vers le « Vieux Bob » avec l’idée d’assister à une victoire. Les joueurs avaient les mêmes attentes.

« Nous étions tellement fiers de jouer pour les Olympiques. Nous étions tellement bien traités. Nous avions tellement de bonnes équipes que nous avions tous peur d’être échangés à la moindre défaite ! »

Pendant les années où Ménard a porté le #25 à Hull, les Olympiques ont beaucoup gagné. Et il a récolté des points à la tonne.

« J’avais inscrit 100 points à 18 ans, mais le déclic s’est vraiment fait quand Claude Julien a remplacé Robert Mongrain à ma deuxième année. Il m’a jumelé à Pavel Rosa et Peter Worrell. Nous avions dit à Peter d’aller planter son hockey sur la glace devant le filet. Et quand ça brassait, on lui demandait de venir nous aider ! »

Martin Ménard a terminé sa carrière en marquant deux buts à son dernier match avec les Olympiques, un gain de 5-1 contre les Hurricanes de Lethbridge en finale de la coupe Memorial à Guertin. Ça demeure l’unique coupe Memorial de l’histoire du club.

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Une légende qui a failli ne jamais naître

Il a été un des joueurs les plus spectaculaires de l’histoire des Olympiques, mais Martin Ménard n’aurait jamais pu faire honneur à son numéro 25 à Hull n’eût été un certain Claude Julien.

Jamais repêché dans la LHJMQ, l’attaquant natif de Hull a évolué dans la Ligue centrale junior A à 17 ans où il a récolté 99 points chez les Sénateurs d’Ottawa. L’actuel entraîneur-chef du Canadien de Montréal dirigeait les « petits » Sénateurs à l’époque, mais il venait d’être embauché comme adjoint à Robert Mongrain chez les Olympiques.

« Mon rêve, c’était de jouer pour les Olympiques, mais après ma saison junior A, j’ai reçu des offres de sept ou huit universités américaines. J’avais même signé une lettre d’intention envers l’Université St. Lawrence. Quand Claude [Julien] est débarqué chez les Olympiques, il m’a quand même demandé de venir faire un tour au camp d’entraînement. J’avais joué dans les matches intra-équipe, mais je ne pouvais pas jouer de matches hors-concours. Finalement, Charles Henry [directeur général] et Richard Bertrand [recruteur-chef] étaient venus me voir pour me dire que je ne m’en allais nulle part et que ma place était assurée dans l’équipe. »

À l’époque, les joueurs au petit gabarit devaient combattre des préjugés plus sévères qu’aujourd’hui. Ménard demeurait nerveux à l’idée de jouer un premier match au centre Robert-Guertin, mais il a rapidement pu se rassurer. 

« Je pense que j’ai marqué un but dès mon premier match. Après ce but, je me suis dit, OK, tu vas être capable de jouer ici. »

Vérification faite, les débuts de Martin Ménard au « Vieux Bob » ont été éclatants. Il a marqué deux fois dans les deux premières minutes de jeu ! Sébastien Bordeleau a eu l’unique passe sur le premier de ses 195 buts en 247 matches de saison régulière et des séries. En incluant les coupes Memorial de 1995 et 1997, il a dépassé le plateau des 200 buts (202).

« Hull, c’était la seule place où j’aurais joué dans la LHJMQ. Mes idoles avaient été Luc Robitaille, Guy Rouleau et Rick Hayward. J’ai d’ailleurs croisé Hayward quand j’étais dans la Ligue internationale. Il ne me connaissait pas, mais il était venu me voir après un match à Cleveland. Il m’avait demandé d’aller prendre une bière avec lui parce que nous faisions partie de la même famille des Olympiques. La notion de famille m’avait frappé. »

Pour souligner sa soirée spéciale vendredi, un ami lui a fait cadeau d’un montage vidéo de ses exploits des saisons 1994 à 1997. Elle a été déposée sur YouTube cette semaine. La vidéo offre des frissons garantis d’une époque qui a représenté l’apogée d’une grande organisation.

« Il n’y avait rien sur YouTube avant ! Je n’avais rien à montrer à mes enfants. Ce sont de beaux souvenirs et je réalise que j’ai marqué des buts contre de grands gardiens dans cette vidéo : Marc Denis, Roberto Luongo et Jean-Sébastien Giguère. Ce sont quand même des gars qui ont eu de belles carrières ! »