Émile Poirier a été repêché en première ronde par les Flames de Calgary lors de l'encan de 2013.

L'improbable parcours d'Émile Poirier

Contrat en poche avec les Flames de Calgary, Émile Poirier attaque déjà ses dernières séries éliminatoires dans l'uniforme des Olympiques de Gatineau.
Pièce importante de l'attaque olympienne depuis trois saisons, l'attaquant de 19 ans a fait beaucoup de chemin depuis ses débuts sur patins.
Né à Montréal et élevé sur le Plateau Mont-Royal - plus reconnu pour ses artistes que ses sportifs - Émile Poirier a commencé à manier le bâton sur la patinoire extérieure en face de chez lui.
Personne ne l'a forcé. Personne ne jouait au hockey dans la famille Poirier. «Mon père vient de la Gaspésie. Il a joué dehors là-bas, mais ma petite soeur et moi sommes les seuls à jouer au hockey chez nous. Sur la glace en face de chez nous, tout le monde me connaissait. J'adorais le hockey. J'étais toujours rendu là.»
Son hockey mineur, Émile Poirier l'a joué dans le quartier défavorisé d'Hochelaga-Maisonneuve. «C'était un coin difficile. Pour inciter les jeunes à faire du sport, l'inscription était gratuite jusqu'au niveau atome. On faisait des collectes de fonds pour faire vivre le programme. J'ai joué trois ans au niveau atome parce qu'on m'avait surclassé à ma première année. À ma dernière année, on n'avait vraiment pas un gros club, mais j'avais marqué 100 buts. Contre toute attente, on s'était rendu en demi-finale de la Coupe Dodge disputée à Gatineau!»
Poirier a fait le saut dans la catégorie AA chez les pee-wee où il a continué à avoir du succès, mais son anniversaire en décembre lui a joué des tours. Sa saison de 15 ans, il a dû la passer au niveau midget espoir. À 16 ans, il a récolté 27 buts et 51 points en 42 matches dans la Ligue midget AAA.
Au repêchage de la LHJMQ, les Olympiques l'ont réclamé en troisième ronde. Cette sélection s'est avérée un coup de maître pour l'équipe outaouaise.
«Il a joué comme un premier choix pour nous, indique Benoît Groulx. À l'époque, Émile n'était pas perçu comme un choix de première ronde. Personne ne le voyait là. Il ne fallait pas se tromper avec sa sélection parce que nous n'avions pas de choix de première ronde et notre choix de deuxième ronde mesurait 5'5» (Alex Soumakis)!»
Groulx avait des doutes
Quand Poirier est débarqué à Guertin à son premier camp d'entraînement, Benoît Groulx n'était pourtant pas convaincu d'avoir fait le bon choix.
«Il n'a pas l'air d'un joueur de hockey celui-là!», avait-il lancé au représentant du Droit avant le premier match intraéquipe.
Sa perception avait changé radicalement dès le premier match simulé.
«Poirier, non seulement il sera un excellent joueur chez nous, mais il va être repêché dans la LNH», avait-il ajouté quelques heures plus tard!
Émile Poirier rigole quand on lui raconte l'anecdote aujourd'hui. «Benoît m'a souvent rappelé que je n'avais pas l'air d'un joueur de hockey. Je m'habille autrement. Je porte des skinny jeans, le béret. J'étais grand et maigre quand je suis arrivé. J'ai pris 20livres depuis ce temps-là», a dit celui qui fait maintenant 6'1» et 190livres.
Sous ses yeux, Benoît Groulx a vu la progression fulgurante d'Émile Poirier. Le #27 avait mis 25 matches avant de compter son premier but dans la LHJMQ.
«Je m'en souviens encore, dit Poirier. C'était à Rouyn-Noranda. La rondelle avait touché ma culotte. Ça m'avait donné confiance. J'étais un peu gêné à mon arrivée à Gatineau. Je ne connaissais personne. Jean-Gabriel Pageau m'avait pris sous son aile. En deuxième moitié de saison, j'avais inscrit un tour du chapeau, puis tout a déboulé.»
Auteur de 87 points cette saison, le choix de première ronde des Flames n'a plus rien du joueur chétif qu'il était à son arrivée. C'est maintenant à son tour de laisser sa marque dans le vestiaire des Olympiques comme d'autres exceptionnels avant lui.
«Il y a huit ou 10 équipes qui ont des chances de gagner le championnat cette saison. C'est notre chance. J'ai été témoin de l'ambiance à Guertin pendant deux rondes l'an dernier. Je voudrais bien voir à quoi ça ressemble si nous allons plus loin!», a conclu celui qui a véritablement fait son nom pendant les séries éliminatoires de 2013.
Jfplante@ledroit.com