Le Temple de la renommée des sports de Cornwall a aménagé deux vitrines dédiées aux Royals au complexe civique où évoluait jadis cette puissance du hockey junior majeur.
Le Temple de la renommée des sports de Cornwall a aménagé deux vitrines dédiées aux Royals au complexe civique où évoluait jadis cette puissance du hockey junior majeur.

Les Royals, l’équipe junior locale oubliée

En temps normal, la grande famille du hockey junior se préparerait ces jours-ci en vue de la coupe Memorial.

L’édition 2020 était prévue du 22 au 31 mai à Kelowna, en Colombie-Britannique. C’était avant que la COVID-19 mette en échec le monde du sport.

Qui dit coupe Memorial dans la région, dit conquête des Olympiques de Hull en 1997 et victoires des 67’s d’Ottawa en 1984 et 1999. Des équipes qui ont donné des joueurs vedettes à la LNH de même que plusieurs entraîneurs.

Mais les amateurs oublient l’autre franchise qui était jadis une puissance du hockey junior. Elle se trouvait dans l’Est ontarien, non loin des frontières du Québec et des États-Unis.

Refaites la connaissance des Royals de Cornwall, qui ont été la fierté de cette ville jadis ouvrière entre 1969 et 1992 avant de déménager à Newmarket puis Sarnia.

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Une équipe qui a soulevé la coupe Memorial à trois reprises, dont lors de deux printemps consécutifs en 1980 et 1981. Un club qui a mis au monde les Dale Hawerchuk, Doug Gilmour, Owen Nolan et Billy Smith. C’est sans compter les Richard Brodeur, Bob Murray, Ray Sheppard, Orval Tessier, Marc Crawford, Scott Arniel et Rob Ray qui ont connu de belles carrières comme joueur ou entraîneur.

«Déjà que gagner une fois, c’est déjà très difficile», rappelle Bob Kilger au bout du fil.

L’octogénaire franco-ontarien a été surtout connu comme un ancien arbitre de la LNH devenu politicien. D’abord en tant que député fédéral dans Stormont, Dundas et South Glengarry puis maire de Cornwall.

Plusieurs joueurs connus ont porté les couleurs des Royals entre 1969 et 1992. Marc Crawford fait partie du lot, lui qui est devenu entraîneur dans la LNH par la suite à Québec, Denver, Vancouver, Los Angeles, Dallas, Ottawa et Chicago.

Mais il a aussi dirigé les Royals pendant deux ans et demi. Il avait pris la relève de l’entraîneur-chef Doug Carpenter à la veille de la saison 1980-1981. Avec toute la pression de défendre un titre de champion national.

«J’ai même rêvé à une troisième coupe Memorial de suite en 1982, avoue M. Kilger. Nous nous étions entendus avec Pat Lafontaine et sa famille pour qu’il puisse jouer à Cornwall. Nous avions passé le message aux autres équipes au repêchage de la Ligue de hockey de l’Ontario. Nous leur avions dit de ne pas le prendre, qu’il n’irait pas chez eux. Mais le propriétaire de Belleville l’avait quand même choisi.»

Lafontaine a choisi de patiner à Verdun, dans la LHJMQ, récoltant 234 points, dont 104 buts, en 70 parties lors de son unique saison junior.

«Imagine Lafontaine avec Gilmour dans la même équipe. J’ai passé beaucoup de nuits à y penser», avoue Bob Kilger.

La saison 1981-1982 était la première des Royals dans la Ligue de hockey de l’Ontario. Ces derniers évoluaient auparavant dans la LHJMQ.

«Quand l’équipe a commencé à jouer en Ontario, ce n’était plus le même engouement en ville. C’était le début de la fin», se rappelle Thom Racine.

Le président du Temple de la renommée des sports de Cornwall était analyste à la radio lors des matches des Royals à leurs six dernières saisons.

«C’était une histoire d’amour lorsque l’équipe jouait au Québec. Les partisans étaient nombreux à se déplacer pour se rendre à Sherbrooke, Hull et Sorel. Même pour un match un dimanche soir, même si les gens devaient se lever tôt le lendemain pour travailler. Le style de jeu était différent aussi. Au Québec, ça finissait 8-7 et ça ne dérangeait pas le coach, tant que son équipe gagnait. En Ontario, c’était défensif. Ça accrochait. Les amateurs n’étaient pas habitués à ça.»

Le défunt homme d’affaires Paul Émard a longtemps été propriétaire avant de vendre l’équipe au milieu des années 1980. Il a bien tenté de ramener une franchise dans sa ville natale en 2000.


« Quand l’équipe a commencé à jouer en Ontario, ce n’était plus le même engouement en ville. C’était le début de la fin »
Thom Racine

Son groupe avait déposé une offre d’achat pour les Platers d’Owen Sound pour ensuite les déménager à Cornwall. Mais les élus municipaux avaient sauvé le club à la dernière minute.

Émard et ses amis avaient alors déposé, quelques semaines plus tard, une demande d’équipe d’expansion à la Ligue de hockey de l’Ontario. Mais ils avaient encaissé un refus.

«C’est triste à dire, mais ça ne serait pas possible d’avoir une équipe junior majeur dans le marché présent à Cornwall, concède Kilger.

«Les Royals ne reviendront jamais, ajoute Thom Racine. Tu regardes les arénas juniors maintenant. Ce sont toutes des versions miniatures des amphithéâtres de la LNH. Le complexe civique de Cornwall a été construit en 1975. C’était un édifice exceptionnel à l’époque, mais ses belles années sont derrière lui. Il faudrait des travaux majeurs de remise à neuf. C’est sans compter mettre des gens dans les estrades.»

Les amateurs nostalgiques peuvent toujours se taper les deux vitrines dédiées aux Royals de Cornwall dans cet aréna qui peut asseoir 5800 personnes. Une de ces vitrines relate justement les exploits des trois éditions qui ont gagné la coupe Memorial en 1972 puis au début des années 1980.

«Deux expositions qui sont encore très populaires auprès des gens qui viennent voir des matches de hockey ici», souligne Thom Racine.

C’est sans compter les murailles de Dale Hawerchuk, Doug Gilmour et Dave Ezard, un petit défenseur qui avait récolté 105 points en 1979-9180.