Le départ des Prédateurs, 23 ans plus tard, ne semble pas encore cicatrisé. Sur cette photo, prise en 1996 : Jason Doig, Francis Bouillon, Daniel Goneau, Benoît Gratton et Xavier Delisle.
Le départ des Prédateurs, 23 ans plus tard, ne semble pas encore cicatrisé. Sur cette photo, prise en 1996 : Jason Doig, Francis Bouillon, Daniel Goneau, Benoît Gratton et Xavier Delisle.

Les Prédateurs, un départ qui fait encore mal

Gaétan Roy n’a jamais oublié cette entrevue avec Georges Morrissette, réalisée peu de temps après l’élimination des Prédateurs face à Roberto Luongo et aux Foreurs de Val-d’Or en 1997.

« M. Morrissette avait une nouvelle à m’annoncer : lui et ses partenaires (essentiellement ses frères) mettaient l’équipe en vente, raconte le journaliste de La Voix de l’Est aujourd’hui à la retraite. Je me souviens qu’il m’avait dit que les gens de Granby auraient priorité pour acheter. Mais en sortant de l’aréna, par une belle journée de printemps, c’était clair dans ma tête : les Prédateurs, c’était fini. »

Le vétéran journaliste, qui n’avait rien raté des aventures des Bisons et les Prédateurs depuis 1981, année de l’arrivée de la LHJMQ à Granby, ne s’est pas trompé. Parce qu’à la fin mai, on annonçait la vente de l’équipe à l’homme d’affaires de la Nouvelle-Écosse Harold MacKay, qui déménagea la concession à Sydney, dans la région du Cap-Breton. Vingt-trois ans plus tard, les Eagles y sont toujours.

Encore aujourd’hui, on a peine à croire que les Prédateurs ont quitté Granby à peine un an après avoir remporté la Coupe Memorial. Et ils sont plusieurs à en vouloir encore aux frères Morrissette.

« Les Morrissette sont débarqués à Granby avec un objectif très précis : celui de gagner la Coupe Memorial, une chose que le Québec n’avait pas accomplie depuis 1971, rappelle Gaétan Roy. Une fois leur objectif atteint, peut-être qu’il n’y avait plus de défi et peut-être que faire la route séparant la Rive-Nord de Montréal (où ils habitaient) et Granby à tous les jours, c’était devenu pénible. Avant de se lancer dans le hockey, les Morrissette avaient été impliqués dans la course automobile. Et quand ça a été fini, ça a été fini. Ce sont des gens qui fonctionnent comme ça. »

Les amateurs de hockey de Granby avaient peut-être aussi donné des arguments aux Morrissette de faire autre chose. Après tout, les Prédateurs avaient attiré 8000 spectateurs de moins en 1996-97 que la saison précédente, celle où l’équipe avait tout raflé. Pourtant, ils avaient encore un très bon club de hockey.

« On a souvent reproché aux Morrissette de n’avoir fait que très peu d’efforts en matière de marketing à la suite de la conquête de la Coupe Memorial. Lorsque 30 000 personnes ont assisté au défilé de la coupe dans les rues de Granby, croyez-vous qu’ils en auraient écoulé des abonnements de saison s’ils y en avaient eu à vendre? Moi, je pense que oui… »

En entrevue à La Voix de l’Est à l’époque, Georges Morrissette avait avoué bien candidement qu’il croyait que l’aréna allait se remplir tout seul à la suite de la grande conquête. Mais les Morrissette, il faut le dire, ne croyaient tout simplement aux vertus de la mise en marché. « Nous, on préfère investir dans l’équipe », avait-il dit.

À peine un an avant de prendre le chemin de Sydney, les Prédateurs remportaient la Coupe Memorial. Et ils étaient plus de 30 000 dans les rues de Granby afin de fêter le triomphe de l’équipe.

Une bonne ville de hockey?

À l’époque des Bisons et des Prédateurs, on s’est souvent demandé si Granby était une bonne ville de hockey. En fait, on se pose parfois la même question encore aujourd’hui. Et lorsque les Morrissette ont mis l’équipe en vente en 1997, plusieurs n’ont pas compris pourquoi aucun intérêt local ne s’est manifesté.

« Il faut comprendre que le hockey junior majeur a été malmené à Granby, reprend Gaétan Roy. À chaque saison, pendant longtemps, il y a eu un nouvel entraîneur, un nouveau directeur général, de nouveaux propriétaires, etc. Et ça, ça a fini par faire très, très mal. Quand les Morrissette ont mis l’équipe en vente, je sais que la famille Ranger a démontré de l’intérêt. On a même dit que les Ranger, s’ils mettaient la main sur les Prédateurs, voulaient qu’ils deviennent les… Rangers de Granby. Mais le projet n’est pas allé plus loin. En bout de ligne, à peu près tout le monde qui avait eu à investir dans l’équipe au fil des ans l’avait déjà fait. »

Après avoir vendu les Prédateurs au coût d’environ un million $, on n’a pas revu les Morrissette à Granby, sinon lors d’un événement visant à se rappeler la conquête de la Coupe Memorial.

« Les Morrissette n’étaient pas d’ici et ils n’ont jamais eu à se faire poser des questions à tous les jours sur le pourquoi de la vente de l’équipe. Une fois la concession rendue en Nouvelle-Écosse, Granby n’était plus qu’un souvenir pour eux. »

Malgré tout, l’ancien journaliste n’en veut pas vraiment aux Morrissette.

« Ce sont eux qui ont sorti le hockey junior majeur de Granby, mais on ne pourra jamais oublier qu’ils nous ont aussi donné une Coupe Memorial, le plus gros trophée que Granby ne pourra jamais gagner. Ils voulaient ramener la coupe au Québec et ils ont pris les moyens pour y parvenir. Ça, on ne pourra jamais leur enlever. »

Après les Prédateurs, il y a eu le Blitz et les Prédateurs seniors, dans la Ligue semi-pro, les Inouk et les Bisons. Mais selon Roy, les Preds, comme on les appelait, n’ont jamais été remplacés.

« Je me souviens de matchs où l’aréna était plein au plus fort de la rivalité Granby-Acton Vale au hockey senior. Les Inouk ont aussi connu leurs bons moments. Et les Bisons ont redonné le goût du hockey à bien des gens cette saison. Mais les Prédateurs et la LHJMQ, c’était autre chose. On ne pouvait pas avoir mieux que ça. »

Vingt-trois grosses années plus tard, le départ des Prédateurs fait encore mal.