Gilles Courteau traverse la pire crise de son règne à la tête de la LHJMQ.
Gilles Courteau traverse la pire crise de son règne à la tête de la LHJMQ.

La webdiffusion, arme de relance

TROIS-RIVIÈRES — En plus de 30 ans de règne à la LHJMQ, Gilles Courteau a dû naviguer souvent sur une mer agitée. Ces tempêtes, plus ou moins fortes, avaient toutes une chose en commun: il y avait un horizon de sortie. S’agissait de s’agripper solidement au plan mis en place, puis tout reviendrait graduellement à la normale.

Le commissaire d’origine trifluvienne n’a pas ce luxe au printemps 2020. L’ennemi devant a les outils pour faire durer les souffrances. Oh, elle va finir par rendre les armes, cette COVID-19. Mais personne ne sait quand.

Dans les circonstances, le hockey junior travaille avec différents scénarios concernant la reprise de ses activités. Ils vont de septembre à janvier. Plus ils s’étirent, plus les défis seront grands pour relancer cette grosse machine, qui a besoin de plus en plus de revenus pour se nourrir.

À défaut de connaître la date de retour, Courteau et sa petite armée planchent actuellement sur une nouvelle arme pour attirer plus de jeunes: une webdiffusion améliorée.

Ça fait déjà plusieurs années que la ligue webdiffuse ses matchs. Le partenariat avec Neulion laissait toutefois de glace les amateurs. De un, la qualité du produit était médiocre, en comparaison avec ce qui existe ailleurs sur le marché. De deux, les prix étaient carrément abusifs. Ce contrat terminé, Courteau s’est lancé à la recherche d’un nouveau partenaire pour offrir un produit nettement amélioré. «Les gens aiment notre produit. On a plus de deux millions de spectacteurs. Le défi, c’est d’embarquer les jeunes. Ceux qui vivent, qui mangent, et qui dorment avec leur cellulaire. Pour y arriver, ça prend une webdiffusion de bien meilleure qualité. On veut que ça soit en place lorsque nous reprendrons nos activités.»

Une meilleure webdiffusion pourrait, de plus, plaire aux amateurs de hockey craintifs de s’entasser à nouveau à l’aréna après ce long épisode de distanciation sociale. Courteau a récemment consulté un sondage de l’université Seton Hall, dans le New Jersey, qui révèle que 72 % des Américains disaient ne pas vouloir mettre les pieds dans un quelconque amphithéâtre avant qu’un vaccin pour contrer la COVID-19 ait été découvert... «Personne ne sait comment les fans vont réagir. À mon avis, avec un coût du billet à 20 $ et plusieurs promotions pour les jeunes, nous serons parmi les premiers à profiter de la relance. Il est quand même possible qu’il y ait une crainte chez les amateurs. La webdiffusion pourra nous aider à plus d’un niveau, c’est certain.»

Des inquiétudes

Il n’y a pas que les fans qui pourraient modifier leur comportement à la reprise des activités. Bien des équipes de la LHJMQ ont la frousse de perdre des commanditaires. Les PME qui vivent une période noire en ce moment auront-elles les liquidités pour continuer à supporter leur équipe junior? Les Cataractes de Shawinigan, qui sont souvent cités comme le modèle à suivre pour les petits marchés parce qu’ils attirent bon an mal an plus de 100 000 spectateurs par année, ont publiquement fait savoir cette semaine qu’ils étaient soucieux de la suite des choses. Si les Cataractes sont inquiets, imaginez les autres! «Je partage ces inquiétudes. Nous sommes devant l’inconnu, ce n’est pas confortable. Je sais aussi que nos équipes sont importantes dans leur milieu. Qu’elles génèrent beaucoup de retombées. Je suis convaincu que nos gouvernements vont nous aider à passer à travers cette crise», martèle le commissaire.

Peu importe quand les activités vont reprendre, Courteau assure que ses 18 marchés existants seront toujours là. Il insiste: il parle aux propriétaires sur une base régulière, personne n’a levé le moindre drapeau pour signaler que la situation était critique.

«Pour la saison 2019-20, il y a des pertes mais elles sont pas dramatiques. C’est la suite qu’il faut travailler. C’est évident que nous devrons être créatifs. Tout le monde sera là pour la relance, j’en ai la certitude. C’est après la relance qu’on sera en mesure de voir l’évolution. Des décisions vont découler de la saison 2020-21», analyse-t-il.

Les chantiers entrepris avant la pandémie ne seront pas laissés de côté non plus. La ligue planchait activement sur une réduction des dépenses, notamment en présentant des programmes double. Tout indique que cet horaire avec moins de déplacements sera en vigueur pour 2020-21.

Quant à la volonté de Courteau de développer davantage la Ligue canadienne, avec des matchs interligues, elle est plus forte que jamais. Seulement, il convient que ce dossier sera vraisemblablement repoussé de quelques années. «Je ne vois que des avantages à pousser pour un branding plus fort de la LCH, un peu comme le fait le Baseball majeur. On va repartir la machine puis on sera en mesure de retravailler là-dessus. Mais bon, je ne vois pas ça arriver avant deux-trois ans, avec tout ce qui nous arrive présentement», conclut-il.