Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, s’est entretenu avec Le Droit à l’occasion du 50e anniversaire de la ligue.

La tournée du commissaire Courteau

Dans le cadre du 50e anniversaire de la LHJMQ, le commissaire Gilles Courteau fait une tournée médiatique des 18 marchés de son circuit en plus de prendre le temps de rencontrer des partisans dans des activités planifiées. Partout, il sera accompagné de la coupe du Président et de la coupe Memorial. La semaine dernière, le commissaire des 33 dernières années a lancé sa tournée à Shawinigan, la plus vieille concession de la LHJMQ. Il a effectué son deuxième arrêt à Gatineau vendredi pour visiter l’équipe la plus titrée de l’histoire de la ligue. Le Droit l’a rencontré pendant une demi-heure. Voici les meilleurs extraits de notre entretien.

Le Droit (LD): Les Olympiques sont dans la LHJMQ depuis 47 ans. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand on mentionne le nom de cette équipe?

Gilles Courteau (GC): Deux choses. Premièrement, si la franchise est si bien établie ici, c’est en grande partie grâce à Yvon Sabourin, le premier gouverneur de l’équipe. Il a été important pour l’organisation, mais aussi pour la ligue où il a aidé à la mise en marche de notre réglementation administrative. Deuxièmement, les Olympiques de Hull, et ensuite de Gatineau, c’est synonyme d’une tradition gagnante et de crédibilité. C’est la franchise qui a remporté le plus de coupes de Président et qui a participé le plus souvent au tournoi de la coupe Memorial.

LD: On dit que la LHJMQ a adopté plusieurs règlements en réponse aux initiatives de l’ancien directeur général Charles Henry, qui finissaient par donner un avantage concurrentiel aux Olympiques. Avez-vous des exemples?

GC: Il a fallu établir des règles claires sur les joueurs hors territoire, notamment ceux de l’Ontario, mais aussi sur les joueurs européens. À ses débuts, c’était le directeur général avec qui j’avais le plus de différends et de chicanes, mais nous avons rapidement développé un respect mutuel. Aux réunions de la ligue, il m’appelait toujours pour aller manger un smoked-meat ou prendre un café pour parler davantage. On pouvait parler de hockey jusqu’à trois heures du matin. Il était constamment à l’affût. Il a été une grande personne dans l’histoire des Olympiques, mais aussi de la LHJMQ. Aujourd’hui, il travaille avec moi. Je le tiens occupé. Il a encore la même passion. Il suit ce qui se passe ailleurs et il amène encore des suggestions pour notre ligue.

LD: Quel est votre meilleur souvenir de vos présences au centre Robert-Guertin?

GC: Aucun doute, c’est la coupe Memorial de 1997. L’autre beau souvenir, c’est quand Wayne Gretzky est devenu propriétaire du club. J’ai vite compris pourquoi Charles Henry était si respecté par Gretzky. Les deux pensaient de la même façon. Deux grandes têtes de hockey.

LD: Les Olympiques vont déménager dans un nouvel amphithéâtre en 2020. Est-il toujours possible de présenter la coupe Memorial dans un aréna de 4000 places aujourd’hui?

GC: Ça aurait été impossible de présenter un autre tournoi de la coupe Memorial à Guertin, mais dès 2022, dans un nouvel amphithéâtre, tout est possible. Les Olympiques sont intéressés. Ils devront poser leur candidature et un comité indépendant se chargera d’étudier tous les dossiers. C’est un événement qui coûte cher, mais nous avons gardé la garantie du tarif raisonnable pour permettre à nos clubs de présenter le championnat canadien. C’est pour ça que nous avons pu aller à Shawinigan et Rimouski au cours des dernières années.

LD: Les assistances sont en forte baisse au centre Guertin. À peine 1800 spectateurs par match cette saison. Pourtant, le hockey n’a jamais été aussi rapide et les joueurs n’ont jamais été aussi doués que maintenant. Comment expliquez-vous cette chute d’intérêt?

GC: C’est un bon point. À la fin du mois d’octobre par contre, nous avions une augmentation de près de 2 % pour l’ensemble de la ligue (le nouvel amphithéâtre à Moncton y est pour quelque chose). Nous avons retardé le début de saison de deux semaines et demie pour aider nos équipes parce que les gens attendent souvent la première neige avant de vraiment embarquer. Les gens sont plus sélectifs pour leurs dollars/loisirs. Ils ont plusieurs choix à faire même si je considère que notre activité demeure à un coût raisonnable pour les familles. Les gens du marketing se doivent d’être créatifs avec des promotions et des activités différentes pour chacun de leurs 34 matches. Notre spectacle doit devenir un happening.

LD: Le phénomène des réseaux sociaux permet de visionner les faits saillants d’un match en moins de deux minutes. Il y a 10 ans, pour voir les tours de magie d’un Claude Giroux, il fallait être sur place. Ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui?

GC: Les vidéos et toute notre stratégie des réseaux sociaux sont là pour rejoindre la nouvelle clientèle. Les partisans de 40 ans et plus sont assidus. Ils connaissent la ligue, les équipes et les joueurs. Il faut s’y prendre d’une autre façon avec les plus jeunes, qui vivent à l’ère de l’instantanée. Ils ne veulent pas attendre de lire le journal du lendemain pour avoir un compte-rendu d’un match.

LD: Parlant des réseaux sociaux, savez-vous quelle est la question qu’on me pose le plus souvent dans le cadre de mon travail? Les partisans, les journalistes, les entraîneurs, les recruteurs et les agents me demandent souvent ceci: c’est qui ça, Martin Lahaie? C’est un partisan des Olympiques très présent sur Twitter. Il vous juge parfois sévèrement. L’entendez-vous?

GC: (Rires) Je vois souvent son nom passer sur Twitter, mais ce que j’aime de lui, c’est qui’il est identifié avec son vrai nom, sa vraie photo avec une vraie description de lui. Il n’opère pas derrière un pseudonyme. Il commente. Il parle. Il semble être bien branché avec un réseau de plusieurs communicateurs. Je suis sur Twitter et lui, il représente le cas typique des utilisateurs des réseaux sociaux des années 2000. Il suit une activité. Il a des opinions. Il répond. Il lance des conversations. Je ne suis pas abonné à son compte, mais il est abonné au mien! Quand il «tague» mon nom, je ne peux pas dire que je ne le lis pas! Quand il n’est pas content de Courteau et qu’il en parle cinq fois dans la journée, tu vas entendre parler de Courteau! C’est la réalité des médias sociaux. J’ai évolué avec ça. Je suis à l’écoute, mais j’en prends et j’en laisse.

LD: Vous êtes commissaire de la LHJMQ depuis 33 ans. Vous travaillez dans le circuit depuis 43 ans. Vous n’attirez pas huées comme le commissaire Gary Bettman à votre séance de sélection. Pour plusieurs, vous êtes le seul commissaire qu’ils ont connu. Comptez-vous rester en poste encore longtemps?

GC: Dans le temps, je disais que la journée où j’allais me lever le matin et que mon crayon serait pesant, j’allais arrêter. Maintenant, je dis que si mon ordinateur portable devient trop pesant, je vais peut-être penser à faire autre chose! Mais ce n’est pas encore le cas. J’ai la même passion. La routine change tous les jours et ce qui m’aide beaucoup, c’est le personnel qui travaille avec moi. Environ 90 % des 20 employés de la ligue sont avec moi depuis plus de 15 ans. Tout le monde vit au rythme de la LHJMQ. Quand il y en a un qui a mal au ventre, nous avons tous mal au ventre. Ce sont tous des passionnés. J’aime voir l’évolution de la ligue et la passion de nos propriétaires qui sont là pour les bonnes raisons. Le mot retraite n’est pas là du tout.