À part la finale de 2011, les Olympiques ont connu très peu de succès sans Charles Henry.

Henry ne reconnaît pas ses Olympiques

Son nom sera toujours associé aux années de gloires des Olympiques de Hull/Gatineau.

Charles Henry avait fait une entrée fracassante en 1985. Le Franco-Ontarien du quartier Overbrook avait injecté une dose de crédibilité instantanée à cette franchise moribonde en guidant son bon ami Wayne Gretzky à acheter l’équipe auprès de la Ville de Hull. Le meilleur joueur de hockey de la planète avait permis au « Grand Manitou » d’explorer de nouveaux marchés pour construire une dynastie. Rapidement, il a pu convaincre des Européens, des Ontariens, des joueurs des Maritimes et des Américains à rallier son club.

Dès sa première saison, les Olympiques ont gagné la coupe du Président. C’est pendant son règne qui s’est terminé en 2010 que les Olympiques ont gagné les sept championnats de leur histoire.

À part la finale de 2011, les Olympiques ont connu très peu de succès depuis sa démission pour des « raisons personnelles ». Il a rarement remis les pieds au centre Guertin, mais après avoir pris connaissance des propos du commissaire Gilles Courteau cette semaine, il a compris que l’organisation naviguait désormais en eaux troubles.

« Je veux féliciter M. Courteau pour son intervention auprès des Olympiques. Ce n’est pas la première fois qu’il vient en aide à une organisation en danger. C’est sûr qu’il va aider les Olympiques. Chaque fois qu’il est intervenu ailleurs dans la ligue, les équipes ont pu se remettre sur leurs rails », a-t-il raconté au Droit cette semaine.

Il n’est peut-être pas physiquement dans l’entourage de l’équipe, mais Charles Henry a reçu beaucoup de visiteurs au cours des dernières semaines où son état de santé s’est dégradé. Il a notamment rencontré plusieurs de ses anciens qui lui ont donné des nouvelles des Olympiques. Ce qui le désole le plus de la situation précaire du club, c’est de constater à quel point le sentiment de fierté a disparu.

« Tes anciens joueurs doivent être tes ambassadeurs. Présentement, les anciennes vedettes ne sont pas fières de voir où est rendu leur club. Ça me fait de la peine de voir ça. Les partisans, les nouveaux comme les anciens, méritent de pouvoir appuyer un club dans le même style de nos meilleures années. Nous avions toujours des clubs qui allaient à la guerre. Les Olympiques ont pris des risques qui n’ont pas été payants dans les dernières années. Ça leur a fait mal. Il faut calculer les risques. Plusieurs équipes s’essayent et se cassent les dents. »

Charles Henry sait que les Olympiques ont finalement fait le plein de choix au repêchage, mais il répète que cette « richesse » ne garantira pas les succès.

« Un choix au repêchage n’a pas encore joué un match dans la LHJMQ. Tu peux avoir tous les choix que tu veux, mais il faut que ces choix-là se transforment en joueurs qui vont te permettre de gagner. »

Un coup rendu dans l’organisation, ces joueurs doivent être encadrés et dorlotés un peu.

« Je pense que les joueurs sont bien encadrés avec Éric Landry, Francis Wathier et Ron Choules, mais il faut aussi que les joueurs se sentent appréciés. Nous donnions plein de vêtements aux couleurs de l’équipe. Manteaux, casquettes, tuques. Quand tu donnes, tu enlèves du négatif, les joueurs aiment ça et tu es en droit de demander aussi. »

Vérification faite, les Olympiques, ont distribué leurs derniers manteaux d’hiver il y a cinq ans.

Enfin, Charles Henry rappelle que la règle d’or pour faire courir les foules est la moins originale de toutes. « Ton produit sur la glace est attaché aux succès de toute l’organisation. Quand tu gagnes, les gens suivent. »

En 25 ans, Charles Henry n’a pas eu à se soucier de cette facette souvent. Ses équipes n’ont connu que quatre saisons sous la barre de ,500.

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CHARLIE LUTTERA JUSQU'AU BOUT

Charles Henry n’a jamais reculé devant un défi.

En 2011, il a déjoué tous les pronostics en se débarrassant d’un cancer du pancréas où ses chances de survie étaient évaluées à 5 %. Il a survécu et il était allé marcher sur le mur de Chine pour célébrer cette extension de vie. Aujourd’hui, c’est un cancer du lymphome hodgkinien qui vient compliquer son existence à l’âge de 81 ans.

Mercredi, il a entrepris une deuxième ronde de traitements de chimiothérapie. Cette fois, il aurait aimé se rendre à Saint-Pétersbourg pour visiter un musée qu’il n’avait pas eu la chance de voir à ses trois premiers passages en Russie, mais sa condition actuelle va l’empêcher d’effectuer ce voyage rêvé.

« J’ai perdu 75 livres pendant mes premiers traitements. J’en ai repris 20 maintenant. Je garde le moral. J’ai eu beaucoup de visiteurs dans les derniers mois. Ça me fait toujours du bien de revoir mon monde de hockey. »

Il a quitté les Olympiques de son propre chef en 2010, mais Charles Henry dit ne jamais avoir perdu la piqûre du hockey. Ses yeux s’illuminent lorsqu’il discute de sports, mais ce n’est pas demain qu’il va accepter d’être honoré par les Olympiques. L’organisation aimerait bien accrocher sa bannière près des autres immortels du club, mais le « Grand Manitou » se fait tirer l’oreille.

« Je ne veux pas parler des raisons qui me poussent à refuser cet honneur. Dernièrement, il y a des gens qui m’ont demandé d’accepter pour faire plaisir à mes enfants et mes petits-enfants. Ils essayent de venir me chercher par les sentiments et ça me choque encore plus », a dit celui qui a toutefois été intronisé au Temple de la renommée de la LHJMQ ainsi qu’à celui de la Ville d’Ottawa.

Pendant qu’il était directeur général et gouverneur des Olympiques, Charles Henry a utilisé tous les trucs du métier pour aller chercher la dernière victoire de la saison. Il aborde son plus récent combat de la même manière.

« Je ne me laisserai pas mourir sans rien faire. J’ai un de mes fils qui a appris l’existence d’un spécialiste au Maryland qui pourrait m’aider. Si c’est possible, c’est la voie que je vais emprunter. »

Même malade, Charles Henry n’a pas changé.