Le numéro 28 de Claude Giroux sera retiré mercredi soir à Guertin.

Giroux parmi les immortels des Olympiques

Les magiciens qui parviennent à vous donner la chair de poule à chacun de leurs spectacles ne courent pas les rues.

Soir après soir pendant son adolescence, Claude Giroux avait recours à un arsenal de trucs qu’il pouvait exécuter avec des patins aux pieds. 

Pendant trois saisons, le Magicien franco-ontarien a fait les délices des partisans des Olympiques de Gatineau au centre Robert-Guertin. À l’issue de son dernier match en carrière, à Rouyn-Noranda le 9 mai 2008, ses prouesses lui avaient valu le trophée Guy-Lafleur octroyé au meilleur joueur des séries de la LHJMQ. Ses 51 points en 19 matches des séries du printemps 2008 auront mené les Olympiques vers la septième – et dernière – coupe du Président de leur histoire.

Presque 11 ans plus tard, mercredi soir au « Vieux Bob », le capitaine actuel des Flyers de Philadelphie entrera dans la légende des Olympiques. Son célèbre #28 deviendra le 10e chandail à être retiré de la circulation à jamais.

Claude Giroux a fait courir les foules partout où il est passé depuis sa rentrée dans la LHJMQ à l’âge de 17 ans après avoir été laissé pour compte à deux reprises au repêchage de la Ligue de l’Ontario. S’il excelle pour manier le bâton, le patineur de 31 ans admettait être nerveux à la veille du grand jour.

« Je suis excité par cette soirée qui s’en vient. Ma famille et mes amis seront là, a-t-il raconté au Droit. Quand je jouais à Guertin, il m’arrivait de regarder au plafond et de voir les chandails retirés de plusieurs joueurs célèbres. Ça va être spécial de me retrouver avec eux. En même temps, je suis toujours mal à l’aise de parler devant une foule. Je ne suis pas un gars de grands discours. J’aime mieux laisser mon talent s’exprimer sur la glace. »

Merci à sa sœur

Si les Olympiques ont pu aligner un joueur exceptionnel de la trempe de Claude Giroux, il faudrait sans doute remercier sa sœur Isabelle, qui a un peu provoqué le destin de son jeune frère en choisissant de quitter le Nord de l’Ontario pour venir étudier à l’Université d’Ottawa alors qu’il était encore d’âge bantam.

« Mon père était électricien à Hearst. Il avait sa propre compagnie. Il pouvait se permettre de venir travailler à Ottawa. »

Raymond et Nicole Giroux ont donc suivi Isabelle dans la capitale nationale en choisissant de s’installer à Orléans avec Claude.

« À Ottawa, le calibre de jeu était plus élevé, mais à ma grande déception, je n’ai jamais été repêché dans la Ligue de l’Ontario. Je pensais être assez bon pour être repêché au moins dans les dernières rondes. J’ai eu de la chance parce que les Olympiques m’avaient vu jouer. Ils m’ont invité à leur camp. Au début, je ne savais pas à quoi m’attendre. Quand les vétérans sont arrivés, j’ai vu que j’étais à ma place, mais j’étais juste excité de faire l’équipe. Je ne m’attendais pas à inscrire 100 points à ma première année junior. J’ai été chanceux de pouvoir jouer avec de bons joueurs dès le départ comme David Krejci et Nick Fugère. »

Pas si impressionné

Benoît Groulx se souvient encore de la première fois où il a vu Claude Giroux en action à 16 ans alors qu’il jouait pour les Grads de Cumberland au niveau junior A.

«J’étais avec le copropriétaire André Chaput et le frère de Claude Julien. Claude se remettait d’une mononucléose qui l’avait empêché de jouer pendant une bonne partie de l’année. Il revenait au jeu et c’était dans les derniers matches de la saison. C’est à cause de ça qu’il n’a jamais eu de deuxième chance en Ontario. Dans ce match-là, il n’avait pas été si impressionnant, mais nous avions vu qu’il avait du talent. Nous n’aurions pas promis 5000 $ pour nous assurer qu’il vienne jouer chez nous. Nous n’avons rien offert du tout ! Nous lui avions dit de s’entraîner et de venir au camp pour voir ce qu’il pourrait faire.»

Rapidement, Giroux était devenu la meilleure recrue «et de loin» au camp.

«Quand les vétérans sont arrivés, il tenait encore son bout et c’est là que Charlie Henry et moi avons vu que nous avions un vrai joueur de hockey entre les mains. Tôt dans la saison, je l’avais envoyé tuer une punition à trois contre cinq à Chicoutimi. Je ne me souvenais pas d’avoir envoyé une recrue dans une situation aussi critique aussi tôt dans une saison. Ce n’est pas pour rien qu’il a connu trois saisons de 100 points chez nous.»

Pendant ses 14 saisons dans la LHJMQ, Benoît Groulx dit avoir été marqué par quatre joueurs : Sidney Crosby, Alexander Radulov, Nathan MacKinnon et Claude Giroux.

«Ces quatre joueurs-là avaient les mêmes qualités. Ils attiraient les foules, faisaient rêver les jeunes et avec tout ce qu’ils pouvaient faire, ils soulevaient les spectateurs de leurs sièges.»

La coupe de 2008

Claude Giroux conserve un souvenir impérissable des séries de 2008 où les Olympiques ont remporté 16 de leurs 19 matches sans même avoir l’étiquette d’équipe favorite. Halifax et Rouyn-Noranda avaient ce statut, mais les Gatinois avaient balayé les Mooseheads en demi-finale avant de disposer des Huskies en cinq matches d’une finale qui n’avait jamais été serrée.

Pour Benoît Groulx, la série la plus difficile avait été la première contre les Cataractes de Shawinigan. Pour le reste, Claude Giroux explique bien ce qui avait provoqué l’élan irrésistible des Olympiques.

«On avait un club uni où chacun saisissait son rôle. On travaillait plus fort que les autres clubs. Tout est passé si vite, mais on devenait plus confiant à chaque série qu’on gagnait. On croyait vraiment qu’on ne pouvait pas se faire battre à Guertin devant nos partisans.»

Presque échangé

La coupe de 2008 a failli ne jamais être dans les cartes. Benoît Groulx a dit au Droit mardi que Claude Giroux avait failli être échangé à son retour du Championnat du monde junior où il venait de gagner la médaille d’or avec le Canada. Les Mooseheads d’Halifax devaient être sa destination. Ils avaient plutôt choisi Brad Marchand, dont la carrière s’est terminée sur la passerelle de Guertin parce qu’il avait été rayé de l’alignement...

«On avait essayé de l’échanger. Quand Claude est parti au Championnat du monde, il savait qu’il risquait de revenir dans une autre équipe. On avait perdu deux vétérans défenseurs (Maxime Malette et Jonathan Carrier) pour la saison. Nous nous étions rabattus sur Takuma Kawaï. On ne pensait pas passer au travers. Finalement, on n’avait pas eu les offres qu’on espérait. On l’a gardé.»

Puis, il y a eu un déclic selon Groulx.

«Claude était content de rester et c’est comme s’il venait de se rendre compte qu’il était le meilleur joueur de la ligue et qu’il était capable d’amener notre club jusqu’au bout. C’était devenu son objectif. Il y croyait. Parce qu’il y croyait, tous ses coéquipiers y croyaient. Ils savaient que le meilleur joueur de la ligue était chez nous. Claude n’était pas seul. Il y avait aussi Paul Byron, Jean-Philip Chabot, Matthew Pistilli, Garrett Fauser, Darryl Smith, Alexandre Touchette, Alexandre Quesnel et j’en passe. Nos additions, Patrik Prokop et Joey Ryan, avaient été excellentes tout comme notre gardien Ryan Mior.»

Jamais sans Groulx

Claude Giroux ne l’a pas toujours eu facile avec Benoît Groulx, mais il assure que c’est un entraîneur à la poigne de fer qu’il lui fallait.

«J’avais besoin d’un entraîneur comme lui pour me pousser. Il était dur avec moi. Au début, c’était un peu déstabilisant, mais je savais qu’il me respectait et qu’il avait confiance en moi. J’ai compris qu’il voulait seulement de bonnes choses pour moi. J’ose espérer que j’aurais fait mon chemin jusqu’à la LNH peu importe où j’aurais joué mon hockey junior, mais il n’y avait pas beaucoup d’entraîneurs comme Benoît Groulx pour m’amener à me dépasser.»

Le numéro d’un des joueurs les plus électrisants de l’histoire des Olympiques sera retiré mercredi soir avant le match contre les Screaming Eagles du Cap-Breton.

Un jour, le #28 qui lui avait été attribué au hasard par le soigneur Serge Haché pourrait aussi être retiré par les Flyers, la seule équipe qu’il a connue dans la LNH.