André Chaput était le plus ancien des propriétaires actifs des Olympiques de Gatineau. Il a déjà détenu jusqu'à 30 % des parts du club, mais il a vendu sa dernière part de 10 % vendredi.

Fin d'une ère chez les Olympiques

Le slogan du club est accrocheur. « Une tradition à maintenir. Un avenir à bâtir. »
Sauf que le copropriétaire André Chaput ne s'y retrouvait plus. Associé aux Olympiques depuis 1998, le plus ancien des 10 actionnaires du club a officiellement vendu ses parts à Daniel Gingras et Martin Paquette, propriétaires du Nordik Spa-nature. La transaction a été conclue vendredi dernier.
L'homme d'affaires de l'Est ontarien conservera précieusement ses trois bagues de la coupe du Président, mais il se sentait incapable de poursuivre son aventure avec l'équipe qu'il aimait tant.
Des partisans de longue date ont déserté le centre Robert-Guertin. Les assistances sont en forte baisse. Sur la glace, le club n'a pas passé la deuxième ronde des séries éliminatoires depuis 2011 et il est même en danger de rater la classique printanière pour la première fois depuis 1984. Chaput pense qu'il faudra du temps avant de rebâtir la crédibilité du club.
« Ça me fait de la peine de partir. Les Olympiques ont déjà formé une très bonne organisation. J'ai eu beaucoup de plaisir pendant 12-13 ans, mais moins depuis 5-6 ans. J'amorçais ma 19e année avec le club, mais je n'aime pas la direction qu'il prend. Plusieurs ponts ont été brisés avec les partisans et les partenaires du club. Leur confiance envers l'organisation s'est effritée. Le slogan, c'est bien beau, mais je n'y crois plus. Ce ne sont que des paroles en l'air. »
Essentiellement, Chaput quitte l'équipe parce qu'il se sentait impuissant devant le président actuel, Alain Sear. Il ne le nomme jamais durant l'entrevue, mais il est clair qu'il y avait division entre les deux associés de longue date.
« Il y a de très bons propriétaires avec les Olympiques, mais plusieurs partisans me disent qu'ils ne vont plus voir les matches à cause d'un seul homme qui est sur un trip de pouvoir. Je leur réponds de continuer d'encourager les jeunes. Il ne faut pas s'empêcher d'aller à l'aréna à cause d'une personne. Vous n'allez pas à l'aréna pour voir les propriétaires de toute façon. Le spectacle, il est sur la glace. »
André Chaput a déjà détenu jusqu'à 30 % des actions du club au milieu des années 2000. Il a même été propriétaire majoritaire pendant une courte période.
Il a vécu ses moments les plus grisants lors des conquêtes des coupes du Président de 2003, 2004 et 2008.
« Ça va être difficile de recréer l'esprit de camaraderie qui existait entre les joueurs et les membres de toute l'organisation lors des coupes de 2003 et 2004. C'était très spécial. Je vais toujours me souvenir de la douleur d'avoir perdu la coupe dans le septième match de la finale en 1999 à Bathurst, mais nous avons vécu complètement l'opposé en 2003 et 2004. »
À la taverne Montcalm
L'homme de 65 ans aime se remémorer ses débuts avec le club. « Un vendredi, mon ami Gilles Sauvé m'avait demandé si je voulais m'impliquer avec le club. Je lui avais répondu: "Es-tu fou ?" Mais j'y ai pensé tout le week-end. Le lundi, nous avons tout réglé avec une poignée de main à la taverne Montcalm ! »
Ce qu'il croyait être une association de deux ou trois ans s'est étirée sur 19 ans. « Des amitiés durables ont été créées avec plusieurs joueurs au fil des ans. Maxime Talbot, Jean-Michel Daoust, Dominic D'Amour, Claude Giroux, Mario Joly et j'en passe. Les jeunes étaient extrêmement respectueux et ils étaient proches des propriétaires. Les jeunes sont plus gênés et plus réservés aujourd'hui, je crois. »
La tradition en danger
Pendant ses 19 ans avec le club, les Olympiques ont toujours participé aux séries éliminatoires. «C'était la tradition à maintenir. Nous n'avons presque jamais vidé le club pour reconstruire. Nous étions compétitifs chaque année. Avec les échanges qui ont été faits dans les dernières années, nous n'avons plus vraiment le choix d'échanger notre noyau de joueurs. Il faut cependant que les gens arrêtent de blâmer Benoît Groulx. Il n'a pas fait ces échanges seuls. Il y avait quelqu'un au-dessus de lui.»
André Chaput laisse les Olympiques le coeur gros, mais il mûrissait sa décision depuis quelques années déjà.
« J'espérais que les choses se replacent, mais le temps est venu de passer à autre chose. Je souhaite bonne chance au club et à ses propriétaires. J'espère qu'ils vont avoir leur aréna à un moment donné. On parlait de cet aréna il y a 10 ans et on dirait bien que ça va prendre au moins un autre cinq ans. »
En terminant, il a tenu à remercier tous les gens avec qui il a travaillé au fil des ans. « Une pensée spéciale pour Serge, Micheline, Ruth, Réjeanne, Jean sans oublier Charlie Henry. »

De gros noms pour prendre le relais

Une page de l'histoire des Olympiques de Gatineau vient d'être tournée avec le départ d'André Chaput, mais l'organisation s'est tournée vers des hommes affaires crédibles pour assurer le relais.
Daniel Gingras et Martin Paquette dirigent une entreprise en pleine expansion. Ils auront sûrement des idées pour donner un second souffle à l'organisation qui a faisait l'envie des équipes de la LHJMQ il n'y a pas si longtemps. Ils n'ont pas retourné les appels du Droit mardi.
Selon nos informations, Daniel Gingras est celui qui a été désigné pour siéger au conseil d'administration des Olympiques. La rentrée des propriétaires du Nordik vient compléter une vision du président Alain Sear qui souhaitait former un groupe de 10 propriétaires à parts égales.
Plus tôt cet automne, il avait aussi été question de l'arrivée de Martin Lacasse, ancien propriétaire des entrepôts Rona en Outaouais, mais l'annonce n'avait jamais été officialisée. Or, en entrevue avec Le Droit mardi, Lacasse a confirmé le secret de Polichinelle.
« C'est officiel maintenant. Ça fait à peu près six mois que je suis dans l'entourage de l'équipe », a dit celui qui a vendu ses magasins en septembre 2015 pour se concentrer sur cinq autres projets d'affaires.
Lacasse a acheté 10 % des actions qui étaient flottantes depuis la restructuration organisationnelle des Olympiques.
Nouveau trésorier de l'équipe outaouaise, Lacasse tient à assurer la survie à long terme des Olympiques. « Quand Alain Sear m'a approché, c'était pour former un groupe de plusieurs partenaires afin de garder l'équipe ici dans la région. »
Partisan de longue date des Olympiques, Martin Lacasse dit avoir réalisé un rêve d'enfance en devenant actionnaire du club.
« J'ai toujours été intéressé par les Olympiques. Rona était un commanditaire du club et j'avais aussi une loge. J'aime avoir un club junior majeur dans ma région. »
Lacasse attend aussi impatiemment la construction d'un nouvel amphithéâtre pour les Olympiques.
« Pour créer un happening, ça prend des installations adéquates et un club qui performe. Il n'y a pas un actionnaire qui souhaite voir le club en 15e place comme c'est le cas en ce moment. Nous avons établi un plan avec une vision à long terme. Il n'y a pas une autre équipe qui a gagné autant de coupes que les Olympiques depuis 20 ans. Je veux aider à poursuivre la tradition. »