Le 8 mars 2013, les Olympiques ont remporté un match historique à l’aréna Robert-Guertin.
Le 8 mars 2013, les Olympiques ont remporté un match historique à l’aréna Robert-Guertin.

Dans les coulisses d’une remontée spectaculaire des Olympiques

C’est le mois de mai. Le sport est en congé. Les fils de presse nous inondent d’anniversaires de conquêtes importantes.

En mai, les Olympiques de Hull/Gatineau ont remporté sept coupes du Président et une coupe Memorial. Les partisans ont été gâtés au centre Robert-Guertin en assistant à de grands duels riches en émotions.

Pourtant, un des matches les plus marquants de l’histoire ne s’était pas passé pendant des séries éliminatoires. Le 8 mars 2013, 3143 spectateurs ont assisté à un moment magique contre les Foreurs de Val-d’Or.

Les visiteurs avaient pris une confortable avance de 6-0 après une période de jeu. Les Olympiques avaient amorcé une remontée improbable en deuxième période en réduisant l’écart à 6-5. En troisième période, ils ont égalé la marque 6-6, mais les Foreurs avaient aussitôt repris les devants 7-6 jusqu’à ce que Taylor Burke vienne créer l’égalité à 7-7 avec 1:29 à jouer.

Adam Chapman avait ensuite complété la remontée spectaculaire en marquant l’unique but de la fusillade. C’était un match de saison, mais sur le banc des joueurs autant que chez les partisans stupéfaits qui étaient restés jusqu’à la fin, c’était un moment triomphal.

Au coeur de cette incroyable histoire, il y avait Émile Poirier. Il avait inscrit un tour du chapeau en deuxième période. Il avait aussi amassé des passes sur les deux buts d’Adam Chapman qui avaient fait passer le pointage à 6-5 à 6-6.

Quelque chose s’était passé entre la première et la deuxième période. L’entraîneur-chef Benoît Groulx avait tiré son meilleur compteur à l’écart des autres. Il avait eu quelques minutes seulement pour presser les bons boutons afin de relancer le match de Poirier. Le résultat avait été concluant. Mais que s’était-il passé au juste dans ces quelques minutes les plus déterminantes de la carrière de Poirier?

Benoît Groulx a accepté de nous entraîner dans les coulisses de ce match mémorable.

Émile Poirier

«Après la première période, j’avais pris Émile à part. Je l’avais amené près des casiers des joueurs à côté de mon bureau. Nous étions chez nous devant plus de 3000 spectateurs. Le match était présenté à la télévision. Anthony Mantha, un des meilleurs espoirs du repêchage de la LNH, animait le spectacle. Il y avait beaucoup de recruteurs dans les gradins qui étaient là pour le voir. J’avais dit à Émile qu’il avait une occasion en or de leur montrer que c’était lui le meilleur. On s’entend qu’à 6-0, le match était sensé être terminé, mais je ne voulais pas que le match d’Émile le soit. Je voulais qu’il le comprenne!»

Poirier avait saisi le message rapidement. Il avait marqué le premier but des Olympiques à 1:16 de la deuxième période. Il avait fait 6-3 à 6:49 et 6-4 à 14:14. Il avait complété la période avec quatre points et le match avec cinq points.

«Après le match, j’avais dit aux gars qu’Émile avait été tellement dominant qu’il aurait pu marquer cinq buts», a ajouté Groulx

Le souvenir de ce match est gravé dans la mémoire de Poirier, aujourd’hui un membre de l’organisation des Jets de Winnipeg.

«Les Foreurs étaient en train de nous humilier. J’avais peur que ça finisse 12-0. Anthony Mantha nous humiliait. J’avais joué contre lui toute ma carrière au hockey mineur. Le message de Ben [Groulx] était venu me toucher. Nous avions remonté le pointage graduellement jusqu’à 6-6, puis ils ont repris les devants 7-6. On se disait qu’on n’avait pas fait tout ce chemin pour rien. Quand Taylor Burke a fait 7-7 en fin de match, je savais que ce match était à nous. En fusillade, je me disais que c’était impossible de perdre ce match-là!»

Encore aujourd’hui, Poirier aime se servir du match du 8 mars 2013 pour se convaincre qu’un match n’est jamais fini.

«C’est la première fois que ce concept me rentrait dans la tête. C’est l’exemple que j’utilise dans les moments où c’est dur d’y croire. Ce n’était pas un match des séries, mais ç’a été l’un des matches les plus excitants de ma carrière. Encore cette semaine, je jouais au golf avec Simon Tardif-Richard et Rock Régimbald (deux coéquipiers de cette remontée) et nous en avons parlé!»

Un match et des séries qui ont tout changé

En 2013, après son match miraculeux contre les Foreurs de Val-d’Or et des séries du tonnerre où il avait aidé les Olympiques à renverser l’Océanic de Rimouski au premier tour d’une série éliminatoire où ils étaient fortement négligés, Émile Poirier était devenu un choix de première ronde des Flames de Calgary.

Émile Poirier a été repêché en première ronde par les Flames de Calgary.

Pour lui, il ne fait aucun doute que le duel contre Mantha et que ses séries contre Rimouski et les Mooseheads de Halifax de Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin ont contribué à rehausser sa cote auprès des recruteurs.

«Je n’avais même pas été invité au Match des espoirs de la Ligue canadienne de hockey après Noël. Les discours de Benoît Groulx avaient réussi à sortir le meilleur de moi à des moments cruciaux. Contre l’Océanic (3e au classement), nous ne devions pas gagner non plus. Nous étions au 13e rang, mais Benoît avait établi un plan de match bien précis pour venir à bout de Rimouski. Nous l’avions suivi et nous avions gagné en six matches. Nous étions tellement bien préparés. Toutes ses tactiques ont fonctionné. Ce n’était pas de la chance. C’est la première fois de ma carrière que je réalisais qu’un coach pouvait changer la game. Dans la série suivante contre Halifax, j’avais aussi marqué de gros buts. Il avait utilisé Drouin et MacKinnon pour me motiver. C’est sûr que ça avait aidé à mon rang de sélection.»

Émile Poirier est de retour à Gatineau depuis le début de la pandémie. Il a rencontré sa blonde ici. Il a passé la dernière saison avec le Moose du Manitoba. Il a 25 ans. Il a disputé huit matches dans la LNH, mais il s’accroche encore à son rêve de retourner dans la meilleure ligue au monde.

À Gatineau, un soir du 8 mars 2013, il a appris que rien n’est jamais fini.