Les 67’s d’Ottawa marquaient des buts à profusion. Ils en accordaient très peu. Ils avaient le vent dans les voiles. Leur chemin semblait tracé vers le championnat de la Ligue de l’Ontario, mais le destin en a voulu autrement avec l’éclosion de la pandémie du coronavirus.

Annulation des séries: le pire scénario pour les 67’s

Comme les Expos de Montréal en 1994, les 67’s d’Ottawa ne sauront jamais si leur domination allait se poursuivre dans les séries éliminatoires de la Ligue de l’Ontario (LHO) au printemps 2020.

Installée au premier rang du classement général pendant toute la saison, la troupe d’André Tourigny a encaissé un coup dur lundi soir quand la Ligue canadienne de hockey (LCH) a annoncé l’annulation de ses séries éliminatoires et de son tournoi de la coupe Memorial à Kelowna en raison de la pandémie du coronavirus.

Pour les 67’s (50-11-1) qui traversaient la meilleure saison de leur histoire de 53 ans, c’est une fin brutale. Ils venaient de remporter un deuxième championnat de saison régulière de suite.

« C’est déjà difficile de se hisser au sommet une fois. C’est encore plus dur de s’y rendre deux fois. Nous avions accumulé des blessures de guerre l’an dernier. Nos vétérans savaient à quoi s’attendre. Maintenant, nous n’allons pas pouvoir nous servir de cette expérience », a lancé André Tourigny, décontenancé en entrevue avec Le Droit.

Comment bons étaient les 67’s exactement ? Ils alignaient le meilleur compteur au Canada. Marco Rossi avait récolté 120 points en 56 matches. Jack Quinn avait une chance de surpasser les 59 buts marqués par Tye Felhaber la saison dernière. Kevin Bahl a gagné la médaille d’or au Championnat mondial junior. Noel Hoefenmayer menait les défenseurs de la LCH avec 82 points en 58 matches. Le gardien Cédrick Andrée était au sommet de son art.

« Ça va me rendre fou de ne jamais savoir jusqu’où nous aurions pu aller. Nous n’avons que des statistiques en appui. Nous avions de l’expérience. Nous avions tout », ajoute Tourigny.

L’entraîneur-chef québécois avait le cœur gros lundi quand sa troisième saison avec les 67’s a pris fin abruptement.

« Nous sommes chanceux. Nous avons une bonne organisation et nous allons nous en remettre, mais ça me fait mal au cœur de voir nos vétérans de cinq saisons mettre un terme à leurs carrières de cette façon. Austen Keating et Noel Hoefenmayer étaient en train d’écrire les livres d’histoire du club. J’avais la chance de vivre quelque chose de spécial avec mon gars. Félix était un joueur de profondeur, mais il faisait bien son travail. Il a travaillé tellement fort pour être là. Nous ne regardions jamais trop loin durant la saison, mais là, il faut admettre que ça aurait été spécial d’avoir nos noms sur un même trophée... »

Au fil des semaines, Tourigny ne cessait de remarquer les signes du destin prometteur qui attendait son équipe.

« Le premier signe, c’est quand Noel Hoefenmayer est revenu à 20 ans. Personne ne s’attendait à ça. Puis, nous avons eu la chance d’aller chercher Joe Garreffa pour un prix très juste quand Graeme Clarke s’est blessé. Il s’est intégré parfaitement à notre équipe. Puis, Clarke venait de revenir au jeu plus tôt que prévu. Là, c’est Dylan Robinson qui venait d’effectuer un retour dans notre dernier match. Pour la première fois de la saison, nous avions une équipe en santé. »

Les séries des 67’s devaient commencer vendredi. Comme les Expos de 1994, il sera impossible de savoir ce que l’histoire réservait à cette bande exceptionnelle.

Le directeur général James Boyd a reconnu que tous les clubs de la ligue étaient dans le même bateau, mais il a admis que la nouvelle de lundi faisait très mal à son équipe.

« Nous n’avons pas le choix d’accepter notre sort, et le pire, c’est qu’il n’y a personne à blâmer. C’est dommage. Ce groupe de joueurs avait des affaires inachevées à compléter. Il avait du momentum. Quand tu as ça, tu as les meilleures chances », a dit Boyd, qui va maintenant se concentrer sur le repêchage de la LHO le 4 avril prochain.

Derrière le banc, le travail de Tourigny est terminé cette saison, mais celui de son épouse ne fait que prendre de l’ampleur. Infirmière, Mélanie Allard travaille sur la ligne de front à l’Hôpital de Gatineau.